Biennale de Venise à taille humaine

Le nouveau Holy See Pavilion du Vatican, planté sur l’île de San Giorgio Maggiore: 10 chapelles temporaires, conçues chacune par un architecte, dont Norman Foster et Eduardo Souto de Moura. ©Photo News & Wilson Wooton

La petite Biennale de Venise (par rapport à celle de l’art contemporain), n’en est pas moins le premier rendez-vous international de l’architecture, dont la 16e édition s’est ouverte samedi.

Dès qu’on se rapproche de l’Arsenale et des Giardini, on reconnaît bien vite les habitués, mêlés à une cohorte de jeunes étudiants en architecture et aux familles qui déambulent dans les pavillons. C’est là que chaque pays présente sa vision du thème de l’année, "Freespace", choisi par les commissaires venues de Dublin: Yvonne Farrell et Shelley McNamara.

Le cahier des charges était simple: présenter l’éventail des possibles dans la manière d’organiser l’espace et la vie qui s’y déploie. La diversité est au rendez-vous avec des propositions aussi singulières qu’il y a de cultures en présence. Au pavillon australien, situé aux Giardini, on s’inquiète par exemple de l’extinction rapide des plantes natives, due à la surexploitation humaine, et dont il ne reste plus que 4%. Avec le projet Repair, elles ont été replantées dans autant de sacs posés à même le sol, donnant l’impression de cheminer dans le "grassland" originel.

Le nouveau Holy See Pavilion du Vatican, planté sur l’île de San Giorgio Maggiore: 10 chapelles temporaires, conçues chacune par un architecte, dont Norman Foster et Eduardo Souto de Moura. ©Photo News & Wilson Wooton
Eurotopie, l'espace immersif conçu par le jeune bureau militant Traumnovelle dans le pavillon belge, recrée une agora pour relancer le débat européen. ©Philippe Braquenier
Avec le projet Repair, des plantes natives australiennes ont été replantées dans autant de sacs posés à même le sol, donnant l’impression de cheminer dans le "grassland" originel. ©Photo News
Au pavillon français aménagé par le jeune bureau Encore Heureux, on découvre des friches emblématiques réinvesties par l’économie collaborative, à l'instar des Grands Voisins. Cette ancienne maternité parisienne accueille aujourd'hui logements d'urgence, ateliers d'artistes, potagers et marchés. ©Photo News
"Svizzera 240: House Tour", le projet du pavillon suisse perturbe d’emblée la perception par les échelles sur- ou sous-dimensionnées d’éléments banals d’un appartement standard. Une mise en cause radicale des mesures standardisées de l’habitat moderne. ©Photo News
On zappera la mention spéciale obtenue par les Anglais, car ils ne présentent qu’un pavillon… vide, entouré d’un échafaudage surmonté d’une terrasse avec vue. ©Photo News
L’architecture circulaire du jardin d’enfants néozélandais Fuji Kindergarten, signée par Tezuka Architects, décloisonne les espaces d’habitude confinés de la petite enfance. Aucune frontière entre l’intérieur et l’extérieur! ©AFP
Le projet des Gantois Jan De Vylder, Inge Vinck et Jo Taillieu est subtilement inséré dans le centre psychiatrique Caritas de Melle. Des serres intérieures allègent soudain les murs pesants de l’ancienne bâtisse. Un projet gratifié du Lion d’argent pour de jeunes participants prometteurs. ©Photo News

À 180 degrés, le pavillon français a été aménagé par le jeune bureau Encore Heureux. Celui-ci présente des friches emblématiques réinvesties par l’économie collaborative. Dans ces "tiers lieux", on épingle Les Grands Voisins, à Paris. Dans cette ancienne maternité du 14e arrondissement, coexistent à présent des ateliers pour créatifs, un hébergement d’urgence, un camping, des marchés, des jardins et des potagers partagés, des espaces culturels – tout un biotope à échelle humaine qui parie sur le partage et l’entraide.

Au pavillon australien, on s’inquiète de l’extinction rapide des plantes natives, dont il ne reste plus que 4%.

Ce n’est plus l’architecte qui fonde un univers mais l’humain, le citoyen qui refaçonne sa vision et définit son espace de liberté. C’est une rupture notable avec l’idée que l’on se fait de la figure de l’architecte, souvent enfermé dans son ego, et qui se justifie par l’ampleur des enjeux auxquels doit faire face l’humanité. Les commissaires de la Biennale le résument en une phrase cinglante: "Les architectes ne peuvent résoudre les problèmes du monde, mais ils peuvent encore avoir un impact sur eux."

