L'Église italienne numérise son capital culturel

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Après avoir investi Twitter, l’Église italienne poursuit sa croisade numérique. Elle s’apprête à recenser, pièce par pièce, l’ensemble de son patrimoine culturel ecclésiastique.

Dans le cœur étrusque de la Toscane, à Pitigliano, un petit bourg suspendu sur une falaise de tuf, une bibliothèque publique bien particulière vient d’être créée. Occupant une grande salle de l’ancien séminaire épiscopal et constituée à la suite d’une donation, cette bibliothèque est le dernier-né du réseau national des ressources culturelles de l’Église italienne. Un réseau qui, comme par le passé, accepte des donations personnelles et qui, aujourd’hui, s’ouvre complètement au public en rentrant résolument dans l’ère du digital.

"C’est le début d’un humanisme digital."

Il est difficile d’oublier la bibliothèque du monastère décrite dans le célèbre roman d’Umberto Eco, "Le nom de la Rose". Conçue suivant les logiques complexes des labyrinthes, cette bibliothèque – la seule vraie richesse de l’édifice – était accessible uniquement au bibliothécaire et à son assistant.

©diocèse de Pitigliano-Sovana-Orbetello

Or, si l’Église italienne reste détentrice d’un capital culturel d’exception (livres, musées, archives, etc.), ce penchant séculaire à la réserve et à l’isolement fait désormais complètement partie du passé. Une véritable révolution est, en effet, en cours. Il s’agit "d’un recensement minutieux du patrimoine culturel ecclésiastique, indispensable pour des raisons de gestion, conservation, préservation et de valorisation", explique Francesca Maria D’Agnelli, employée du Bureau National pour les biens culturels ecclésiastiques de la Conférence épiscopale italienne.

Or, le résultat de ces divers recensements est constamment mis à jour grâce à une stratégie digitale pointue, à travers des fiches, des images et des analyses publiées sur un Portail web, BeWeB, qui signifie, tout simplement, "Biens ecclésiastiques sur le web."

Une richesse incommensurable pour chercheurs, spécialistes et pour toute personne friande d’art et de culture. Le début d’un "humanisme digital" et d’une "lecture scientifique qui sera suivie par une possible lecture théologique de ce patrimoine, en vue d’une plus cohérente contextualisation de l’identité chrétienne qui a permis sa création et sa conservation à travers les siècles", précise D’Agnelli.

L’attrait de la culture

Une Église qui aujourd’hui se modernise et qui comprend pleinement la force d’attraction de la culture, ce langage universel qui, en transcendant les différences, sait unir les âmes.

"L’Église en Italie parle avec le monde. Elle essaye de le faire de diverses façons, mais le dialogue qui s’établit grâce aux biens culturels est parmi les plus fructueux parce que, comme le dit le pape François, ‘le vrai, le bien et le beau sont toujours entremêlés’", ajoute-elle.

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Ce projet "souligne la grande attention de l’Église à l’égard de son passé, qui constitue ses fondements identitaires et culturels, mais aussi envers les exigences du présent et de l’avenir. Dans cette perspective, je ne parlerais pas de changement mais d’un ajustement intelligent et d’un redéploiement de sa stratégie de communication", explique le prêtre Marco Monari, trésorier, qui quitte son quartier général dans le magnifique Palais Orsini de Pitigliano pour sillonner sa Toscane natale et favoriser la réalisation de ce projet.

La politique culturelle de l’Église italienne est donc inédite et moderne, mais cette dernière est entrée dans l’ère digitale sans pour autant trahir son approche traditionnelle, moins virtuelle et articulée autour d’une vraie contemplation.

Comme aime à le rappeler Monari, "une œuvre d’art ou un document, pour transmettre leur essence profonde, doivent être vus, parfois même touchés, écoutés et racontés…"

"En ce sens, les instituts culturels ecclésiastiques peuvent jouer un rôle extrêmement significatif. Ils représentent le lieu idéal pour la conservation de la mémoire historique collective qui, dans ce monde de plus en plus ‘digital’, tend à s’estomper et risque de disparaître", ajoute-t-il.

Emplois à la clé

Or, ce projet de développement et de mise en réseau du patrimoine culturel ecclésiastique transforme, de même, l’Église italienne en un nouvel employeur, précieux pour les jeunes en quête d’emploi.

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Antonio De Cristofaro, responsable notamment de la délicate tâche d’organisation et de classement informatique de tout le patrimoine de livres et d’archives de la bibliothèque du diocèse de Pitigliano, s’en réjouit.

Ce grand programme "prouve, concrètement, de quelle manière le bien culturel est capable de créer de nouveaux emplois. Bien évidemment les profils recherchés pour ces postes sont hautement qualifiés", explique-t-il.

Et puisque les voies du Seigneur sont impénétrables, ce projet national a indirectement créé une petite place pour la Belgique en terre toscane.

"L’Église italienne nous a permis de sauver et de promouvoir le patrimoine de savoirs accumulé par mon père, tout au long de sa vie. Il a été Ambassadeur d’Italie à Bruxelles, auprès du Roi des Belges, pendant six ans, à partir de 1965, et il éprouvait pour ce pays une grande admiration et un vrai respect. D’où la présence de centaines de volumes sur l’histoire, la politique et les traditions de la Belgique", déclare Marina Mazio qui, avec ses frères, a procédé à la donation pour la nouvelle bibliothèque de Pitigliano.

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