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L’hydrogène vert, le carburant du futur?

Todd Milne, Global Head of Environment chez Nyrstar

La réduction des émissions de CO2 générées par le transport maritime mondial est essentielle dans la lutte contre le changement climatique. Un carburant neutre en carbone est la clé pour réaliser cette transition énergétique. Les carburants à base d’hydrogène vert semblent être les mieux placés pour pouvoir prétendre au titre de “carburant du futur”. Raison pour laquelle Trafigura, l’un des plus gros négociants de matières premières au monde, et l’entreprise multi-métaux Nyrstar misent résolument sur ces carburants verts.

À la fin de l’année dernière, Trafigura annonçait son intention d’investir dans une étude portant sur la construction d’une installation de production commerciale d’hydrogène vert en Australie, sur le site de la fonderie de zinc de Nyrstar à Port Pirie. Une initiative similaire est en cours au Danemark. Rasmus Bach Nielsen, Head of Fuel Decarbonisation, est l’un des pionniers de la transition énergétique chez Trafigura. Il croit fortement en l’avenir du méthanol vert et de l’ammoniac vert – dérivés de l’hydrogène – comme carburants du futur.

“En sa qualité de négociant de matières premières d’envergure internationale, Trafigura est un utilisateur massif de bateaux”, note-t-il. “Et nous sommes conscients que la décarbonation de l’industrie maritime est essentielle pour réduire les émissions de CO2 dans le monde. Quelque 80% du commerce mondial est transporté par bateau et engendre 3% des émissions de CO2 d’origine humaine.”

Hélas, des études démontrent que les émissions de gaz à effet de serre du secteur maritime mondial ne font qu’augmenter. “Si l’on en croit une étude de l’Organisation maritime internationale (OMI) publiée en août 2020, les émissions augmenteront de 130% d’ici à 2050, comparé à 2008, si aucune mesure n’est prise de toute urgence.”

Taxe carbone

En 2019, Trafigura a initié une étude sur le carburant de l’avenir, en collaboration avec la Texas A&M University. Les carburants pauvres en carbone semblent certes la solution idéale, mais plusieurs facteurs d’incertitude empêchent encore de produire ce type de carburant à grande échelle. Ne fût-ce que le prix de l’ammoniac vert et du méthanol vert, le double de celui des carburants traditionnels.

Les carburants à faible émission de carbone semblent certes la solution idéale, mais tant que l'écart de prix avec les carburants conventionnels restera à ce niveau, personne ne franchira le pas.
Rasmus Bach Nielsen
Global Head of Fuel Decarbonisation chez Trafigura

“C’est l’histoire de la poule et de l’œuf”, souligne Rasmus Bach Nielsen. “Pour décarboner le secteur maritime, il faut des carburants à base d’hydrogène. Sans oublier, bien entendu, un marché qui crée une demande suffisante. Mais tant que l’écart de prix reste à ce niveau, personne ne franchira le pas. C’est pourquoi nous avons publié en septembre 2020 un livre blanc proposant d’introduire – sous la houlette de l’OMI – une taxe sur les carburants marins à forte intensité de carbone.”

Si un certain scepticisme régnait au départ, Rasmus Bach Nielsen note désormais un changement radical de mentalité et une volonté d’envisager de mettre un prix sur le carbone – étape essentielle sur la voie de la production commerciale de carburants à base d’hydrogène. Le Japon, pionnier au sein de l’OMI, a même dévoilé une proposition de taxe carbone internationale inspirée par le livre blanc de Trafigura.

Rasmus Bach Nielsen, Global Head of Fuel Decarbonisation chez Trafigura

À l’avant-garde

Il est assez inouï qu’un acteur de grande envergure soit à l’origine d’une demande de régulation du marché. Mais Trafigura n’est pas seul dans cette aventure: “Nous sommes un membre fondateur de The First Movers Coalition, un accélérateur de technologies à faible émission de carbone créé à l’occasion de la COP26, la conférence sur le climat des Nations unies qui s’est tenue en novembre 2021. Nous sommes par ailleurs affiliés à la Getting to Zero Coalition, un partenariat entre le Global Maritime Forum, Friends of Ocean Action et le Forum économique mondial notamment. Mais nous ne voulons pas en rester là. Les investissements en Australie et au Danemark montrent que nous prenons les choses au sérieux dans ce domaine.”

