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Opinion: Quand notre société offre une tribune aux leaders toxiques

Stephan Soens, ssocié chez Accord Group Belgium

La bataille entre leaders mondiaux se joue sur le fil du rasoir. Les sondages pointent dans deux directions et tout individu qui se respecte regarde avec consternation l’obstination avec laquelle Vladimir Poutine est devenu la caricature de lui-même. “Il est le prototype du leader toxique et, en raison de sa position importante, il représente un réel danger pour notre société”, estiment Frank De Mey et Stephan Soens, associés au sein de la société de conseil en leadership Accord Group Belgium.

L’écrivain américain, professeur et consultant en organisation Peter Drucker considère le leadership toxique comme un processus par lequel les leaders, à cause de leur comportement destructif et/ou de leur personnalité dysfonctionnelle, provoquent de graves et irréversibles dégâts dans le chef tant de leurs “non-followers” que de leurs “followers” et au sein de leur propre organisation.

Les leaders toxiques se montrent ignobles envers ceux qui doivent endurer leur comportement sans l’accepter et sont perçus comme des héros par ceux pour qui ils ont créé “l’illusion d’un repère” et une raison d’être.

Illusion

Ils peuvent adopter un comportement et poser des actes tout à fait intentionnellement, dans le but de réaliser leurs propres ambitions au détriment des autres. Ils peuvent aussi être motivés par leur cadre de référence pernicieux – avec une soif extraordinaire de pouvoir, combinée à un niveau de tolérance très bas envers ceux qui pensent différemment d’une part et la déloyauté d’autre part – et leurs personnalités dysfonctionnelles telles que présentées ci-après.

“Les leaders toxiques sont souvent des séducteurs prêts à manipuler et affaiblir les autres et, dans le pire des cas, les terroriser"
Frank De Mey & Stephan Soens

Il s’agit fréquemment de séducteurs prêts à manipuler, maltraiter, abuser, ridiculiser, démoraliser ou affaiblir les autres et, dans le pire des cas, les terroriser. Ils manquent d’éthique, ne respectent pas les droits fondamentaux et sont passés maîtres dans l’art de créer l’illusion qu’ils sont les seuls leaders – ou tyrans – dignes de ce nom.

Boucs émissaires

Ils réussissent à exploiter les peurs de leurs “sujets”, à faire taire toute forme de critique et à tuer dans l’œuf toute opposition. Ils proclament des mensonges, sapent tout et tous ceux qui croient en la science et la justice. Ils nient toute participation et tout droit de parole aux autres parties prenantes comme aux autres leaders, car cela interfère avec leur propre pouvoir… et ils sont particulièrement rusés et inventifs pour les monter les uns contre les autres. Ils cherchent en permanence des boucs émissaires et n’hésitent pas à mettre les autres en danger pour satisfaire leurs intérêts propres. En tant que conseiller médical du président américain, le Dr Anthony Fauci peut en témoigner, surtout depuis la pandémie de Covid-19.

Excuses

La réalisation de soi et le maintien de leur pouvoir sont leurs priorités. Narcissisme, arrogance, absence de normes morales, besoin irrépressible d’avoir un impact sur les gens et les choses et de se trouver sous le feu des projecteurs caractérisent les leaders toxiques. Ils sont incapables de faire preuve de compréhension globale ou plus nuancée des problèmes. Et toute forme d’autoperception objective brille par son absence.

“La culture d’une organisation est l’externalisation du cadre de valeurs de ses dirigeants”
Frank De Mey & Stephan Soens

Lorsqu’on examine les leaders toxiques dans le monde des entreprises, ces individus – heureusement de façon parfois temporaire – ont beaucoup d’impact sur les personnes évoluant dans leur environnement immédiat. Cela peut souvent se mesurer au taux de rotation des collaborateurs, avec l’excuse facile que ceux qui quittent l’entreprise ne correspondaient tout simplement pas à sa culture.

Culture

Ceci confirme en même temps le postulat que la culture d’une organisation est l’externalisation du cadre de valeurs de ses dirigeants. Il serait dès lors judicieux que les candidats examinent le bilan social de leur employeur potentiel avant de signer leur contrat d’embauche. L’image extérieure d’une entreprise est parfois plus belle que son “visage intérieur”…

De nombreuses personnes tolèrent des comportements et leaders toxiques pour assurer leurs besoins fondamentaux et/ou leur sécurité financière. Le niveau de tolérance diminue cependant lorsque le besoin de soutien au sein d’un groupe cède la place à la réalisation de soi. Mais dans ce cas également, on trouve toujours des “followers” lorsque le leader toxique rend possible l’accomplissement de soi.

Impuissance

Le sentiment universel d’impuissance pousse des myriades de personnes à se raccrocher à ceux dont elles pensent qu’ils les débarrasseront de ce sentiment. Les leaders toxiques réussissent généralement à éliminer toute forme de peur existentielle auprès de leurs “followers” en leur donnant un fort sentiment d’appartenance, une raison d’être et donc l’impression d’être importants. Un sentiment symbolisé par des drapeaux et autres slogans tels que “We will make American great again!”, en mettant l’accent sur “We”.

Les leaders toxiques sont aussi le produit de l’environnement dans lequel ils évoluent. Lorsque la confiance en soi est faible dans la société, les gens auront davantage tendance à se profiler comme des adeptes de celui qui leur renvoie une image positive d’eux-mêmes et leur donne une raison d’exister.

Bergers

Les partis politiques extrémistes sont très habiles pour créer de l’incertitude et l’utiliser au sein du monde dans lequel nous vivons. Ils se présentent comme des bergers capables d’offrir un avenir alors qu’en réalité, ce sont des loups déguisés en moutons qui sont à la recherche du pouvoir à partir de leur propre cadre de valeurs.

Parallèlement, l’Ukraine en a assez et la Biélorussie semble l’accepter. “The land of the free” subit aujourd’hui les conséquences d’une politique trop néolibérale, axée sur la maximalisation de la liberté individuelle mais où la sécurité sociale laisse beaucoup à désirer et où de nombreux citoyens – dans l’espoir d’être considérés comme essentiels ou de se sentir davantage en sécurité – votent paradoxalement pour celui qui ne pense qu’à son propre pouvoir et à ses avantages personnels. Après l’été, nous aurons, espérons-le, une image plus positive de la direction que prend “notre monde”.

Frank De Mey & Stephan Soens, associés chez Accord Group Belgium, une société de conseil en leadership.

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