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Quand le conducteur devient passager

©Shutterstock

Les voitures autonomes feront peut-être leur apparition plus rapidement que prévu. Votre assureur est-il prêt pour cette révolution? Les primes baisseront-elles si le conducteur devient lui aussi un passager? Et comment protéger les voitures contre les hackers?

Pour le grand public, les voitures autonomes (sans chauffeur) semblent encore une utopie. Les constructeurs s’y préparent, cependant, et la technologie est déjà disponible. Principal écueil: les voitures autonomes auront des implications dans d’autres secteurs, tels l’infrastructure routière et le monde des assurances. Or, dans ces domaines aussi, le chemin à parcourir reste long.

“Le principal obstacle touche à la législation”, estime Al Pijnacker, directeur Automotive et Affinity auprès du courtier en assurances Aon. “La Convention de Vienne de 1968, qui harmonise les règles du trafic entre les pays signataires, n’a pas suffisamment évolué. La loi belge n’est pas prête pour les voitures autonomes.” Ceci dit, les bonnes intentions sont là. “L’an dernier a vu la signature du traité d’Amsterdam, qui prévoit que l’Europe soit mûre dès 2019 pour les voitures autonomes. Il est donc grand temps d’agir.”

Les voitures autonomes, à l’instar des avions, seront sans doute équipées d’une boîte noire qui permettra de définir les responsabilités en cas d’accident.
Al Pijnacker
Directeur Automotive et Affinity auprès du courtier en assurances Aon

Le monde de l’assurance y réfléchit déjà sérieusement afin d’être paré d’ici trois ans. Les primes baisseront-elles? Al Pijnacker tient à nuancer: “Les conducteurs sont aujourd’hui responsables de 90% des accidents. S’ils deviennent des passagers, ce risque baissera considérablement. Il est donc logique de penser que les primes d’assurance diminueront. Mais ce n’est pas aussi simple. Car les assureurs ont des frais fixes. En outre, en cas d’accident, les coûts des dommages seront plus élevés puisque les voitures autonomes seront plus chères, à cause de la technologie embarquée. Enfin, d’autres risques ne disparaîtront pas, comme les catastrophes naturelles et le vandalisme.”

Fondamentalement, beaucoup de choses vont toutefois changer. “Aujourd’hui, nous assurons les conducteurs”, poursuit Al Pijnacker. “Dans les voitures autonomes, c’est la technologie qui prend la main. La responsabilité passera donc en grande partie du côté des constructeurs. C’est pourquoi les voitures autonomes, à l’instar des avions, seront sans doute équipées d’une boîte noire qui permettra de définir les responsabilités en cas d’accident. Tesla, déjà bien avancé dans la conduite autonome, a déclaré qu’il jouerait peut-être lui-même le rôle d’assureur de ses voitures. Mais ce n’est sans doute pas pour demain. Sans oublier que les voitures transportent des passagers qu’il faudra continuer à assurer.”

Malgré tous ces changements drastiques annoncés, les assureurs semblent suivre l’évolution des choses de manière relativement passive. Pour Al Pijnacker, cela s’explique par la quasi-absence de communication entre les autorités, les assureurs et les constructeurs automobiles. “Tous les jours, vous en entendez parler. Toutes les marques s’y préparent mais le secteur manque d’homogénéité. Nous devons y travailler.”

Bien entendu, les voitures autonomes créeront de nouvelles opportunités pour les assureurs. “Les voitures autonomes seront truffées de nouvelles technologies. Il y aura donc probablement davantage de rappels – peut-être ce risque devra-t-il être assuré – ou encore des demandes d’assurance sur le plan de la cybersécurité. Les voitures autonomes seront de véritables ordinateurs sur roues et pourraient devenir des cibles pour les hackers!”

Adresse IP

La cybersécurité promet en effet de devenir un enjeu de taille pour le secteur. Mark Pecqueur est professeur et directeur de recherches en technologie automobile à l’institut supérieur Thomas More, et expert-consultant chez Kuylen, Pecqueur & Partners: “La cybersécurité constitue une dimension importante. Les voitures communiqueront les unes avec les autres. Il est donc inévitable qu’à un moment donné, quelqu’un essaiera de les pirater. On ne peut l’exclure. Regardez le monde de l’informatique: c’est une lutte sans fin.”