Trafigura sponsorise en outre le développement d’un moteur de bateau à l’ammoniac vert du fabricant MAN. L’entreprise s’est ainsi engagée à mettre à flot six bateaux – soit 18% de sa flotte – utilisant l’ammoniac vert comme carburant principal d’ici à 2030.

En 2021, Trafigura a investi dans H2 Energy, un pionnier suisse de la production, du stockage et de la distribution d’hydrogène vert pour les stations-service et les clients industriels. “Nous avons fondé la joint-venture H2 Energy Europe afin de développer des écosystèmes d’hydrogène vert dans toute l’Europe, avec un premier projet au Danemark portant sur la construction de la plus grande installation ‘Power-to-X’ européenne”, détaille Rasmus Bach Nielsen. Cette installation PtX convertira l’énergie renouvelable en hydrogène qui servira dans diverses industries, avec un accent particulier placé sur les camions à hydrogène.

Nous sommes convaincus que l’hydrogène et l’ammoniac sont des carburants potentiels pour la navigation maritime comme pour le transport routier.
Todd Milne
Global Head of Environment chez Nyrstar

Avec le fonds d’investissement Copenhagen Infastructure Partners et l’expert en combustibles verts Hy2gen, Trafigura se trouve aussi dans la phase FEED (Front-End Engineering Design) d’un grand site de production d'ammoniac vert à Sauda, en Norvège. Ce site vise d’emblée une capacité de production annuelle de 210.000 tonnes d’ammoniac vert. “La décision d’investissement finale dépend des débouchés pour ces carburants. Mais pour y arriver, l’écart entre les coûts des carburants zéro carbone et des combustibles fossiles dont nous nous servons aujourd'hui doit être comblé.”

Port Pirie

La production d’hydrogène présente des avantages pour les fonderies de zinc de Nyrstar, à en croire Todd Milne, Global Head of Environment. “Nous prévoyons la construction d’une installation de production d’hydrogène vert sur notre site australien de Port Pirie. Si ce projet parvient à son terme, l’hydrogène produit avec de l’énergie renouvelable, et l’oxygène qui est généré pendant cette production, contribueront de façon importante à la décarbonation.”

Pour commencer, l’hydrogène interviendra dans la production d’ammoniac vert et sera principalement destiné à l’exportation. L’oxygène, quant à lui, sera utilisé sur un site de Nyrstar tout proche. “Port Pirie est situé sur un itinéraire de premier plan pour le transport entre l’exploitation minière du nord de l’Australie-Méridionale et la capitale, Adélaïde”, note Todd Milne. “Sans oublier qu’il y a aussi une installation portuaire. C’est un argument supplémentaire pour y installer la fabrique d’hydrogène. Avec Trafigura, nous sommes convaincus que l’hydrogène et l’ammoniac sont des carburants potentiels pour la navigation maritime comme pour le transport routier.”

Commercialement viable

L’étude, dont le coût s’élève à 5 millions de dollars australiens et qui est financée conjointement par Trafigura et le gouvernement de l’Australie-Méridionale, doit permettre de prendre une décision d’investissement définitive d’ici à la fin de 2022. Si le projet est approuvé, la construction du site de production débutera dès l’année prochaine.

Reste à boucler l’étude sur la viabilité commerciale et à rassembler le capital nécessaire. “Nous nous attendons cependant à une évolution rapide du marché des carburants pauvres en carbone”, conclut Rasmus Bach Nielsen. “Les liens qui unissent Trafigura et la navigation maritime et notre motivation à décarboner la navigation maritime sont des leviers décisifs pour amener ce marché à maturité.”

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