Un site de rencontre pour entreprises durables

The Shift propose une plateforme où de grandes et petites entreprises, des universitaires et des ONG peuvent, ensemble, mettre sur pied des projets liés à l’entreprise durable. Des partenariats qui portent souvent le germe de nouveaux produits ou services. Les PME y jouent souvent un rôle de précurseur.

Ce ne sont pas les réseaux qui manquent, mais The Shift pourrait réellement faire bouger les choses en matière d’entreprise durable. Depuis le 2 juin, il réunit les 334 membres des anciens réseaux Business & Society (surtout de grandes entreprises) et Kauri (PME, ONG, institutions universitaires, associations et pouvoirs publics). "Nous sommes une espèce de site de rencontre pour entreprises durables", explique Sabine Denis, qui dirige le nouveau réseau consacré à la responsabilité sociale des entreprises (RSE) avec David Leyssens. "Notre objectif est d’encourager la collaboration entre “unusual suspects”. Dans les chambres de commerce ou au VOKA, les entreprises sont face à d’autres entreprises: nous, nous élargissons ces plateformes pour leur permettre de rencontrer des partenaires intéressants issus du monde académique, du champ associatif ou des ONG."

Avec Act4Change, le réseau lance également un appel à des jeunes dirigeants d’entreprise qui cherchent des partenaires en matière de développement durable. Et grâce à l’aide de l’UN Global Compact, l’organisation s’inscrit dans le cadre des objectifs du Millénaire pour le développement fixés par les Nations Unies. Mais réunir des partenaires intéressants n’est pas un but en soi. "Nous demandons un véritable engagement à nos membres. Il doit mener à des projets concrets qui génèrent des résultats durables", explique Sabine Denis (voir cas d’école).

Pourquoi collaborer?

Collaborer s’avère une nécessité absolue. Vous voulez réduire l’empreinte écologique de votre entreprise? Vous en arriverez rapidement au constat que c’est impossible sans intégrer les clients et les fournisseurs dans ce projet. "Les défis en matière de développement durable sont trop grands pour les relever seuls", reconnaît Peter Garré, administrateur-délégué de l’entreprise immobilière Bopro (Gand) et administrateur de The Shift. "La PME belge n’est en réalité qu’un maillon d’une chaîne logistique orientée sur le commerce international. Il ne suffit pas de réduire ses propres émissions de CO2, il faut également observer la totalité de la chaîne de valeur. Dans ce cas, la collaboration par-delà les frontières est indispensable."

Les PME relèvent plus aisément ce défi que les grandes entreprises. "La volonté de rompre avec le passé, nécessaire pour une telle collaboration, est plus proche de la nature d’une PME: nous pouvons prendre des décisions rapidement et nous engager pleinement. Je remarque que les plus grandes entreprises ont tendance à affirmer plus rapidement que c’est trop difficile. Elles préfèrent nous observer et attendre", explique Peter Garré.

Voyez grand

Le grand défi, selon Peter Garré, est de convaincre les clients que viser une gestion d’entreprise durable a un sens. "En raison de cette chaîne de valeur internationale, une PME peut avoir un impact social ou environnemental. La rupture réside dans la recherche de clients et de partenaires avec lesquels ce sera possible. Souvent, ce sont les grandes organisations qui se sont engagées dans une stratégie de durabilité. Ainsi, une entreprise française cotée en Bourse pourrait s’adresser à nous pour rendre son portefeuille immobilier plus durable. Une PME sera plus aisément envisagée comme partenaire stratégique dans la chaîne. Pour nous, c’est la porte ouverte à l’international. C’est motivant."

The Shift essaie également de favoriser les échanges entre les entreprises et les organisations sociales, par exemple, en demandant à un chef d’entreprise et à un directeur d’ONG d’échanger leurs places. "Dans le cadre de cette initiative, le patron de Spadel s’est retrouvé pendant une journée à la tête d’une entreprise de produits de jardin écologiques qui emploie des personnes handicapées. Et, de son côté, le dirigeant d’entreprise plus habitué à l’économie sociale a pu en apprendre davantage sur le marketing et la gestion de la chaîne logistique chez Spadel", explique Sabine Denis. "Un projet de ce genre suffit pour que les organisations apprennent à mieux se connaître, établissent des liens de confiance mutuelle et respectent les différentes sensibilités."

Le contact avec le milieu associatif permet aussi aux entreprises de donner une orientation concrète à leurs bonnes intentions en matière de développement durable. "Nous remarquons souvent que certaines entreprises éprouvent des difficultés à trouver une ouverture sur le marché. En collaborant avec des organisations du monde associatif, elles peuvent plus facilement identifier les besoins. Finalement, il s’agit d’innovation sociale, d’établir comment une entreprise peut atteindre un public plus large et avoir un impact positif plus grand sur la société."

Recherche d’un partenaire

Étonnamment, la quête de la collaboration idéale commence au sein même de l’entreprise. "Il est indispensable que l’entreprise ait défini sa stratégie et montre la volonté d’y intégrer le développement durable", explique Sabine Denis. Ensuite vient le temps des étapes concrètes: "L’entreprise doit cartographier sa propre chaîne de valeur, choisir un fer de lance, rechercher le partenaire adéquat et fixer les améliorations dans les processus. Si elle procède de manière cohérente, il est impossible que, tout à coup, on constate que les pavés achetés ont été fabriqués par des enfants, par exemple", explique Peter Garré.

Avantage stratégique

Le partenaire idéal doit surtout avoir un avantage. "Nous remarquons que c’est surtout le cas lorsque nous réunissons des parties très différentes, sans quoi le processus se résume à une fusion sans modification de trajectoire. Les partenaires doivent se compléter et, surtout, poursuivre un objectif commun", poursuit Sabine Denis. Selon elle, les partenaires doivent également avoir le sentiment qu’ils sont sur un pied d’égalité et que le projet les rendra plus forts. "Une collaboration stratégique est toujours plus durable. Vous voyez que les deux parties continuent à s’investir, même si tout ne se passe pas parfaitement dès le départ."

On note au sein de nombreuses PME une certaine réticence vis-à-vis de la collaboration. Sabine Denis ne l’ignore pas: "Serait-ce la peur de l’inconnu? En tout cas, nous remarquons que notre message passe: nous recevons de nombreuses demandes. Les acteurs du monde associatif ont conscience que leur dépendance aux aides publiques leur impose des limites. Les entreprises comprennent qu’il y a une limite aux recettes classiques de maximisation des bénéfices. Les deux parties sont bien conscientes qu’un rapprochement leur serait profitable." Les PME qui sont d’ores et déjà membre de The Shift sont aussi parmi les plus enthousiastes. "Elles ont choisi de faire du développement durable un avantage stratégique. Elles n’ont pas peur de collaborer parce qu’elles conçoivent bien ce qu’elles peuvent en tirer." Box28

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