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Politiciens dans les médias

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Charles Michel: hors d'atteinte dans les journaux mais vulnérable sur Twitter

Au cours d’une année 2016 turbulente, le gouvernement fédéral n’a pu se débarrasser de son étiquette de "kibbelkabinet" ("le gouvernement des chamailleries"). Si nos éminences ont souvent fait la Une, elles auraient sans doute préféré que ce soit pour d’autres raisons…

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Jusqu’en 2015, les cours d’eau belges les plus googlisés avaient toujours été l’Escaut et la Meuse. Cette année, un ruisseau est sorti de l’anonymat pour supplanter nos deux fleuves principaux. Ceux qui en ont deviné le nom (la réponse* figure en bas de cet article) comprendront immédiatement que l’attention médiatique n’est pas nécessairement une bonne chose.

Les dirigeants politiques ne semblent pas toujours en avoir conscience. Dans une profession où le pire est d’être ignoré, ils préfèrent les feux de la rampe à la discrétion. Y compris aux niveaux les plus élevés. Les membres du gouvernement fédéral, en effet, veulent eux aussi faire parler d’eux et maximiser leur exposition au sein de leur électorat. Pour y parvenir, ils comptent à la fois sur les médias classiques et sur les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter.

En fin d’année, il nous a semblé intéressant de dresser le bilan de la manière dont les 14 ministres et les quatre secrétaires d’État du gouvernement Michel ont fait parler d’eux en 2016 – et dans quelle mesure ils sont apparus sous un jour favorable. Belga Solutions a passé au crible à la fois le nombre de mentions dans les journaux, périodiques et sites d’information, et leur communication via Twitter.

Cette analyse révèle que le n° 1 du gouvernement fédéral occupe également la première place quant au nombre de mentions dans les médias. Le Premier ministre Charles Michel (MR) l’emporte ainsi largement sur deux de ses vice-Premiers ministres, le ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA) et le ministre du Travail, de l’Économie et des Consommateurs Kris Peeters (CD&V). Koen Geens (CD&V) et Didier Reynders (MR), respectivement ministres de la Justice et des Affaires étrangères, complètent le Top 5.

On remarquera que le dirigeant politique le plus populaire du pays, la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique Maggie De Block (Open VLD), n’arrive qu’en septième position. Elle est d’ailleurs précédée par son successeur au secrétariat d’État à l’Asile et à la Migration, Theo Francken (N-VA).

Top 10 des mentions dans les médias

(Membres du gouvernement fédéral, 1er janv. – 11 déc.)

 


Médias imprimés

Sites d’information

Total

1

Charles Michel (MR)

5.671

22.486

28.157

2

Jan Jambon (N-VA)

5.442

13.946

19.388

3

Kris Peeters (CD&V)

4.352

11.125

15.477

4

Koen Geens (CD&V)

3.913

10.345

14.258

5

Didier Reynders (MR)

2.228

9.929

12.157

6

Theo Francken (N-VA)

3.277

8.146

11.423

7

Maggie De Block (Open VLD)

3.307

8.061

11.368

8

Johan Van Overtveldt (N-VA)

3.067

7.167

10.234

9

Alexander De Croo (Open VLD)

1.478

4.287

5.765

10

François Bellot (MR)

1.567

3.537

5.104

Reste à savoir si Maggie De Block regrette sa place dans ce classement. Si l’on se penche sur les moments où la plupart des dirigeants politiques qui la précèdent ont été le plus cités dans les quotidiens, on réalise que c’était davantage en rapport avec des problèmes que pour des félicitations.

Prenez Charles Michel. Son pic correspond au 11 octobre, au lendemain d’une crise gouvernementale provoquée par le CD&V: à quelques jours de la fin des négociations budgétaires, les démocrates-chrétiens ont subitement exigé des garanties solides en vue de l’introduction d’un impôt sur les plus-values sur actions. Il ne faut donc pas s’étonner si le vice-Premier ministre Kris Peeters a lui aussi bénéficié d’un maximum d’attention médiatique ce jour-là. Charles Michel n’a pu que différer sa déclaration de politique générale prévue à la Chambre, et ce, afin d’arrondir les angles dans ce qui sera qualifié a posteriori de "séance thérapeutique".