Il est inévitable qu’à un moment donné, quelqu’un essaiera de les pirater
Mark Pecqueur
Professeur et directeur de recherches en technologie automobile à l’institut supérieur Thomas More

Mark Pecqueur voit pourtant néanmoins une différence de taille par rapport au monde des ordinateurs: “Un ordinateur dispose d’une adresse IP fixe. À l’inverse, une voiture se déplace sans arrêt et changera en permanence d’adresse IP. Vous pourrez peut-être pirater une voiture qui roule à 70 km/h, mais quelques secondes plus tard, son identité aura changé. Un hacker qui réussira à pénétrer dans le système d’une voiture aura bien du mal à s’y maintenir.”

Cette modification permanente de l’adresse IP signifie également que l’identité de la voiture changera au même rythme. Tout comme celle du propriétaire. “Cette identité n’est pas importante”, estime néanmoins Mark Pecqueur. “Si une voiture autonome signale à une autre voiture qu’un enfant se trouve au coin de la rue, les autres véhicules devront connaître la position exacte de l’enfant, et non pas l’identité de celui ou celle qui a transmis l’information.” En d’autres termes, tout comme dans le monde de l’assurance, on assistera au glissement du chauffeur vers la voiture.

Canon

On peut lire sur le web des histoires à propos d’un “canon” susceptible d’arrêter le trafic en éteignant l’ordinateur de bord d’une voiture. Mark Pecqueur remet les pendules à l’heure: “Si une voiture autonome roule à 80 km/h, vous avez entre 5 et 15 mètres pour éteindre son ordinateur, ce qui est pratiquement impossible. Les constructeurs automobiles ont travaillé pendant 30 ans afin d’immuniser les voitures contre les brouilleurs externes. Pensez aux interférences radio, voici quelques années. Je ne pense pas que cela arrivera.”

MADE IN BELGIUM

Les possibilités infinies des voitures connectées

Accéder à l’internet en voiture n’est pas une nouveauté: c’est déjà possible grâce aux smartphones. Mais la mise en œuvre d’applications requiert une connexion plus stable que celle que nous connaissons aujourd’hui. C’est pourquoi Proximus et Touring ont décidé de collaborer avec ConnectMy.car pour développer un périphérique connecté en permanence à l’internet. Installé dans la voiture, il stocke les données de celle-ci afin qu’elles puissent être utilisées pour certaines applications spécifiques.

Un abonnement de 20 euros par mois inclut un volume de 2 GB de trafic internet et l’affiliation aux services d’assistance de Touring, avec éventuellement une voiture de remplacement. "Ce qui rend ce concept unique, c’est qu’il s’agit d’une plateforme ouverte", souligne Arvid Fossen chez Touring. "D’autres développeurs peuvent donc proposer leurs propres applications."

Cela ouvre la porte à d’infinies possibilités. Par exemple, pour les assureurs qui souhaitent adapter leurs primes au comportement de leurs assurés au volant – moyennant leur accord, bien entendu. Mais aussi pour les conducteurs qui désirent obtenir des informations sur les places de parking à proximité de l’endroit où ils se trouvent. Sans oublier les sociétés de leasing, qui pourraient interagir plus rapidement pour les entretiens et autres services.

ConnectMy.car n’est pas lié à une marque automobile, ce qui en fait un produit "after-market". "L’appareil est plug and play", prolonge Arvid Fossen. Alors que le stockage de données soulève toujours la question du respect de la vie privée, Arvid Fossen tient à rassurer: "Le concept est conforme à la directive européenne sur la protection des données. L’utilisateur peut décider des informations qu’il souhaite garder confidentielles."

Avec ConnectMy.car, Touring et Proximus souhaitent d’abord convaincre les sociétés de leasing et les assureurs. Les conducteurs devraient suivre. Car le système propose également toute une série d’applications ludiques pour les passagers, qui disposeront d’un hotspot très stable. Il ne s’agira plus simplement de surfer sur les réseaux sociaux: pendant les longs trajets, ils pourront par exemple regarder une série sur Netflix.

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