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"Une fois sur la bonne voie, aucun retour en arrière n'est possible"

©Frank Toussaint

Il n’est pas nécessaire de tout révolutionner pour devenir une entreprise socialement responsable, affirme l’experte de BNP Paribas Éléonore Bedel. "Mais faites au moins le premier pas."

Début septembre à Bruxelles, Éléonore Bedel dirigeait un débat de chefs d’entreprises consacré à la responsabilité sociale des entreprises. La directrice du département Socially Responsible Investing (SRI) chez BNP Paribas Wealth Management y a-t-elle appris de nouvelles choses? "Sur l’ISR? Pas vraiment", sourit la Française. "C’est normal, c’est mon job. Mais en matière d’attitude, je suis à chaque fois surprise de l’importance de la responsabilité sociale en Belgique. Votre pays a pris une large avance sur le reste de l’Europe dans ce domaine."

BNP Paribas Fortis y joue un rôle important, affirme éléonore Bedel. "La banque remplit un rôle pédagogique en fournissant de nombreuses informations à ses clients."

La Belgique est-elle en avance parce que les banques éveillent l’intérêt des citoyens pour l’ISR, ou parce que ces citoyens sont eux-mêmes demandeurs?

Éléonore Bedel: "Les deux sont vrais, mais il est toujours possible de faire mieux. C’est ce que souhaitent les clients, même s’ils n’en sont pas toujours conscients. Il est également possible qu’ils ne se soient jamais vus proposer de produits ISR parce qu’ils ne savent tout simplement pas qu’ils existent. C’est à la banque de les informer et de leur proposer les produits adéquats."

Les esprits sont-ils aussi mûrs au sein de la banque?

Éléonore Bedel: "Pas encore. L’investissement socialement responsable ne fait pas partie depuis longtemps du programme des orientations économiques des hautes écoles et des universités. Et même si c’était le cas, les jeunes n’en possèdent souvent que quelques notions lorsqu’ils décrochent leur diplôme. Certains banquiers, qui ont quitté les bancs de l’école il y a quinze ans, n’en ont encore jamais entendu parler. Pour nous, le chemin à parcourir pour sensibiliser nos collaborateurs à l’importance de l’ISR reste long."

Quel est le meilleur conseil que vous puissiez donner aux entreprises qui veulent adopter les principes de l’ISR?

Éléonore Bedel: "à un moment donné, il faut avant tout qu’elles se lancent. Le "premier pas parfait" n’existe pas. Ne placez pas la barre trop haut au début. Les petites entreprises peuvent se permettre de faire une première tentative et voir si ça fonctionne. En revanche, les grandes entreprises sont scrutées par le marché. Par conséquent, tout basculement stratégique à long terme doit être mûrement réfléchi. Les mesures purement cosmétiques et les belles paroles ne sont jamais une option. L’analyste, qui ne se contente pas d’examiner les résultats financiers mais qui évalue réellement le caractère durable d’une entreprise, les percera immédiatement à jour."

L’ISR n’est-il pas surtout réservé aux grandes entreprises? Les PME ont d’autres préoccupations.

Éléonore Bedel: "Dans une grande entreprise, un collaborateur peut s’en occuper à temps plein; dans une petite entreprise, il faut qu’un collaborateur se charge de l’ISR en plus de ses tâches habituelles. Mais les PME sont à même de comprendre beaucoup plus rapidement comment elles peuvent s’améliorer et ainsi se distinguer de la concurrence. Cela s’inscrit également dans leur dialogue avec les plus grandes entreprises dont elles sont les fournisseurs : est-ce que je fais ce que vous attendez de moi ?"

Qui encourage les entreprises à adopter les principes de l’ISR? Les actionnaires, les consommateurs, les salariés, les pouvoirs publics?

Éléonore Bedel: "C’est un mix. Cela dépend du pays, mais aussi de la réglementation et du secteur. Nous remarquons en tout cas que les consommateurs se montrent de plus en plus exigeants en matière d’écologie. Un exemple est le secteur de la santé et de l’alimentation où il y a eu beaucoup de controverses ces dernières années, comme le scandale de la viande de cheval."

"Sur le plan social, nous observons que les salariés attendent davantage de leur employeur. Ils ne veulent plus décompter les heures avant de pouvoir rentrer chez eux : ils réclament des tâches qui les motivent. Et les entreprises doivent s’y adapter si elles veulent fidéliser leurs meilleurs talents."

L’ISR semble surtout attirer l’attention sur le plan environnemental?

Éléonore Bedel: "C’est le parcours typique d’une entreprise. La première étape se compose de mesures comme la réduction de la consommation de papier et d’électricité. Les choses les plus simples d’abord. Ensuite, on opte par exemple pour des emballages qui demandent moins de matériaux et/ou qui sont recyclables. L’aspect social ne vient qu’ensuite."

Existe-t-il un modèle idéal?

Éléonore Bedel: "Non, pas du tout. Les entreprises sont actives dans des secteurs différents, ont des clients différents, mais aussi des investisseurs différents qui ont chacun leurs dadas. Cela rend chaque cas spécifique. Cela dit, il n’y a pas de marche arrière possible. Dès que vous êtes sur la bonne voie, vous ne vous retournez plus. Vous n’allez pas subitement recommencer à travailler de manière plus polluante ou remettre en question des acquis sociaux."

Et si l’entreprise ne parvient pas à faire un choix?

Éléonore Bedel: "Je lui conseillerais de demander l’avis d’autres personnes, et de voir ce qui fonctionne. Éventuellement, de chercher un partenaire. Un bon exemple est Goods to Give, une plateforme logistique en ligne qui collecte des produits alimentaires invendus et les distribue à des organisations qui luttent contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Des entreprises comme Procter & Gamble ne possèdent pas toujours des solutions pour écouler leurs stocks excédentaires. Grâce à un partenaire professionnel et fiable comme Goods to Give, elles peuvent suivre le trajet de leurs invendus et savent ainsi qu’un produit, qui était sur le point d’être détruit, aide à présent ceux qui en ont besoin."

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