L'espace au cœur de l'espace

©Saskia Vanderstichele

Tous les deux ans, le Young Belgian Art Prize (anciennement Prix de la jeune peinture belge) récompense des jeunes artistes belges de toutes les disciplines de l’art contemporain. Chaque semaine, L’Echo présente l’un des 10 nominés de 2015.

Véritable exploratrice des surfaces et des espaces architecturaux, Hannelore Van Dijck, 28 ans, est originaire de Wuustwezel, petite commune de la province d’Anvers où elle vit et travaille. Après avoir obtenu en 2008 un master en Arts Visuels de l’Institut Saint-Luc à Gand, elle a effectué depuis 2010 quelques résidences à l’étranger, dont Berlin, Dale i Sunnfjord (en Norvège) et très récemment, Barcelone. Représentée désormais par la galerie berlinoise Zink, elle multiplie depuis l’obtention de son diplôme les expositions solos et de groupe, ici et ailleurs (Suisse, France, Allemagne, Italie, USA…).

Espace-temps architectural

Hanneflore Van Dijck 

En deux mots

  • Elle a 28 ans et vient de la province d’Anvers.
  • Elle travaille au charbon, au fusain compressé et au pigment de fusain. Son support? Les murs.
  • Elle est représentée par Zink, une galerie de Berlin.

Hannelore dessine. Mais loin du papier ou de la toile, ce sont les murs qui lui tiennent lieu de support. D’emblée, on peut donc qualifier ses œuvres de monumentales. Par son travail, la jeune femme, passionnée d’architecture, édite les espaces, les requalifie, les réinterprète. Comme pour un effet de trompe œil, elle habille, couvre entièrement les surfaces existantes de nouveaux motifs, le plus souvent directement inspirés de ceux préexistants à son intervention. Ainsi, l’artiste investit un espace architectural pour en concevoir un nouveau en son sein tout en impliquant dans son œuvre des éléments originels. Elle développe un nouveau langage architectural par son dessin, offrant de nouvelles perspectives, une nouvelle signification à l’espace atteint. La répétition de certains motifs, procédé qu’elle favorise généralement, constitue un exercice de style connu pour parvenir à plonger le spectateur dans une illusion d’infini, un univers virtuel où la répétitivité harmonieusement rythmée sonne au regard comme une incantation cathartique, une invitation à une expérience nouvelle.

©Hannelore Van Dijck

À travers le travail d’Hannelore, on pourrait également parler d’espace-temps. En effet, si son support de prédilection est la matière architecturale, les outils qui ont sa faveur sont le charbon, le fusain compressé et le pigment de fusain. C’est par conséquent d’un vêtement par essence sombre et absolument éphémère que l’artiste recouvre les surfaces qu’elle traite. Cette vulnérabilité associée à la solidité quasi immuable du support offre d’autant plus de poésie à ce qui, au-delà du simple dessin, s’apparente à une sorte de performance, fugitive et définitivement altérable.

Un couloir au fusain pour Bozar

"Je travaille en ressentant physiquement l’espace", explique Hannelore Van Dijck. C’est effectivement ce ressenti qu’elle cherche à insuffler aux visiteurs. En l’absence de toute activité et de toute présence humaine ou autre, les espaces revisités d’Hannelore procurent une certaine tension subtile. Au-delà de la simple contemplation, le spectateur est pris à partie il investit l’œuvre, y est associé, assimilé le temps de son passage.

Loin du papier ou de la toile, ce sont les murs qui lui tiennent lieu de support

Et de passage, il en est bien question au Palais des Beaux-Arts. Dans le cadre de l’exposition Young Belgian Art Prize, Hannelore Van Dijck a conçu spécialement pour l’occasion un lieu transitoire au cœur même du parcours. Un couloir, une galerie de liaison sur laquelle elle a travaillé deux semaines, se la réappropriant totalement pour en faire une œuvre d’art en soi dans laquelle déambulent les visiteurs librement pour rejoindre un autre espace d’exposition. Elle s’est inspiré des éléments croisés qu’on retrouve au plafond et les a prolongés inlassablement à coups précis de fusain, entre ombres profondes et points de lumière, pour offrir un gué vers d’autres lieux.

Young Belgian Art Prize, du mardi au dimanche au Palais des Beaux-Arts. Jusqu’au 13 septembre. www.bozar.be

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