interview

Les centres-villes sont redevenus attrayants

©Sofie Van Hoof

L’époque de l’exode et de la paupérisation des centres-villes est révolue: la tendance est au renouveau. Les centres urbains, surtout ceux des plus grandes villes, sont à nouveau en plein essor. Et les perspectives sont favorables.

La décennie écoulée a été marquée par une rupture de tendance par rapport aux quinze années précédentes, lorsque l’exode urbain était la norme. "La croissance des villes s’appuie sur les évolutions démographiques", observe Tom Coppens, professeur en planification spatiale et en urbanisme à l’université d’Anvers. "Les ménages trentenaires et quadragénaires quittent encore les villes, mais l’immigration étrangère apporte à nouveau une croissance de la population. Simultanément, de plus en plus de familles monoparentales et de personnes plus âgées reviennent habiter en ville. Le constat s’applique surtout aux grandes villes belges. Ces évolutions accroissent les besoins d’écoles et de crèches, d’appartements plus petits, de logements à assistance, de maisons de repos et de soins et d’autres infrastructures de soins, mettant ainsi le marché immobilier sous pression."

Public plus fortuné

Dans les centres-villes, tous les immeubles utilisables de la seconde moitié du siècle dernier sont rachetés à une industrie en déclin et aux habitants qui fuient la ville, pour être transformés en logements. "Depuis les années 90, un public plus fortuné acquiert des immeubles dans le centre-ville. Cette classe moyenne investit dans des quartiers anciens et les transforme selon ses besoins. Le commerce et le tourisme progressent. Résultat? Les centres-villes se redressent, mais au prix d'une certaine éviction sociale." Tom Coppens voit ce phénomène se produire à Anvers, mais aussi dans de plus petites villes comme Louvain.

Marc Martens, gérant du Bureau voor Architectuur en Planning et conseiller de villes et de promoteurs immobiliers, établit cependant une distinction entre les grandes villes et les villes de taille moyenne: "Les solutions que l’on peut appliquer à Gand, Liège, Bruxelles ou Anvers ne sont pas toujours appropriées aux cœurs des villes moyennes. Les plus petites entités ont moins de possibilités en matière de transports en commun, ce qui est important – voire crucial – pour la mobilité. Il est tout à fait normal que ces villes créent des places de stationnement à proximité du centre. Elles ne peuvent bannir la voiture, car elles sont trop petites pour créer des transports en commun abordables. Quel que soit le centre-ville, cependant, vous devrez payer de plus en plus cher si vous voulez vous y rendre en voiture."

Pas un parc d’attractions

"Le développement urbain requiert également un suivi constant et sans doute un développement de l’appareil d’équipements", poursuit Marc Martens. "Cet ‘immobilier social’, comme on l’appelle aux Pays-Bas, est notamment constitué des écoles disponibles, un domaine où la croissance est toujours beaucoup plus lente que du côté des logements.

La qualité de l’habitat joue elle aussi un rôle majeur dans la viabilité d’un centre-ville. "Le marketing urbain ne doit pas transformer le centre-ville en parc d’attractions. Il faut aussi prêter attention aux nuisances nocturnes en cas de fêtes, ainsi qu’à la propreté des rues. La ville doit prévoir suffisamment de plaines de jeux, d’espaces verts et d’infrastructures pour les vélos. Voyez les possibilités de cyclisme et de promenade dans certains quartiers de Paris, mais aussi les évolutions récentes à Ostende et Louvain. On attend énormément des services communaux, pour améliorer tant l’habitat que tout ce qui l’entoure."

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