Vestager inflige une amende de 1,49 milliard à Google

La commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager. ©© JOHN THYS/AFP

"Jamais deux sans trois" pour Google, qui s'est vu infliger par l'UE un total de 8,35 milliards d'amendes lors de cette législature.

Après Google Shopping et le système d'exploitation Android, c'est au tour d'AdSense, un autre service du leader mondial des moteurs de recherche, de subir les foudres de la Commission européenne. Dans cette affaire comme dans les autres, Google a été convaincu d'avoir voulu asphyxier la concurrence.

L'exécutif européen a infligé ce mercredi une amende de 1,49 milliard d'euros à Google pour avoir illégalement abusé de sa position dominante avec AdSense for Search, son système de publicité contextuelle.

"Nous avons enquêté sur plus de deux cents accords conclus par Google", explique la commissaire Margrethe Vestager. Lors de cette enquête, la DG Concurrence a découvert des clauses d'exclusivité restrictives. "Entre 2006 et 2016, le comportement de Google était illégal", affirme la commissaire danoise.

Les sites web de journaux, les blogs ou les agrégateurs de sites de voyages, utilisent le plus souvent AdSense for Search. Avec ce système, lorsqu'un internaute tape un mot clé, le site affiche à la fois les résultats de sa recherche et des publicités contextuelles, en rapport avec le mot clé. La firme de Moutain View agit, dans ce cadre, comme une régie publicitaire, un intermédiaire entre les publicitaires et les propriétaires de sites web qui veulent rentabiliser l'espace autour de leurs pages de résultats de recherche.

Les concurrents écartés par une stratégie d'exclusivité

Durant la période d'abus, entre 2006 et 2016, Google détenait une part de 75% sur le marché de la publicité contextuelle. Ses concurrents, Microsoft et Yahoo!, ne parvenaient plus à progresser.

La position dominante n'est pas, en soi, un problème au regard du droit de la concurrence, la Commission européenne ne sanctionnant que l'abus.

Or il est apparu lors de l'enquête que Google limitait artificiellement la possibilité pour les utilisateurs d'AdSense de recourir à des services concurrents. À partir de 2006, Google a inclus des clauses d'exclusivité dans ses contrats interdisant aux éditeurs de placer des publicités contextuelles de concurrents sur leurs pages de résultats de recherche.

En 2009, Google a assoupli sa stratégie d'exclusivité. Le géant du net a commencé à remplacer les clauses d'exclusivité par des clauses appelées "Premium Placement". Celles-ci obligeaient les éditeurs à réserver l'espace le plus rentable sur leurs pages de résultats de recherche aux publicités de Google. Les concurrents étaient exclus des zones les plus visibles.

La même année, Google a inclus des clauses obligeant les éditeurs à demander son accord écrit avant de pouvoir modifier la manière dont les publicités concurrentes étaient affichées. "Les concurrents de Google étaient incapables de se développer et de proposer d'autres services d'intermédiation publicitaire liée aux recherches en ligne", dit la Commission.

8,35 milliards euros d'amendes

Cette nouvelle amende alourdit encore le passif de Google, qui s'est vu infliger, en trois ans, d'amendes totalisant 8,35 milliards d'euros. En 2017, l'entreprise a été condamnée à une amende de 2,52 milliards d'euros pour avoir conféré un avantage illégal à son service de comparaison Google Shopping. En 2018, la Commission frappait la société d'une deuxième amende, atteignant un record de 4,34 milliards d'euros.

Margrethe Vestager a démontré mercredi, chiffres à l'appui, que les parts de marché de Google avaient reculé dans chacun de ces secteurs après que les amendes ont été décidées.

La commissaire à la Concurrence a été surnommée "the tax lady" par Donald Trump pour avoir ordonné à Apple de rembourser 14,3 milliards à l'État irlandais.

La Commission européenne n'en a pas fini avec les géants du net. Amazon, Apple et Facebook sont toujours dans le collimateur de la DG Concurrence. L'enquête sur la plateforme Marketplace d'Amazon est bien avancée, a précisé mercredi la commissaire Vestager.

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