François Ruffin voit jaune

©EPA

Césarisé il y a trois ans avec "Merci Patron!", François Ruffin revient. Au programme, cette fois: les gilets jaunes…

Le réalisateur/journaliste/député avait défrayé la chronique il y a trois ans avec "Merci Patron!", un pamphlet sociopolitique aussi glaçant qu’hilarant, récompensé par le César du meilleur documentaire. Se faisant passer pour le fils d’un couple de récents licenciés d’un sous-traitant de LVMH, il interpellait Bernard Arnault en personne par des lettres adressées aux médias. Résultat: un "homme de confiance" d’Arnault se présentait fissa chez lesdits chômeurs pour arranger les bidons avec des promesses d’emploi, et des avantages en nature… à condition de se calmer. Un "homme de confiance" qui ignorait qu’entre-temps la maison avait été truffée par Ruffin de caméras cachées…

"Merci patron!"

En nous montrant la lutte éternelle du pot de terre contre le pot de fer – et comment le pot de fer aime à intimider, voire acheter plus faible que lui –, Ruffin faisait le portrait de cette "France d’en bas" pleine de vie, de gouaille, mais aussi de courage et de volonté. Il continue dans cette voie ici, en partant sur les ronds-points à la rencontre des exclus du système, rassemblés sous la bannière jaune fluo. Sauf qu’à présent, on le reconnaît. Et pour cause, entre-temps Ruffin est passé du statut de journaliste engagé (Fakir, le Monde diplomatique…) à celui de député (sous la bannière "France Insoumise"), et ses discours furieux à l’Assemblée Nationale ont fait le tour de la toile…

"J’veux du soleil"

3/5

De François Ruffin et Gilles Perret.

 

Le film est sans doute moins puissant que le précédent, mais il a le mérite de mettre un (vrai) visage sur un mouvement aux contours flous, et que tout le monde essaie de récupérer. Ruffin n’hésite pas à accepter les invitations de ces "gens normaux" rencontrés au bord des routes. Dans les salons, au milieu des jouets, des bibelots, l’enfer du quotidien nous saute à la face, dans un contraste absolu entre la bonne volonté généralisée, et le désespoir face à un système ressenti comme aveugle et sans pitié. Derrière les sourires, on sent bouillir la "grande colère" dont parlait déjà Victor Hugo.

La grande colère

Pas beaucoup de "chômeurs professionnels", parmi les gens qui témoignent, mais bien des travailleurs à 600, 700, 800 euros par mois. Quand ils partent en vacances, c’est à Jardincour: quinze jours au jardin, quinze jours dans la cour. Et le plus beau jour, ce n’est pas celui du mariage, c’est celui où Monsieur le maire, contacté dans l’urgence, accepte de prendre à sa charge la cantine des 3 enfants de la famille.

Comme le rappelle Ruffin, ces gens-là sont "durs à la peine". Jamais ils ne se plaignent du froid, des heures, du destin… Ils ne sont ni naïfs ni revanchards. Ce qu’ils attendent, ce n’est pas une vie de luxe, c’est qu’on leur rende un peu de la dignité perdue, un peu de chaleur humaine. Quitte à aller la chercher autour des palettes qui flambent.

Ruffin fait le portrait de cette "France d’en bas" pleine de vie, de gouaille, mais aussi de courage et de volonté. ©doc

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