Bientôt la fin des sauts de puce entre Amsterdam et Bruxelles?

Le Parlement des Pays-Bas veut la fin des vols entre les deux capitales. Le train pollue moins et se montre aussi efficace, estime-t-il. En Belgique, l'idée est bien accueillie.

Amsterdam-Bruxelles: 200 kilomètres. Pour les parcourir d'une traite, plusieurs solutions: outre la voiture et les cars, le train et l'avion offrent des liaisons régulières. Cinq vols, tous effectués par KLM, relient chaque jour Amsterdam et Bruxelles, tandis que des liaisons ferroviaires quotidiennes sont assurées par plusieurs sociétés de chemins de fer.

Mais pour le Parlement des Pays-Bas, cette concurrence de l'aérien au rail ne peut perdurer. Le trajet en train entre les deux capitales est en effet tout aussi rapide et moins nocif pour l'environnement. Il souhaite dès lors mettre fin aux liaisons aériennes entre Amsterdam et Bruxelles. Une proposition des verts de GroenLinks, soutenue notamment des partis au pouvoir D66 et ChristenUnie, réunit une majorité de députés pour appeler le gouvernement batave à trouver des accords avec les parties prenantes afin de faire disparaître progressivement ces sauts de puce.

La ministre néerlandaise en charge des Infrastructures, Cora van Nieuwenhuizen, a rappelé qu'elle était en discussion depuis un certain temps avec KLM, les chemins de fer néerlandais (NS) et l'aéroport de Schiphol (Amsterdam) pour remplacer les vols de petites distances par des connexions ferroviaires, là où c'est possible.

"Le but est d'inciter les passagers entre deux aéroports d'opter pour le train et de positionner ce dernier comme une alternative attrayante et simple", a-t-elle expliqué. Selon elle, les compagnies aériennes pourraient en tirer également un avantage en utilisant les slots (crénaux horaires) ainsi libres pour des destinations économiquement plus intéressantes.

Du soutien en Belgique

Depuis Bruxelles, une série de grandes villes sont facilement atteignables en train: Amsterdam, mais aussi Londres, Paris,... (lire ci-contre). Alors que la Belgique a porté au niveau européen l'idée d'une fiscalité verte sur l'aviation, l'intention des Pays-Bas de supprimer les sauts de puce aériens a reçu le soutien de plusieurs partis.

Le CD&V a déposé une résolution au Parlement fédéral poussant à la mise en place de mesures favorisant l'usage du train plutôt que l'avion pour les courtes distances.

La ministre bruxelloise de l'Environnement, Céline Fremault (cdH), a également salué la position du Parlement néerlandais, qualifiant ces vols très courts de "non-sens". "Il faut revenir au transport par rail pour les personnes et pour les marchandises. Que ce soit en termes de réduction des gaz à effet de serre, de réduction des nuisances sonores pour les riverains, de gain de temps, de sérénité pour les passagers, le train est imbattable, sauf sur le prix des billets. Il doit donc être valorisé partout où c'est possible, en passant par une démocratisation du coût des tickets", a-t-elle fait valoir.

Les verts se sont également montrés enthousiastes. "Nous proposons de supprimer les sauts de puce en avion et de rendre les trajets en train financièrement plus accessibles via une contribution du secteur aérien selon le principe du pollueur-payeur", a fait savoir Ecolo, tandis que son parti frère, Groen, entend veiller à ce que les trajets ferroviaires soient à terme l'option la moins coûteuse pour les distances inférieures à 1.000 kilomètres. Le transport aérien étant moins taxé que les déplacements en train, il est aussi parfois moins cher. "Un modèle économique intenable", estime Groen.

Au PS aussi, on estime que cette initiative néerlandaise est une bonne idée, "car il faut privilégier le transport ferroviaire public" plutôt que l'avion. À cette fin, le PS rappelle sa proposition d'injecter 7 milliards d'euros dans la SNCB afin de "faire du ferroviaire une alternative crédible".

Du côté du MR, on se montre plus prudent. Pour les bleus, la suppression d'une courte ligne aérienne peut être envisagée, "mais elle doit d'abord être sérieusement étudiée notamment par rapport à l'impact sur l'emploi et sur l'activité économique de notre aéroport". On ajoute que si cette idée peut avoir du sens d'un point de vue environnemental, cette réflexion doit être envisagée "dans le cadre d'une concertation plus globale avec tous les acteurs (autorités, opérateurs ferroviaires, et les aéroports) afin de disposer d'une offre adaptée pour les passagers et d'une vision commune en matière de mobilité".

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