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La voiture de demain sera-t-elle vraiment plus sûre?

'Des études démontrent que 90% des accidents sont la conséquence d’une erreur d’appréciation ou d’un acte humain' ©Studio Dann

Toujours plus complexe, la technologie automobile rendra-t-elle nos voitures plus sûres au cours des années à venir? Ou, au contraire, encore plus dangereuses? Steven Soens, expert en sécurité automobile au sein de la Fédération belge de l’industrie automobile et du cycle (Febiac), analyse pour nous six affirmations fréquemment entendues.


1. La voiture autonome est plus sûre: le problème, c’est l’humain
Les conducteurs qui accordent une confiance excessive aux systèmes électroniques d’aide à la conduite, comme l’adaptive cruise control (régulateur de vitesse actif) et le lane assist (qui avertit en cas de changement de voie), peuvent être impliqués dans des accidents. Car ils réagissent plus lentement et présentent un risque de somnolence accrue. C’est la conclusion d’une étude menée par l’Université de Strasbourg.

"La conduite d’une voiture n’a jamais été aussi complexe", prévient Steven Soens (Febiac). "Il y a de fortes chances que la capacité de jugement du conducteur se relâche temporairement. Des études démontrent que 90% des accidents sont la conséquence d’une erreur d’appréciation ou d’un acte humain. C’est précisément pour cette raison que les constructeurs introduisent de plus en plus de systèmes ADAS (aide à la conduite automobile, NDLR) dans leurs voitures. Mais on ne peut pas pour autant faire une confiance aveugle à ces systèmes. Ils procurent un faux sentiment de sécurité, ce qui incite à prendre davantage de risques et peut réduire l’attention. Il faut donc utiliser ces assistants électroniques en support. Et avec un état d’esprit adéquat."

2. Les voitures sont de plus en plus sûres
L’acier des voitures a gagné en robustesse au cours de la décennie écoulée. S’il affichait une résistance à la traction d’environ 500 mégapascals (MPa) au début des années 2000, celle-ci atteint 1.500 MPa avec l’acier estampé ou filé. À ce niveau de résistance, une bande de quelques centimètres ne se brise pas en deux quand on y suspend un poids de 90.000 kg.

"Plus une voiture embarque de technologie, plus le risque de défaillance est grand"
Stevens Soens
Expert en sécurité automobile à la Febiac

"Toutes les marques ou presque désirent accroître la sécurité de leurs véhicules", remarque Steven Soens. "En travaillant sur la structure et en développant et introduisant des systèmes électroniques qui prévoient et préviennent les accidents. L’objectif principal de nombreux constructeurs? Veiller à ce que la voiture soit le moins possible impliquée dans des accidents, voire ne le soit plus du tout. Les derniers systèmes GPS préviendront les conducteurs lorsqu’ils doivent adapter leur vitesse, par exemple à proximité d’un virage serré, d’une descente dangereuse ou d’une côte raide avec un risque de verglas. Ou le véhicule signalera au conducteur qui roule depuis beaucoup trop longtemps qu’il est préférable de se reposer sur une aire d’autoroute. Des myriades d’applications de ce type continueront d’être développées et produites."

3. Plus une voiture embarque de technologie, plus elle est sûre
Une voiture électrique accidentée est un casse-tête pour les services de secours. Pour éteindre un incendie sur une voiture électrique, il faut énormément d’eau: quelque 10.000 litres. Cela impose rapidement la présence d’un deuxième camion de pompiers. Et la voiture peut être sous tension, ce qui complique l’utilisation d’une pince hydraulique s’il faut désincarcérer des passagers. Voire la rend dangereuse, avec un risque de choc électrique pour les membres des services de secours.

Voilà pour les conséquences d’un accident. Mais la nouvelle technologie peut-elle aussi provoquer des accidents? "L’attention croissante pour la sécurité routière, les émissions et le confort a considérablement complexifié nos véhicules", répond Steven Soens. "Le secteur de l’aviation connaît depuis longtemps cette complexité et les risques qui y sont liés: d’importantes fonctions y sont généralement prévues en double exemplaire. Les véhicules modernes se surveillent eux-mêmes avec des circuits de mesure distincts, qui contrôlent en permanence les systèmes électroniques et signalent les défaillances de manière anticipée. Les marques automobiles investissent massivement dans le niveau de sécurité de leur électronique. Et elles continueront de le faire au cours des années à venir."