Il en va de même pour Jan Jambon, qui n’a jamais été autant cité dans les journaux et sur les sites d’information que le 18 avril. Peu avant paraissait en effet dans De Standaard sa déclaration controversée évoquant le fait qu’une "partie significative de la communauté musulmane" avait "dansé après les attentats" commis à l’aéroport de Zaventem et dans la station de métro Maelbeek. Des propos relayés dans la presse internationale, notamment le Wall Street Journal.

Jan Jambon s’est également retrouvé au cœur d’une bourrasque médiatique le 22 mars. Le ministre de l’Intérieur avait déclaré que, si Ibrahim El Bakraoui avait échappé à la surveillance policière, "ce n’était pas le fait d’un service mais d’une seule personne". El Bakraoui compte parmi les terroristes qui se sont fait exploser à l’aéroport de Zaventem. Trois jours après la tragédie, cependant, les organes de surveillance (Comités P et R) réfutaient catégoriquement la thèse du ministre dans un rapport. Entre-temps, Jan Jambon et son collègue de la Justice, Koen Geens, avaient déjà présenté leur démission à Charles Michel, mais celle-ci avait été refusée par le Premier ministre.

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Ce n’est pas la seule fois où le ministre de la Justice s’est retrouvé sous le feu des critiques en 2016. Le 17 mai a été marqué par une escalade de la grève des gardiens de prison en Belgique francophone. Les grévistes avaient pris d’assaut le cabinet de Koen Geens après que ce dernier eut refusé de tempérer les "plans de rationalisation" comme le réclamaient les syndicats.

L’incident avait entraîné un échange enflammé sur Twitter entre le président de la N-VA, Bart De Wever, et celui du PS, Elio Di Rupo. La controverse avait fait la Une: en 2016, les nouveaux médias n’ont pas uniquement servi à commenter l’actualité, mais parfois à la faire…

Revenons à Kris Peeters, qui, l’année dernière, a fait beaucoup parler de lui en une autre occasion que l’imbroglio budgétaire. Le 17 novembre, le vice-Premier ministre démocrate-chrétien a ainsi annoncé qu’il disputerait l’écharpe mayorale d’Anvers à Bart De Wever (N-VA) lors des prochaines élections communales de 2018.

Cette démarche a semblé donner le coup d’envoi de la campagne électorale. La perspective que le chef de file du CD&V détrône le "Premier ministre de l’ombre" dans la métropole anversoise risquait de provoquer de nouveaux remous au sein du gouvernement fédéral. Car le CD&V est un poids plume à Anvers, où il s’était même présenté en tandem avec le sp.a en 2012. Dans deux ans, les démocrates-chrétiens pourraient cependant se retrouver au centre de la mêlée et s’imposer dans la prochaine coalition, qu’elle soit de gauche ou de droite. Un bon résultat pour le parti sera également crucial à l’aube de la campagne électorale fédérale et régionale de 2019.

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Le gouvernement des chamailleries

Le chemin accompli avait permis au gouvernement Michel de se débarrasser de surnoms peu flatteurs du type "coalition kamikaze", dont il avait été affublé en début de législature. Du moins jusqu’à ce que le politologue flamand Carl Devos lance le terme "kibbelkabinet" ("gouvernement des chamailleries") dans un tweet publié début 2015. "Généralement, une expression de ce type s’éteint peu à peu", assurait le professeur à ce propos. "Mais le gouvernement n’a cessé de la justifier depuis."

"Je suis conscient que nous devrons faire mieux en 2017", a réagi Charles Michel dans "Terugblik 2016", le retour sur l’année écoulée de Één, lorsqu’on lui demandait s’il n’était pas fatigué de devoir sans cesse jouer au pompier au sein de sa propre coalition. "Une image de chamailleries et de discorde dans la majorité, ce n’est pas positif. Si nous voulons obtenir davantage de confiance de la population, notre responsabilité est de tout mettre en œuvre pour mener un débat plus serein et prendre des décisions ensemble. C’est ce que nous avons fait, même si de temps à autre, cela n’a pas été possible."

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Nos hommes et femmes politiques ne sont pas toujours heureux de la manière dont ils apparaissent dans les médias. Ainsi Theo Francken a-t-il déclaré qu’il préférait communiquer par les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter plutôt que par les médias traditionnels "filtrés". L’absence de réflexion critique externe peut cependant mener à des formes extrêmes de "chambres de résonance" d’auto-confirmations, et n’est absolument pas garante d’informations correctes. Avec, à la clé, de graves conséquences potentielles, comme l’a amplement démontré l’élection du populiste républicain Donald Trump à la présidence des États-Unis.

