Clooney & Cie, les rebelles

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L’affaire Weinstein a éclaboussé pas mal de monde à Hollywood. Les grands studios et les Gafa se frottent les mains, sans parler du président et des puritains. Mais le cinéma US (intelligent) n’est pas mort…

Le cinéma indépendant américain ressemble de plus en plus à Star Wars: il n’y a plus que quelques rebelles, mais on espère vraiment qu’ils vont gagner. Un peu comme dans Astérix: toute la Gaule a été envahie par César/Trump, son style impossible, ses crises de colère et ses idées réactionnaires. Toute, non, car un petit village résiste encore et toujours à l’envahisseur: Hollywood (hors studios). Parmi les artistes, l’hécatombe est grande, renforcée par une épidémie d’accusations: qui se relèvera du scandale Weinstein? Le moins de monde possible, espère Trump. Mais le vivier reste immense et la relève semble assurée.

Parmi les emblématiques, George Clooney fait office de chef de bande. Dans le toujours à l’affiche "Suburbicon" (avec Matt Damon, d’après un scénario des frères Coen – tous proches de Clooney), il dépeint une Amérique lâche, raciste, conservatrice à l’extrême: celle que Trump et ses amis considèrent comme l’Amérique avec un grand A. Nous sommes à la fin des années 50, dans un quartier résidentiel où chacun pratique l’"American way of life", derrière sa pelouse bien tondue. Jusqu’au jour où une nouvelle famille s’installe. Mais ces gens-là ne sont pas comme nous: ils sont noirs… Et la violence va se déchaîner. À l’heure de l’"America First", Clooney explique qu’il a voulu explorer ce qui "s’agite derrière le rideau des apparences". De cette histoire écrite comme une farce, il a finalement préféré tirer un film politique extrêmement grinçant.

Le nouveau Spielberg cible les mensonges répétés du président Lyndon Johnson sur la guerre au Vietnam, sous serment et devant le Congrès… Nous nageons en pleine actualité.

Même volonté dans le chef d’Alexander Payne ("Sideways", "The Descendants"), qui nous propose avec "Downsizing" plus qu’un amusant conte philosophique. Pour des raisons de niveau de vie, les familles américaines peuvent décider de se faire réduire. Car la diminution de la taille augmentera le pouvoir d’achat (tout est moins cher quand moins volumineux), on pourra donc se payer une plus grande tranche du rêve américain, CQFD. Ici, ce n’est plus une critique d’un puritanisme bien-pensant, mais une satire économique, qui questionne un système de castes où l’argent fait tout. Sortie prévue pour le 17 janvier. Avec Matt Damon, encore.

Plus ouvertement politique par son sujet, "Detroit", qui pourrait triompher aux prochains Oscars (le 4 mars – les nommés étant connus le 23 janvier). La réalisatrice, Kathryn Bigelow, n’est pourtant pas étiquetée à gauche: son "Démineurs" (6 Oscars en 2010) nous proposait le quotidien d’un soldat américain en Irak. Mais malgré les tourments, tout finissait avec le respect de la bannière étoilée. Quant à son "Zero Dark Thirty", il nous racontait les dernières heures de Ben Laden, mais surtout les exploits du commando qui l’a débusqué et éliminé. Ici, Bigelow est toujours aussi efficace dans son traitement, mais très subtile dans son analyse de la violence, et de la perversité des rapports entre Blancs oppresseurs et Afro-Américains opprimés.

Un autre film avec le racisme au cœur du propos: le succès surprise de "Get Out" et ses 253 millions de recettes mondiales. L’histoire d’un couple mixte (lui noir, elle blanche) qui part rendre visite à la belle-famille dans la grande maison de Nouvelle-Angleterre. Mais rien ne va se passer comme prévu… Ce qui commence comme un simple film d’épouvante pour ados subit un twist: et si la couleur de peau du héros pouvait tout expliquer? L’antiracisme non comme cause sociale mais comme enjeu narratif d’un film à suspense: il suffisait d’y penser.

"Un président, ça ment"

Mais le film le plus ouvertement anti-Trump pourrait être le nouveau Spielberg, "Pentagon Papers". Parmi tous les projets que développe en parallèle le réalisateur le plus bankable de tous les temps, Spielberg a choisi – comme par hasard? – le plus politique. Soit un scandale qui a fait énormément de bruit en 1971, en dévoilant les mensonges répétés du président Lyndon Johnson sur la guerre au Vietnam, sous serment et devant le Congrès. Liberté de la presse, intimidations par la Maison-Blanche: nous nageons en pleine actualité. Avec Meryl Streep et un autre anti-Trump notoire en têtes d’affiche, Tom Hanks. L’actrice "la plus surcotée d’Hollywood" (dixit Trump) tient-elle sa revanche?

Bref, on peut compter sur la frange pensante d’Hollywood pour ne pas se laisser enfermer dans un discours susceptible de plaire au pouvoir en place. Ni de baisser les bras en soupirant "le cinéma indépendant US est mort", sous prétexte qu’un pervers notoire est (enfin) passé aux aveux.

Certains observateurs vont plus loin. Et si cette crise trumpo-weinsteinienne dans le monde du cinéma, qui provoque toutes ces prises de positions artistiques fortes, était en train de créer, par ricochet, une vraie nouvelle force progressiste aux Etats-Unis?

To be continued...

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