4. Les villes intelligentes accroissent la sécurité routière
"Cette affirmation est exacte", juge Steven Soens. "Les smart cities communiqueront avec les véhicules dans les rues, sur les périphériques et le long des axes de circulation. Pour les guider vers des zones de stationnement en bordure des villes, notamment, où il sera possible de prendre les transports en commun ou d’autres formes de transport qui garantissent une mobilité plus fluide et plus respectueuse de l’environnement. Et cela va plus loin que les seules villes.

'Les véhicules électriques devront bientôt produire un certain niveau sonore à basse vitesse. Le débat tourne autour de la nature de ce bruit. Un bruit de moteur simulé, une petite musique, un signal d’avertissement ?' ©Studio Dann

Pour moi, il s’agit de développer une infrastructure intelligente qui puisse être présente sur les autoroutes et les routes régionales, afin de prévenir ou réduire les embouteillages. On pourrait imaginer une taxe kilométrique intelligente dont le montant dépendrait entre autres du moment où circulent les conducteurs et de l’itinéraire qu’ils empruntent. Il sera ainsi possible de provoquer un changement de comportement. En effet, on pourra réfléchir au moment et au mode de transport le plus adapté avant de faire le déplacement. En réduisant le nombre de voitures en circulation au même moment, nous augmenterons mécaniquement la sécurité routière."

5. Les voitures partagées exigent un entretien différent, avec une attention accrue pour la sécurité
"Exact", tranche Steven Soens. "Lorsque plusieurs chauffeurs utilisent la même voiture, il faut non seulement l’entretenir plus souvent, mais aussi différemment. Pourquoi? Ceux qui sont seuls à utiliser une voiture remarquent plus rapidement les défaillances et les lacunes, et les font corriger immédiatement. Quand la voiture est partagée, il y a de fortes chances que les manquements échappent à l’attention du conducteur, ou ne soient pas considérés comme prioritaires – et l’on y remédiera moins vite. À plus long terme, cela peut aggraver les problèmes techniques, voire favoriser l’insécurité. Indépendamment de cela, toutes les voitures enregistrent aujourd’hui des données sur leur fonctionnement. Dans le futur, il sera sans doute légalement obligatoire d’envoyer ces données aux centres d’entretien. Ce qui faciliterait les réparations, y compris pour les voitures partagées. Pensez aux pièces de rechange qui seront automatiquement commandées dès que la voiture remarque une défaillance quelque part. Afin que cet élément puisse être monté sitôt la voiture arrivée au centre d’entretien."

6. Les voitures électriques et hybrides sont silencieuses et donc plus dangereuses
Les voitures équipées de moteurs électriques sont parfaitement silencieuses. Le Parlement européen y voit un danger, notamment pour les piétons et les cyclistes. C’est pourquoi une directive européenne obligera, à compter du 1er juillet 2019, les constructeurs automobiles à ajouter un bruit artificiel à toutes leurs voitures électriques et hybrides.

"Ce phénomène s’observe dans le monde entier", prolonge Steven Soens. "Au Japon comme aux États-Unis, en Chine comme en Russie, on perçoit que les véhicules électriques présentent un certain danger dans les environnements urbains. Cela provient en partie de l’usager faible de la route, qui n’est pas encore totalement familiarisé avec la présence de véhicules électriques dans les rues. Lorsqu’il traverse, il se repose trop sur son ouïe pour mesurer et évaluer le risque. Le danger vient donc des deux côtés. Quoi qu’il en soit, les véhicules électriques devront bientôt produire un certain niveau sonore à basse vitesse. Le débat tourne autour de la nature de ce bruit. Un bruit de moteur simulé, une petite musique, un signal d’avertissement monotone? Quelque part, il est étrange que les voitures soient de plus en plus silencieuses mais qu’on les contraigne à se montrer bruyantes… Ceci étant, la sécurité prime sur tout le reste."

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