Ieoh Ming Pei, l'architecte de la pyramide du Louvre, est mort à 102 ans

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Le cabinet d'architectes new-yorkais de ses fils, Pei Partnership Architects, a confirmé la disparition de l'iconique architecte de la Pyramide du Louvre qui fête ses 30 ans cette année. Le Prix Pritzker 1983 avait fait ses classes avec Walter Gropius, fondateur du Bauhaus...

Ieoh Ming Pei, né à Canton, en Chine, en 1917, commence ses études architecturales à l’université de Pennsylvanie en 1935. Très vite, il se réoriente vers des études d’ingénieur au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Mais il déchante: l’enseignement y est encore basé sur le style Beaux-Arts et le culte des formes de l’Antiquité, alors que son intérêt se porte vers l’architecture moderne. Durant ses études au MIT, il s’intéresse à l’œuvre de Le Corbusier et au style international, avec son langage simplifié sublimant le verre et l’acier.

L'architecte Ieoh Ming Pei. ©BELGAIMAGE

Or dans le même temps, fuyant le nazisme, les grandes figures du Bauhaus s’exilent aux Etats-Unis: en 1937, Walter Gropius, fondateur du Bauhaus, prend la direction de la Graduate School of Design de Harvard, tandis que Marcel Breuer vient enseigner à l’école d’architecture de la même université. Gropius et Breuer y ouvrent de nouvelles perspectives. Après ses études au MIT, Pei s’inscrit, en 1942, à la Graduate School of Design. Sans adhérer totalement au rationalisme austère de Gropius, il se lance dans une thèse sous la direction de ce dernier. Le projet, un musée d’art à Shanghai, redonne vie à l’art des jardins chinois, sans pour autant utiliser les codes ni les styles de l’architecture chinoise traditionnelle.

D'emblée, un modernisme affirmé

Recruté par un cabinet en 1948, sa première réalisation, le Gulf Oil Building d’Atlanta, est d’un modernisme affirmé. De même, la maison secondaire qu’il se fait construire en 1952 est une épure contemplative interprétant librement le style d’une "glass house", façon Mies van der Rohe.

La pyramide prouve la compréhension très profonde, par Pei, de la culture française et en particulier de l’œuvre de géométrie et de lumière, du paysagiste André Le Nôtre.

Pei crée son propre cabinet en 1954. Les commandes s’enchaînent. L’une des plus prestigieuses sera l’extension de la National Gallery of Arts de Washington (1968-1978), "une des plus grandes œuvres du modernisme tardif, avec sa géométrie parfaite, son détail impeccable et la noblesse de ses matériaux" (Carter Wiseman). En 1983, ce chef-d’œuvre lui vaudra le prix Pritzker (le "Nobel" d’architecture). À cette date, le rayonnement de Pei est international. Fondé sur les principes de la géométrie, épris des matériaux bruts (pierre, béton, verre, acier), son style ne cesse de se renouveler.

La pyramide soulève la tempête

Élu président le 10 mai 1981, François Mitterrand affiche une grande ambition culturelle. Celle-ci passe par la rénovation du Louvre: malgré ses dimensions monumentales, et partiellement occupé par le ministère des Finances, le palais ne peut s’imposer comme un musée moderne.

Avant d’accepter le défi de cette rénovation, Pei demande un délai de quatre mois pour étudier le Louvre et l’histoire de France. En janvier 1984, il présente son projet qui soulève une tempête d’une rare hostilité. Jacques Chirac, alors maire de Paris, demande qu’une simulation grandeur nature de la pyramide, faite de câbles métalliques, soit érigée dans la cour Napoléon. Des milliers de personnes viennent y assister. Le projet est validé peu après.

30 ans, 30 événements
Le rêve

Nombre d’artistes ont été invités pour fêter les 30 ans de la Pyramide par des interventions: JR, Elias Crespin, Jean-Michel Othoniel ou l’incontournable Pierre Soulages.

La fête

Des événements populaires et gratuits sont proposés autour de la Pyramide, dont un spectacle du chorégraphe français de hip-hop et de danse contemporaine Kader Attou, des illuminations de la tour Carrée ou l’arrivée du Tour de France.

L’héritage

Entre autres, l’exposition des archives photographiques de Paris Match avec les temps forts de l’histoire de la Pyramide, un cycle de concerts et de projections à l’auditorium,

3 demi-journées d’étude sur l’histoire des fouilles et le projet du Grand Louvre.

30 événements, de mars 2019 à février 2020: www.louvre.fr

 

Pour donner au musée une grande entrée centrale, le geste architectural premier, une pyramide de verre, s’impose comme par nécessité. Ses proportions, sa position et sa transparence respectent et mettent en valeur le bâti historique, dans un dialogue entre ancien et moderne: carrée à sa base et triangulaire en élévation, cette structure joue avec l’ample forme rectangulaire du palais dont elle rassemble invisiblement tous les points, lui conférant une nouvelle cohésion; sa transparence et sa légèreté contrastent avec la pierre du palais; et comme si elle n’était posée que provisoirement sur le sol, elle souligne l’histoire multiséculaire du lieu. Si la pyramide diffuse la lumière au sous-sol, sa transparence offre également des vues saisissantes sur les bâtiments historiques du palais. Et la surface en verre reflète le ciel changeant de Paris, ciel et lumière qu’elle introduit dans l’architecture.

Une prouesse technique

La pyramide, épicentre de la restructuration du musée, suppose la construction d’un complexe sous la cour Napoléon – qui était alors un parking. Ce hall enterré, baigné de lumière, où Pei a conçu une pyramide inversée, offre une interface entre la ville et le musée et donne accès à toutes les ailes du Louvre et ses nouvelles installations – restaurant, boutiques, galeries d’expositions temporaires… Lors de cette première phase des travaux (1984-1989), le Musée du Louvre est redéployé sur 62.000 m² supplémentaires.

Côté technique, la pyramide, haute de 21 mètres, est constituée de 675 losanges et de 118 triangles de verre blanc spécialement créés par Saint-Gobain, portés par une structure métallique conçue par une société américaine spécialisée en gréements de bateaux.

La pyramide prouve la compréhension très profonde, par Pei, de la culture française et en particulier de l’œuvre, elle-même sublime, de géométrie et de lumière, du paysagiste André Le Nôtre. Pei dira d’ailleurs qu’il a œuvré en paysagiste plus qu’en architecte. Pour Pei, le Louvre est alors le sommet et un tournant de sa carrière. C’est là qu’il comprend la nécessité de s’immerger dans l’histoire d’un lieu et la sociologie d’une Nation pour poser le geste architectural adéquat. Grâce à ce tact et sa sensibilité artistique, il a propulsé le Louvre et ses mille ans d’histoire au cœur du XXe siècle. Et la structure cristalline est aujourd’hui aussi iconique que la tour Eiffel.

L’anniversaire de la pyramide donne lieu à de multiples manifestations tout au long de l’année, dont un spectacle de Kader Attou, des illuminations de la Cour carrée ou l’arrivée du Tour de France. Trois demi-journées retraceront l’histoire des fouilles et l’ambition du Grand Louvre. Une exposition des archives photos de Paris Match retrace l’histoire de la Pyramide.

Événements tout au long de l’année 2019, www.louvre.fr


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