Theo Francken, quoi qu’il en soit, représente un poids lourd sur Twitter, comme le révèle l’analyse de Belga Solutions. Il n’y est devancé que de justesse par Charles Michel. Les deux personnalités ont été mentionnées plus de 30.000 fois sur le réseau social cette année – deux fois plus que le n° 3 du classement, Kris Peeters. Le message le plus retweeté d’un membre du gouvernement fédéral est à mettre à l’actif de Charles Michel: le 22 mars, quelques heures après les attentats, il appelait sur Twitter la population belge à ne pas se déplacer. La version francophone du message a été partagée 1.357 fois; en néerlandais, elle le fut 626 fois.

Le ministre ou secrétaire d’état fédéral le plus actif sur Twitter est cependant Theo Francken, avec une moyenne de 8 tweets par jour. Le n° 2 est Koen Geens avec 4,4 tweets par jour, suivi par Didier Reynders (3,6).

Les membres du gouvernement fédéral les plus actifs sur Twitter

(1er janv. – 11 déc.)

 


#tweets

1

Theo Francken (N-VA)

2.740

2

Koen Geens (CD&V)

1.518

3

Didier Reynders (MR)

1.284

4

Kris Peeters (CD&V)

1.203

5

Alexander De Croo (Open VLD)

770

Le message le plus retweeté de Francken date du 14 décembre et portait sur les conséquences juridiques de son refus d’accorder un visa humanitaire, par principe, à une famille syrienne qui l’avait demandé via l’ambassade belge au Liban. Conséquence: un juge lui a infligé des astreintes. "La Cour d’appel a décidé aujourd’hui de suspendre l’exécution de l’astreinte", a tweeté Theo Francken à ce propos le 14 décembre. "Poursuite de la procédure devant le juge des saisies. Nous continuons." Le message a été partagé 166 fois par ses followers, et a été crédité de 606 likes.

 

Koen Geens a suscité le plus de retweets pour un événement dont on a beaucoup moins parlé dans les médias, même s’il a adopté, comme Theo Francken, un ton assez cinglant. Avec ce message sur la recodification de la législation de base, le ministre de la Justice entendait attirer l’attention sur l’importance de fondements juridiques clairs. Ceux-ci datent en effet de l’époque de Napoléon.

Didier Reynders, enfin, a suscité le plus d’adhésions sur Twitter à la fin de l’année, pour un message par lequel il exprimait son inquiétude sur la situation au Congo, où le président Joseph Kabila s’accrochait au pouvoir malgré l’expiration de son mandat constitutionnel.

Opposition

Didier Reynders a toutefois bénéficié d’une attention maximale des journaux et des sites d’information au moment où la Région wallonne torpillait l’approbation de l’accord commercial européen avec le Canada (CETA). Preuve de l’émoi suscité par la question, son compte Twitter a été piraté le 17 octobre, affichant le message "Hey Canada, fuck you".

Voilà pour le bilan des principaux membres du gouvernement fédéral sur Twitter. Que constate-t-on de l’autre côté de l’échiquier politique? Comment les chefs de groupe des principaux partis de l’opposition ont-ils le plus ému cette année sur les réseaux sociaux? En s’attaquant au gouvernement ou à l’un de ses ministres, manifestement. Ainsi Laurette Onkelinx (PS) a-t-elle tiré à boulets rouges sur Maggie De Block pour avoir supprimé certains honoraires de pharmacie.

Kristof Calvo (Groen/Ecolo) a dénoncé l’opposition de la N-VA au droit de vote pour les jeunes à partir de 16 ans. Et Catherine Fonck (cdH) s’est elle aussi fendue d’une attaque contre les nationalistes flamands, cette fois à l’occasion de la déclaration de Bart De Wever sur des "juges coupés du monde" qu’il exhortait à "appliquer strictement la loi" et à ne pas "ouvrir nos frontières". Meryame Kitir (sp.a), enfin, s’interrogeait sur la politique en matière de sécurité dans les métros et aéroports. Entre-temps, Jacqueline Galant, ministre fédérale des Transports, avait déjà démissionné, précisément pour avoir donné l’impression de faire preuve d’un certain laxisme dans ce domaine.

* Il s’agit d’un petit affluent de la Senne: le Maelbeek.

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