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La transition verte stimule la demande en métaux

Guy Thiran, Directeur Général de la fédération sectorielle Eurometaux

Le secteur du métal fait face à de nombreux défis et opportunités. Patrick Van den Bossche (Agoria) et Guy Thiran (Eurometaux) se projettent dans l'avenir: “Nous sommes prêts à investir massivement… mais dans de bonnes conditions.”

Le secteur métallurgique a une longue histoire en Belgique, où la plupart des entreprises de travail des métaux existent depuis plus de 100 ans. “Il est peut-être plus important dans d’autres pays, mais en Belgique, les entreprises ont, fortes de leurs connaissances accumulées, résolument emprunté la voie de la haute technologie”, indique Patrick Van den Bossche, Lead Sustainability chez Agoria.

La Belgique compte 34 entreprises dans la métallurgie, qui emploient 8.000 travailleurs et réalisent ensemble un chiffre d’affaires de 13,7 milliards d’euros. “Pour nous, le chiffre d’affaires ne constitue toutefois pas un bon indicateur, en raison de la fluctuation des prix des métaux”, nuance Patrick Van den Bossche. Le niveau d’investissement croissant, qui a atteint aujourd’hui son plus haut point en plus de 10 ans (251 millions d’euros), prouve l’ambition de ces entreprises.

Le secteur métallurgique belge investit massivement dans l’innovation, ce qui ouvre de belles perspectives pour l’industrie. “C’est crucial dans un marché mondial des plus concurrentiels où la Chine s’adjuge environ la moitié de la production de métaux”, avance Patrick Van den Bossche. “Le prix d’une tonne de cuivre est identique en Chine et en Europe, alors que les structures de coûts sont fondamentalement différentes. C’est notre activité de R&D qui nous rend uniques dans le monde du métal.”

Sans savoir si l’électricité sera encore abordable dans cinq ans chez nous, vous n’investirez pas en Europe.
Guy Thiran
Directeur Général d’Eurometaux

Le savoir-faire de nos entreprises sera également un atout à l’avenir, d’autant plus si l’on considère la transition verte qui nous attend. La métallurgie est en effet un secteur très énergivore.

Recyclage

Comme les entreprises métallurgiques n’ont d’autre choix que de s’aligner sur les prix du marché, elles peuvent difficilement répercuter les hausses des tarifs de l’énergie. Pour elles, rester concurrentiel est donc un vrai défi.

“Les coûts énergétiques représentent 40% du prix final pour les entreprises d’aluminium ou de zinc”, chiffre Guy Thiran, Directeur Général de la fédération sectorielle Eurometaux. “Des prix de l’énergie abordables sont pour nous indispensables si vous voulons pouvoir rivaliser avec les autres marchés.”

“Le bénéfice que nous pouvons réaliser en améliorant encore notre performance énergétique est relativement limité”, juge Patrick Van den Bossche. “Les prix élevés de l’énergie contraignent déjà le secteur à travailler de façon très économe en énergie. Le vrai bénéfice serait de renoncer une fois pour toutes aux combustibles fossiles.”

Patrick Van den Bossche, Lead Sustainability chez Agoria

Les entreprises peuvent acheter de l’énergie verte ou même investir dans sa production. Néanmoins, les parcs solaires et éoliens, présents sur de nombreux sites, ne suffisent pas. “Le défi pour notre secteur est d’obtenir à terme suffisamment d’électricité CO2-neutre à des prix compétitifs, afin de décarboner le processus de production”, selon Patrick Van den Bossche.

Le recyclage est un atout majeur dans cette optique. L’utilisation d’aluminium recyclé, par exemple, permet de réduire les émissions de CO2 de 95% par rapport à l'aluminium neuf. En Belgique, quelque 60% du métal produit provient du recyclage. Notre pays dépasse ainsi la moyenne européenne, qui est de 50%. À l’échelle mondiale, cette proportion n’est que de 18%.

Pression numérique

Les défis durables sont autant d’opportunités durables pour le secteur métallurgique, cependant. Car les métaux sont indispensables à la fabrication d'éoliennes, de panneaux solaires, de véhicules électriques et de batteries.

251
millions d'euros
Les entreprises du secteur métallurgique belge ont investi 251 millions d’euros dans l’innovation l’an dernier.

“Il faut du cobalt pour les batteries des véhicules électriques”, illustre Patrick Van den Bossche. “Plus de 40% du cobalt est déjà destiné au parc de voitures électriques, et cette part augmentera encore. Ceci dit, la demande pour des métaux de base comme le cuivre va aussi grimper en raison de la transition vers la conduite électrique. Et pour compenser le poids supplémentaire des batteries dans les voitures, les constructeurs recourront toujours plus à l’aluminium.”

La transition verte n’est pas le seul facteur qui stimule la demande en métaux: l'évolution numérique joue un rôle central en la matière. Ces deux évolutions font peser une pression considérable sur l’approvisionnement en matières premières.

“Nous devons optimiser toutes les sources d’approvisionnement possibles, à commencer par les sources européennes”, assure Guy Thiran. “Nous disposons des meilleures techniques d’extraction et de recyclage. Si nous ne les utilisons pas, nous risquons de dépendre de régions où les conditions écologiques et sociales sont moins favorables. Or, quand certains matériaux ne sont pas disponibles sur le sol européen, il faut bien aller les chercher ailleurs.”

Pour compenser le poids supplémentaire des batteries dans les voitures, les constructeurs recourront toujours plus à l’aluminium.
Patrick Van den Bossche
Lead Sustainability chez Agoria

“Pour être en mesure de répondre à la demande croissante, nous devons miser davantage encore sur l’économie circulaire. Et les entreprises doivent devenir plus performantes dans le domaine de l’extraction et du recyclage. Car les métaux présentent le grand avantage de pouvoir être recyclés presque à l’infini.”

Une situation gagnant-gagnant

“En Europe, la qualité du recyclage des métaux est optimale: nous pouvons quasiment tout recycler”, se félicite Guy Thiran. “Ce n’est pas tant la technologie que l’obtention des matériaux qui pose des problèmes. Il faut alimenter la capacité de recyclage. Pour cela, nous devons nous assurer que les matériaux restent en Europe au lieu d’être vendus à l’autre bout du monde. Le coefficient de performance n’y est parfois que de 20%, tandis qu’ici, il peut atteindre 90%!”

On le voit, l’avenir du secteur métallurgique européen dépend de l’accès à une énergie renouvelable, à des matières premières, à des matériaux bruts et à des matériaux à recycler à prix correct pour soutenir l’économie verte.

“Nous sommes prêts à investir massivement… mais dans de bonnes conditions”, conclut Guy Thiran. “Sans savoir si l’électricité sera encore abordable dans cinq ans chez nous, vous n’investirez pas en Europe mais là où les prix sont garantis. Ou en Islande, où l’énergie géothermique est disponible. Ce doit être une situation gagnant-gagnant: pour l’environnement dans lequel nous vivons et pour l’industrie. Si les investissements sont réalisés ailleurs, tout le monde y perd: nous importons de régions où l’empreinte écologique est plus forte et notre industrie en pâtit.”

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