Ceci n'est pas un parking

©ROBIN HILL

À Miami, les plus grands architectes et designers donnent leurs lettres de noblesse aux parkings publics. Et rompent avec les habitudes.

Herzog & de Meuron, Rem Koolhaas, Terence Riley, Leong-Leong et IwamotoScott. Autant de grosses pointures de l’architecture contemporaine qui "rhabillent" une infrastructure jusqu’ici sans intérêt: l’espace de parking en ville. À Miami, le terrain sablonneux oblige le plus souvent à construire les emplacements pour voiture en hauteur. Et comme la cité du sud de la Floride se rêve en destination culturelle, ses promoteurs locaux misent tout sur l’embellissement des lieux, jusque dans l’apparence auparavant banale des garages. Sous leur impulsion, ces parkings deviennent des joyaux architecturaux, rivalisant avec les salles de concerts et les musées.

©Craig Scott

L’œuvre la plus avant-gardiste de Miami n’est ni dans un musée, ni dans un parc. C’est le bien nommé Museum Garage, inauguré en avril, dont la réalisation a été confiée à Terence Riley, ancien commissaire d’exposition du Musée d’art moderne (Moma) de New York. Son concept: donner carte blanche à cinq bureaux d’architectes et de designers pour réaliser chacun une portion de la façade d’un parking de 7 étages. Seule condition: ne pas connaître les plans des autres équipes. Les cinq co-créateurs de ce patchwork architectural sont la propre firme de Terence Riley K/R, le Berlinois J. Mayer H, les Mexicains Clavel Arquitectos, les New-yorkais de WORKac et l’artiste français Nicolas Buffe. Comme dans le "cadavre exquis", jeu préféré des artistes surréalistes qui consiste à commencer un dessin puis à plier la feuille pour la passer au voisin, le résultat relève du délire visuel. Les cinq façades juxtaposées sont une ode à la cacophonie urbaine, à l’enfance, et bien sûr à la passion des Américains pour l’automobile. Le Museum Garage fait face à l’Institut d’art contemporain (IAC) de Miami, dans le Miami Design District, un quartier dédié au luxe et à l’art, ce qui l’ancre dans sa double fonction commerciale et artistique.

©Osmany Torres Martin

Les formes ludiques et graphiques du Museum Garage répondent aux lignes pures du City View Garage, à ranger lui aussi dans la catégorie des trophées architecturaux. Trois bonnes fées se sont penchées sur ce berceau de 599 voitures finalisé en 2015: les architectes américains Leong-Leong, IwamotoScott et l’artiste conceptuel John Baldessari. Ce triptyque de trois façades dont une courbe sert lui aussi de décor au Miami Design District, un "musée à ciel ouvert" imaginé par le promoteur Graig Robins, en collaboration avec le groupe LVMH.

L’infrastructure du garage public est longtemps restée le parent pauvre de l’architecture: une simple boîte de béton qu’il fallait absolument cacher. Dans le passé, des projets innovants qui voulaient briser ce moule sont resté́s au stade de croquis. Par exemple, la célèbre spirale du musée Guggenheim de New York avait à l’origine été imaginée par Frank Lloyd Wright en 1925 comme une rampe à voiture pour un promontoire qui permettrait aux automobilistes d’admirer la vue au sommet d’une montagne. Cette idée n’a jamais vu le jour. À Chicago, le complexe Marina City est une exception célèbre depuis la fin de sa construction en 1964: ses deux tours rondes s’élèvent comme des épis de maïs sur 65 étages, les 19 premiers formant un parking en spirale, ouvert sur l’extérieur. Les passants peuvent apercevoir les voitures garées en épis au-dessus de la rivière Chicago.

De retour en Floride, l’immeuble iconique de Miami Beach, le 111 Lincoln Road, bouscule lui aussi l’archétype du parking. Conçu en 2010 par les architectes bâlois Jacques Herzog, Pierre de Meuron et Christine Binswanger, cet édifice de béton brut se veut être un lieu de passage, avec des espaces de boutique au rez-de-chaussée, un restaurant haut de gamme et un penthouse sur le toit. Le reste de la superficie est un parking de 300 places ouvert aux quatre vents. La structure de sept étages est composée de dalles de béton superposées de manière légèrement décalée sur des piliers triangulaires.

De l’extérieur, le bâtiment qui semble inachevé ressemble à un château de cartes prêt à s’écrouler. Mais de l’intérieur, l’absence de murs latéraux offre des vues imprenables sur toute la ville. Ce qui fait du 111 Lincoln Road un lieu très recherché pour des événements artistiques et mondains, et pour des photos de mode.

Plus récemment, l’hôtelier argentin Alan Faena a demandé à OMA, le bureau de l’architecte néerlandais de renom Rem Koolhaas, de lui construire à Miami un ensemble comprenant une salle de spectacles, une galerie marchande et un parking qui soit esthétiquement à la hauteur des deux premiers. Fin 2016, Faena Park, le premier immeuble de parking signé OMA, était né.

©Iwan Baan

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