Il y aura un après-Zalando en Belgique!

L'échec du dossier Zalando éveille les critiques. ©© REUTERS

La Wallonie est-elle repoussante pour les investisseurs étrangers? Depuis mardi et les révélations sur l'échec du dossier Zalando, les commentaires vont bon train pour justifier la décision du géant allemand de l'e-commerce de ne pas implanter son centre de logistique à Dour.

Dans ses derniers contacts avec les négociateurs wallons de l'Awex et de l'intercommunale Idea la semaine dernière, Zalando a avancé trois arguments pour expliquer son choix d'implanter son centre de distribution aux Pays-Bas plutôt qu'en Belgique: le coût de la main-d'oeuvre plus élevée en Belgique, la législation sur le travail de nuit moins rigide aux Pays-Bas et le climat social détestable en Wallonie. Si, aujourd'hui, Zalando semble dire qu'aucune décision n'est officiellement prise, qu'en est-il de cet écart entre la Belgique et les Pays-Bas?

- Le climat social

Pour le ministre wallon de l'Économie Pierre-Yves Jeholet (MR), il ne faut pas aller chercher ailleurs les raisons de cet échec. "La FGTB porte une responsabilité dans ce dossier. Elle doit comprendre qu'on est au XXIe siècle. Lorsqu'un syndicat décide de faire de la politique, c'est un problème", a-t-il lancé hier soir lors de la remise du Prix de l'Organisation publique de l'année 2018. Par ailleurs, d'après nos informations, lors de leur dernière visite en février, les émissaires allemands auraient été effrayés par les actions syndicales menées contre la réforme des pensions.

À la tête de l'Union wallonne des entreprises, Olivier de Wasseige déplore lui aussi ces grèves. "Le climat dans les entreprises est bon. Le vrai problème en Wallonie, ce sont ces grèves politiques menées par les syndicats contre des décisions des gouvernements. C'est inacceptable d'empêcher des professeurs de rentrer dans les écoles. Cette image négative parvient aux investisseurs étrangers et je peux comprendre que ces situations freinent des investissements. Un acteur de l'e-commerce ne peut pas prendre le risque de voir son centre de distribution bloqué deux ou trois jours par an."

Pour Thierry Bodson, le patron de la FGTB, ces attaques sont pourtant injustifiées. "On nous fait porter le chapeau mais c'est gratuit. Qu'on nous donne des chiffres pour prouver le contraire!" Selon une étude réalisée par l'institut de recherche économique WSI, la Belgique a connu, entre 2007 et 2016, en moyenne 79 jours de grève par 1.000 salariés contre 8 aux Pays-Bas.

- La rigidité de la législation sur le travail de nuit et du week-end Pour un acteur de l'e-commerce chez qui une grosse partie du travail s'effectue la nuit ou le week-end, la flexibilité doit être le maître mot.

Si la législation fédérale a été revue cet été, elle reste le véritable maillon faible de la Belgique. Selon Comeos, la fédération du commerce et des services, "nous avons des règles qui datent essentiellement des années 70 et élaborées à l'époque pour l'industrie et une économie qui avance lentement. Aujourd'hui, l'économie bouge plus vite. Il faut changer le cadre."

Pour le ministre de l'Agenda numérique, Alexander De Croo (Open Vld), l'échec Zalando doit faire bouger les choses pour créer un meilleur environnement pour l'e-commerce. "Le travail de nuit devrait être moins cher et nous devrions le rendre plus facile à appliquer." Aujourd'hui, une réduction de 22,5% s'applique sur les heures effectuées entre minuit et 5 heures. "Il serait mieux de prolonger cette réduction de 20 heures à 5 heures, propose Alexander De Croo. Cela entraînerait une réduction du coût du travail de 14% pour les heures prestées. Ainsi, nous serions aussi compétitifs que les Pays-Bas, car la période 20h- 5h est la zone de vérité pour l'e-commerce."

Une analyse d'Eurostat datant de 2016 pointe d'ailleurs les retards de la Belgique vis-à-vis de ses trois voisins par rapport aux différentes formes de travail. Pour le travail de nuit, cela concerne une proportion de 3,1% des salariés en Belgique face à 6,5% en moyenne dans l'UE et 6,9% dans les 3 pays voisins. "Cette proportion est très faible par rapport aux autres pays européens. Il reste de la marge pour améliorer le recours aux différentes formes d'organisation du travail dans notre pays", observe la Fédération des entreprises de Belgique.

L'enjeu est de taille pour l'emploi en Belgique. Selon Comeos, au cours de ces deux derniers mois, plus de 3.700 emplois dans l'e-commerce sont allés vers l'étranger.

- Le coût de la main-d'oeuvre

Dans le commerce, par exemple, le coût salarial est pointé comme un handicap par rapport aux Pays-Bas. "Malgré les efforts du gouvernement et le tax shift, les coûts salariaux sont aujourd'hui 17% plus élevés en Belgique par rapport aux Pays-Bas. Rien que cette différence justifie très souvent un choix en dehors de la Belgique", affirme Dominique Michel, administrateur délégué de Comeos.

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