Publicité

5/5 pour "Le Vénérable W." à Bozar. Approcher le mal, c'est approcher l'homme...

Pour cet ultime volet de sa "Trilogie du Mal", Barbet Schroeder s'est intéressé à Ashin Wirathu, le moine birman derrière le génocide des Rohingyas. ©REUTERS

Le réalisateur suisse Barbet Schroeder présente à Bozar le 3e volet de sa "Trilogie du Mal". Après Idi Amin Dada en 1974 et Jacques Vergès en 2007, il s’est penché sur Ashin Wirathu, un moine birman à la base du génocide des Rohingyas. Rencontre.

Le vénérable W. – Bande Annonce VF – 2017 - BAFS

Barbet Schroeder semble avoir eu plusieurs vies. Fils d’un géologue installé en Colombie, on le retrouve à Paris au début des années 60, alors qu’il fonde une maison de production emblématique dans l’histoire du cinéma français: les Films du Losange. L’idée: venir en aide à ses amis, parmi lesquels Eric Rohmer (dont il produira une dizaine de films), ou Jacques Rivette.

Schroeder se met à réaliser, ce sera "More", puis "Maîtresse" (1975), avec sa femme Bulle Ogier. Vers le milieu des années 80, Hollywood lui fait de l’œil, et Schroeder signera parmi les films les plus intéressants du moment: "Barfly" (1987, avec Mickey Rourke), "Le mystère von Bülow" (1990, avec Jeremy Irons et Glenn Close) ou "Jeune fille partagerait appartement" (1992). Le réalisateur convoque les codes du thriller pour mieux les détourner, et questionne la marge, et la notion de droit chemin.

"Jusqu’il y a peu, on était dans un confort: il y avait le mal et le bien, explique Schroeder. Le XXe siècle nous a montré que le mal pouvait exister pour lui-même, sans rapport avec autre chose pour l’équilibrer. On est plus proche de Schopenhauer que de saint Augustin. La vie contient une très forte dose de douleur, on ne peut pas y échapper. Et c’est là que l’homme devient intéressant à observer."

"Ceux qui se demandent comment les foules peuvent se ranger aux beaux discours d’un leader charismatique pourront en suivre les stades."
Barbet Schroeder
Réalisateur

En 2007, son documentaire sur Jacques Vergès ("L’avocat de la terreur") défraie la chronique – et remporte le César. Car le spectateur, fasciné, se met à comprendre celui que les médias présentent depuis des années comme un cynique et un opportuniste, alors qu’il semble ici particulièrement sincère – même si radical voire révolutionnaire dans ses propos.

"Quand j’avais 15 ans, c’était mon idole. J’étais pour la cause de l’indépendance algérienne, c’était le bien absolu: la liberté d’un peuple. Mais pour faire ce bien il a dû défendre le terrorisme le plus aveugle, celui de gens qui mettaient des bombes dans les cafés. Et c’est là que ça se gâte, le message soudain se brouille."

L'invité de la rédaction de la RTS (Lausanne) - Barbet Schroeder

Les stades de la barbarie

Barbet Schroeder nous revient aujourd’hui avec un film totalement glaçant, "Le vénérable W.". La première demi-heure nous présente un moine victime des musulmans de son pays (la Birmanie). Mais il s’agit bien sûr d’un piège tendu par le metteur en scène pour mieux nous faire apprécier les visages – parfois angéliques – du mal. Ceux qui se demandent comment les foules peuvent se ranger aux beaux discours d’un leader charismatique pourront suivre, dans ce "Vénérable W.", les stades: fascination, endormissement de l’esprit par la répétition de questions/réponses, et passage à l’action sur le principe de "celui qui n’est pas avec moi est contre moi".

Et Schroeder de conclure: "J’étais parti à l’autre bout du monde avec cette question: comment le bouddhisme peut-il être mêlé à un génocide? Et je suis revenu avec des éléments qui me parlaient à moi, homme occidental: le populisme, la manipulation des foules, le nationalisme. Comme dans un miroir."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés