Le Royal Exchange, trop beau pour les traders

©Johann Harscoët

La plus ancienne salle de marchés de Londres n’est plus adaptée depuis longtemps aux marchés boursiers. Elle s’est inventée une nouvelle vie.

C’est un site qui est devenu depuis longtemps trop exigu et inadapté pour rester une salle de Bourse, et beaucoup trop beau pour être détruit. Le Royal Exchange aurait pu devenir un musée. Ou bien un simple lieu de détente. Ou bien un simple centre commercial. Finalement, il a été décidé de faire un trois-en-un. Un peu musée pour ces magnifiques colonnades que l’on ne peut s’empêcher de regarder. Un peu centre commercial pour les 33 boutiques et 5 restaurants placés tout autour. Et un peu lieu de détente, à la fois pour les businessmen et businesswomen, ainsi que pour les touristes égarés, pas forcément informés de cet énième écrin historique de la capitale britannique.

Un lieu empreint de mystère

C’est au Royal Exchange qu’est née la première Bourse de Londres, construite en 1571 et qui vendait à l’origine des titres liés à l’alcool.

L’atmosphère qui y règne est singulière, ni inerte ni vivante, ni silencieuse ni bruyante, ni rigide ni relaxée. À des années lumières de la frénésie des salles de trading. Un voile de mystère y règne, renforcé par la beauté troublante des colonnades qui atténue le caractère gentiment oppressant du lieu.

C’est ici qu’est née la première Bourse de Londres, construite en 1571, et qui vendait à l’origine des titres liés à l’alcool. Peu à peu, ce bâtiment est devenu au fil des siècles le centre de la vie économique et politique. Après la Seconde Guerre, ce qui est devenu le London Stock Exchange a été déplacé vers une tour plus moderne et adaptée.

La structure actuelle a été créée en 1844, près de trois cents ans après le premier bâtiment, exactement au même endroit. La statue de Wellington, l’homme qui a su stopper définitivement Napoléon à Waterloo, est toujours sur le parvis, en face de la Bank of England.

Rescapées des bombardements de la Seconde Guerre mondiale, les grandes colonnes ddu Royal Exchange symbolisent la robustesse de la City de Londres et du système écononomique anglais.

Le but originel était de créer un centre d’échange commercial pour la City of London. C’est un marchand, Thomas Gresham, sur la suggestion de Richard Clough, qui a concrétisé cette idée. La City of London Corporation, déjà très puissante, mais désorganisée, a fourni le site, en compagnie de la Worshipful Company of Mercers. Elles restent toutes deux propriétaires du bien sans limite de durée.

Le site a survécu au Blitz

©www.bridgemanimages.com

Le site n’a pas toujours été dédié à la finance car la Bourse d’assurance, le Lloyd’s of London, l’a occupé pendant près de 150 ans.

Le site a été détruit deux fois par le feu, mais la version actuelle, érigée dans la deuxième partie du XIXe siècle, tient toujours. Pendant le Blitz, le quartier avait été dévasté, mais pas le Royal Exchange. Les images du carrefour après les bombardements nazis sont restées gravées dans les esprits, les Allemands ayant détruit la majeure partie des bâtiments alentours. Face à ce décor apocalyptique, les grandes colonnes de la façade du Royal Exchange, droites dans leurs bottes, ont symbolisé la robustesse de la City de Londres et du système écononomique anglais face aux attaques les plus destructrices.

La Seconde Guerre mondiale a pourtant sonné le glas de l’activité du Royal Exchange, même si le bâtiment est miraculeusement resté quasiment intact.

Peu imaginaient, au départ, que des machines et des intelligences artificielles rendraient un jour ces lieux obsolètes.

Il a brièvement retrouvé une activité liée aux marchés dans les années 80, lorsque le tout nouveau London International Financial Futures Exchange (LIFFE) a signé un bail pour utiliser la cour centrale, ce qui a redonné vie à un quartier qui s’était engourdi.

Le Big Bang de la dérégulation des services financiers, dans la deuxième partie des années 90, a complètement relancé l’attractivité de la City. D’abord le Square Mile, qui délimite sur 3 kilomètres carrés toute la partie historique de ce berceau du capitalisme moderne. Puis Canary Wharf, la petite sœur situé à quelques encablures à l’est.

©© Miguel Sobreira

Tout autour, les gratte-ciel poussent

La plus récente restructuration, qui a donné au Royal Exchange sa forme actuelle, remonte à 2001. La cour centrale a été entourée de boutiques de luxe, de restaurants et d’un café au centre.

La dérégulation a du même coup entraîné le besoin en espaces de travail, avec la construction quasiment ininterrompue de gratte-ciel depuis une trentaine d’années, qui ont du même coup rendu complètement obsolète un bâtiment comme le Royal Exchange, dont la beauté architecturale n’inspire d’ailleurs sans doute pas grand-chose aux traders lorsqu’ils ont la tête collée à l’écran de travail.

Peu imaginaient, au départ, que des machines et des intelligences artificielles rendraient un jour ces lieux obsolètes. Le trader d’alors pouvait encore rester debout pour réfléchir et passer à l’action. Il n’imaginait évidemment pas que ses lointains successeurs devraient être assis, enchaînés à un desk, ni même que ce desk les pousserait un jour vers la sortie.

22 Bishopgate

Deux ans après le référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, le vent de folie et d’euphorie qui soufflait sur la City depuis le début de la décennie est nettement retombé.

L’afflux de talents étrangers s’est estompé, les entreprises y regardent à deux fois avant de s’installer à Londres, et certaines banques ou institutions (Lloyds of London, Autorité bancaire européenne, Deutsche Bank…) ont déjà planifié le transfert d’une partie de leurs activités vers le continent.

Les besoins en espaces de travail pour les professionnels de la finance ne semblent toutefois pas diminuer. Selon Savills, le nombre de bureaux loués dans la City a augmenté d’un quart en 2017 par rapport à la moyenne de long terme. Le ralentissement attendu pour 2017 ne s’est pas produit, et la plupart des projets de développement de nouveaux gratte-ciel ont été maintenus.

C’est notamment le cas du 22 Bishopsgate, qui sera bientôt la plus haute tour de la capitale, devant le Shard of London.

Cette tour, qui pourra accueillir 12.000 pros de la finance et du business, est en construction depuis… près de dix ans. Le précédent chantier a été abandonné en raison de la crise financière, ce qui a bloqué plusieurs grues jusqu’à ces derniers mois. Finalement, le projet a été refinancé par un consortium mené par Axa, avec le fonds souverain de Singapour Temasek, et deux investisseurs canadiens. Une nouvelle tour, moins chère que la première, a été dessinée.

Le coût global de la construction atteint 600 millions de livres (685 millions d’euros), auxquels il faut ajouter le coût initial du terrain (quelque 300 millions de livres).

Le TwentyTwo est inspiré d’une certaine manière du Royal Exchange, puisque les architectes le voient comme "un village vertical", avec des restaurants, une galerie d’art, et même un mur d’escalade au 42e étage.

Une technologie de reconnaissance faciale identifiera les personnes à l’entrée et les employé un tantinet paresseux pourront contrôler les stores avec leur smartphone. Les chiens seront également autorisés, dès lors qu’ils seront déclarés.

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