"Être philanthrope, c'est avoir un réel impact"

Dominique Allard ©Studio Dann

"La philanthropie exige plus que jamais une approche sur mesure", estime Dominique Allard, directeur à la Fondation Roi Baudouin. "Notre mission consiste à accompagner les philanthropes et à élargir leurs horizons."

“Celles et ceux qui désirent se lancer dans un projet philanthropique doivent commencer par bien se renseigner”, conseille Dominique Allard, directeur à la Fondation Roi Baudouin, en charge notamment du Centre de philanthropie. “Leur banquier ou leur notaire pourra certainement les aider, mais les possibilités sont tellement vastes qu’un conseil plus précis s’avère parfois utile. En matière de philanthropie, il n’y a pas de méthode unique. Un donateur n’est pas l’autre. Tout dépend de ses moyens, de sa vision de la société et du moment où il peut libérer les avoirs qu’il souhaite y consacrer.”

Le nombre de fonds nominatifs a considérablement augmenté ces dernières années: nous en gérons aujourd’hui près de 500.
Dominique Allard
Directeur à la Fondation Roi Baudouin

Le voyage du philanthrope

Dominique Allard s’attaque également au mythe selon lequel la philanthropie serait réservée aux riches. “Certes, faire un don de 40 euros, ce n’est pas de la philanthropie. Mais il ne faut pas s’arrêter aux donateurs célèbres comme Bill Gates, qui consacrent des montants gigantesques à leurs bonnes oeuvres. Les candidats philanthropes ne peuvent se limiter aux ONG internationales ni aux grandes institutions caritatives. En fait, ils doivent commencer par se poser certaines questions. Qu’est-ce que je souhaite changer et est-ce possible avec les moyens dont je dispose? Dans quel secteur? Comment dois-je m’y prendre pour atteindre mes objectifs? La réponse pourra tout aussi bien nous mener à une association de jeunes dans un village qu’à un grand projet en Afrique. Chaque philanthrope doit en décider en toute autonomie et définir ses objectifs et sa stratégie propres.”

“A la Fondation, nous ne sommes pas guidés par la collecte de fonds pour nos projets", poursuit Dominique Allard. “Notre démarche est parfaitement inverse: nous partons de la situation particulière et des souhaits du donateur. Ce n’est qu’ensuite que nous étudions ensemble la meilleure manière d’atteindre ces objectifs. Cela peut passer par un soutien à de grandes organisations très connues, mais aussi par la création d’un fonds nominatif avec un objectif précis. Notre rôle est d’offrir un point de vue suffisamment large et un encadrement adapté. Si quelqu’un souhaite investir dans un projet scientifique spécifique en créant sa propre fondation, notre réputation et notre notoriété lui ouvriront de nombreuses portes. Le nombre de fonds nominatifs a considérablement augmenté ces dernières années: nous en gérons aujourd’hui près de 500.”

Faire la différence

Lorsque des philanthropes s’adressent à la Fondation Roi Baudouin, ils n’ont pas toujours une idée concrète ou réaliste de ce qu’ils souhaitent accomplir. “Ce n’est pas indispensable”, souligne Dominique Allard. “Nous commençons par discuter avec eux pour comprendre leur vision du monde et leurs aspirations. Nous examinons également les moyens qu’ils désirent consacrer à leur projet – il peut s’agir d’une contribution financière ou de biens immobiliers – et la manière la plus efficace de les investir.”

Vous seriez étonné de voir ce que vous pouvez réaliser ou changer avec un montant relativement modeste, à condition de travailler de manière ciblée.
Dominique Allard
Directeur à la Fondation Roi Baudouin

“Parfois, nous arrivons ensemble à la conclusion que les moyens ne sont pas suffisants pour obtenir un réel impact et qu’il vaut mieux changer de stratégie. La plupart des philanthropes souhaitent changer certaines situations – et c’est sans doute ce qui différencie le plus la philanthropie de la collecte de fonds. Ils peuvent décider de lancer leur projet de leur vivant ou après leur décès. Dans ce dernier cas, une autre partie de notre tâche consistera à réinvestir à bon escient les montants disponibles. Vous seriez étonné de voir ce que vous pouvez réaliser ou changer avec un montant relativement modeste, à condition de travailler de manière ciblée.”

Fonds familial

Chacun doit payer des droits de successions. Mais si vous léguez votre patrimoine à une fondation, en revanche, vous bénéficiez d’un taux préférentiel d’environ 7%. “Les gensne doivent bien sûr pas choisir entre leurs enfants et la philanthropie, mais il arrive de plus en plus souvent qu’un donateur crée une fondation dans un cadre familial. Les parents consacrent une partie de leur patrimoine à l’intérêt général et définissent le cadre préparatoire. Après leur décès, les enfants s’occupent de la mise en place et du suivi du projet. Cette approche renforce souvent la cohésion et améliore les relations au sein des familles.”

“En 2017, la philanthropie présente de nombreux visages. Voici 10 ans, peu de philanthropes s’intéressaient à des projets liés aux hôpitaux ou àl’enseignement, par exemple. Par ailleurs, les philanthropes auront un impact d’autant plus important qu’ils se consacrent à des domaines qui leur tiennent véritablement à coeur.”

Philanthropie sans frontières: citoyens du monde contre législations nationales

Nos horizons ne cessent de s’élargir et la philanthropie transfrontalière a le vent en poupe. Malheureusement, les législations nationales et autres réglementations fiscales jouent encore souvent les trouble-fête.

À l’heure actuelle, la déductibilité fiscale des dons et les droits de succession de legs vers et à partir de l’étranger demeurent un problème de taille dans pratiquement toute l’Europe. Parallèlement, de nombreux obstacles pratiques se dressent sur la voie des donateurs transfrontaliers. Ce constat interpelle, à une époque caractérisée par une mobilité internationale de plus en plus grande.

Toutes les nouvelles ne sont pourtant pas mauvaises. Dans plusieurs pays européens, des acteurs importants travaillent à la mise en place progressive d’une législation paneuropéenne dans le domaine de la philanthropie et des legs. À Luxembourg, la Cour de justice de l’Union européenne a pris plusieurs décisions allant dans la bonne direction, en imposant aux États-membres de modifier progressivement leur législation nationale. On constate même qu’un nombre croissant de donateurs particuliers indiquent sans hésiter leurs dons internationaux sur leur déclaration fiscale. Ils estiment que, si cette situation est questionnée par l’administration fiscale, ils seront dans leur bon droit devant Cour de justice de l’Union européenne.

Le donateur européen

Les donateurs européens souhaitent donner au-delà des frontières et mettent les autorités nationales quelque peu sous pression. Ceci, dans divers domaines et secteurs. Il peut s’agir de donateurs qui ont appris à connaître une organisation ou un projet à l’étranger. Ou d’alumni de célèbres universités vivant ou travaillant à l’étranger qui désirent soutenir leur ancienne école. Pensons encore aux grandes entreprises qui ont des business units partout en Europe. Ou au secteur artistique et culturel, qui s’internationalise à grande vitesse. Tous démontrent qui la philanthropie ne connaît plus de frontières. Du coup, le nombre d’initiatives et d’organisations facilitant la philanthropie internationale est logiquement en augmentation. Parmi les acteurs les plus connus, citons le Transnational Giving Europe. Ce réseau européen actif dans 19 pays permet de soutenir des associations caritatives étrangères reconnues, tout en bénéficiant d’avantages fiscaux.

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