Cependant, les préoccupations formelles restent bien au cœur de la biennale d’architecture de Venise, comme le montrent les projets primés lors de cette édition 2018. Lion d’or: "Svizzera 240: House Tour". Le projet du pavillon suisse, également à voir aux Giardini, perturbe d’emblée la perception par les échelles sur- ou sous-dimensionnées d’éléments banals d’un appartement standard. Des prises de courant géantes cohabitent avec des portes minuscules ou avec un plan de travail hors d’atteinte. Une mise en cause radicale de toutes les mesures standardisées qui définissent le profil de chaque élément de l’habitat moderne. On zappera la mention spéciale obtenue par les Anglais, car ils ne présentent qu’un pavillon… vide, entouré d’un échafaudage surmonté d’une terrasse avec vue. And so what?

Svizzera 240

Lion d’argent pour trio gantois

Par contre, on est touché par la subtilité du projet des Gantois Jan De Vylder, Inge Vinck et Jo Taillieu, venant s’insérer subtilement dans le centre psychiatrique Caritas de Melle. Des serres intérieures allègent soudain les murs pesants de l’ancienne bâtisse. Un projet gratifié du Lion d’argent pour de jeunes participants prometteurs.

La Belgique rêve toujours d'Europe

"Ce que l’on essaye de dire sur le quartier européen, c’est qu’il n’y a pas que des problèmes: il existe aussi des outils dont on peut se saisir afin de poursuivre la construction de cette zone urbaine, mais aussi la construction de l’Europe. Nous appelons à regarder ce quartier autrement et à l’investir en tant que citoyen." Ainsi s’exprime Léone Drapeaud, du bureau Traumnovelle, constitué de jeunes architectes militants, sortis de la Cambre entre 2014 et 2016.

Ils ont été choisis par la Fédération Wallonie-Bruxelles pour habiller le pavillon belge. Et voici "Eurotopie" (photo ci-contre), une agora qui occupe tout l’espace avec ses gradins teintés du bleu européen.

C’est là qu’on peut refaire le monde – et l’Europe en l’occurrence – avec la complicité d’un collectif pluridisciplinaire, composé d’une artiste (Claire Trotignon), d’un philosophe (Bruce Bégout), d’un photographe (Philippe Braquenier) et d’un graphiste (Jurgen Maelfeyt).

De prime abord un peu absconse pour le visiteur lambda, la démarche vaut pour son optimisme dans une Europe livrée à la lame de fond eurosceptique. Et de rappeler l’europhilie de la Belgique, pays fondateur de l’Union.

Le Pavillon de la Belgique, érigé en 1907, est l’un de plus anciens des Giardini. Il occupe une place de choix le long de l’allée centrale. Situé entre les pavillons de l’Espagne et des Pays-Bas, il est associé à eux cette année pour des événements communs.

Plus d'infos sur: www.belgianpavilion.be

À l’Arsenale, l’autre épicentre de la Biennale, on compte plus de 100 projets directement sélectionnés par les commissaires. Dans cet espace se déploient des installations immersives, des maquettes, des plans, dessins et vidéos qui tous ont un lien avec le thème générique du "Freespace". Avouons deux coups de cœur: l’Avasara Academy, à Pune, en Inde, et le Fuji Kindergarten en Nouvelle-Zélande. Simple, beau, intelligent, brut et sans artifice, le projet indien du bureau Case Design invente une école pour filles idéalement intégrée dans son environnement et qui mobilise tout le savoir-faire local. Pour sa part, l’architecture circulaire du jardin d’enfants néozélandais, signée par Tezuka Architects, décloisonne les espaces d’habitude confinés de la petite enfance. Aucune frontière entre l’intérieur et l’extérieur! Les concepteurs sont partis du principe que les enfants ont besoin pour leur développement d’une petite dose de danger afin d’apprendre à s’aider les uns les autres.

Bien à l’image de cette biennale généreuse et centrée sur l’humain, ce message politique invite, dès le plus jeune âge, à entrer en contact avec la beauté dans des lieux qui ne conditionnent pas d’emblée les individus en devenir.

Jusqu’au 25/11, 16e Biennale d’architecture de Venise 2018. www.labiennale.org.

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