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Philanthropes 3.0: créez une app!

Il était capital de faire tester l'application par les réfugiés du camp et de pouvoir l'adapter en permanence. ©DOC

Le réalisateur de documentaires Lieven Corthouts en est la preuve vivante: nous pouvons tous avoir un impact sur le monde qui nous entoure. Il a vécu plusieurs années dans un camp de réfugiés et a développé une application permettant aux jeunes de retrouver leurs parents. Une app bientôt disponible dans le monde entier.

Le documentariste Lieven Corthouts a passé quatre ans dans le camp de réfugiés de Kakuma, au Kenya. Dans la grande corne de l’Afrique, la ville de Kakuma est celle qui présente la plus forte croissance: elle accueille près de 165.000 réfugiés, dont de nombreux Sud-Soudanais qui fuient la guerre civile dans leur pays. La plupart de ces réfugiés sont des enfants. "Leurs parents les envoient dans le camp car ils y sont plus en sécurité", précise Lieven Corthouts. "En outre, on y trouve des écoles. Parfois, les parents viennent les rechercher, parce qu’ils ont vendu leur maison ou que la moisson est rentrée. Mais souvent, ils ne retrouvent jamais leurs enfants."

Beaucoup de personnes se montrent enthousiastes mais elles exigent la preuve que cela fonctionne avant de se décider à investir.
Lieven Corthouts
Documentariste

Pour remédier à cette situation, le réalisateur ne s’est pas contenté de faire un film: il a informé sa productrice, Emmy Oost, qu’il souhaitait créer une application pour aider les réfugiés à retrouver plus facilement leur famille. "Tous ou presque possèdent un smartphone. Pour eux, c’est aussi important que de manger! Un smartphone représente l’unique moyen de rester en contact avec leur famille et leur réseau d’amis dans leur pays d’origine. Mais les numéros de téléphone finissent par s’égarer, et ils perdent le contact."

Un test capital

Le développement d’une app n’a toutefois pas grand-chose de commun avec la production d’un film. "Transformer une idée en application technique n’est pas une sinécure", prévient Emmy Oost. "Il faut apprendre à communiquer avec les entreprises technologiques, car les choses peuvent rapidement dérailler si nous ne poursuivons pas des objectifs communs."

Le financement d’un tel projet constitue lui aussi un défi majeur. "Beaucoup de personnes se montrent enthousiastes mais exigent la preuve que cela fonctionne avant de se décider à investir – bref, c’est l’impasse", poursuit Emmy Oost. Malgré tout, le duo a pu rapidement compter sur de petites contributions émanant de nombreuses personnes, ce qui lui a permis de démarrer. Le principal coup de pouce est venu du Fonds Audiovisuel de Flandre, qui a proposé d’investir 20.000 euros. L’an dernier, lorsqu’Emmy Oost a remporté le Prix flamand de la Culture pour le Cinéma, elle a également investi le montant de son prix, soit 10.000 euros, dans l’application.

Il était capital de faire tester l'application par les réfugiés du camp et de pouvoir l'adapter en permanence. ©DOC

Les deux partenaires ont également réussi à convaincre le centre de recherche en technologies numériques iMinds de développer un projet pilote. Via The Good Pitch, une organisation qui réunit cinéastes, philanthropes et ONG, ils ont été mis en contact avec la société technologique ThoughtWorks. "Ils nous ont aidés à développer l’app", se souvient Lieven Corthouts. "Le problème, c’est que la plupart des sociétés technologiques occidentales ne connaissent pas du tout notre public. Elles conçoivent un projet et partent du principe que cela va fonctionner. Or, pour nous, il est capital de faire tester l’application par les résidents du camp et de réaliser les adaptations nécessaires au fur et à mesure. Et là, les choses se compliquent. Si vous ne restez que deux ou trois semaines dans l’endroit en question, il est presque impossible de créer une app efficace. Il nous faut davantage de temps pour déceler précisément les besoins des populations. Même avec les meilleures intentions du monde."

International

Bien que 3.000 réfugiés aient déjà téléchargé l’application, elle est pour l’instant à l’arrêt. "Nous sommes des cinéastes et nous avons rapidement atteint nos limites", explique Emmy Oost. "Nous avons développé un projet et construit l’application avec nos partenaires mais, à un moment donné, nous avons été confrontés à des lois et réglementations strictes, en particulier parce que nous nous adressons à des enfants. C’est pourquoi nous avons décidé de confier la suite du projet à une ONG reconnue, le Comité international de la Croix-Rouge, qui a décidé de continuer à développer l’application et de la diffuser. Seule une grande organisation comme la Croix-Rouge dispose de la capacité financière et de la logistique nécessaires pour lancer l’application dans les camps de réfugiés à l’échelle mondiale."

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