nécrologie

Jean Rochefort, le gentleman-acteur

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Il se sentait nu sans sa moustache. Et sans lui et sa moustache, c'est le paysage du cinéma français qui se sent dépourvu. A 87 ans, Jean Rochefort est décédé ce lundi à Paris. Son esprit nous manquera.

Il avait ce petit côté anglais, pince-sans-rire, Jean Rochefort et de la malice dans le regard. Cela faisait le délice de ceux qui le rencontraient et cela transparaissait dans pratiquement tous ses personnages. Et des personnages, il en a incarnés près de cent cinquante (puisqu'il faut compter qu'il a repris son rôle dans la suite d'"Un Elephant, ça trompe énormément" dans la suite "Nous irons tous au Paradis") au cinéma, au théâtre et en télévision.

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Il avait fait ses classes au Conservatoire avec Jean-Paul Belmondo, Claude Rich et Jean-Pierre Marielle. Les as des as. Et leur amitié était restée indéfectible. C'est grâce à Belmondo qu'il avait pu décrocher un premier vrai job au cinéma dans "Cartouche". Les années 60 battaient leur plein. Et le cinéma ne connaissait pas la crise.

Rochefort, issu d'une famille bourgeoise d'origine bretonne, enchaîna des rôles alimentaires dans des films "avoines". Une dénomination qu'il avait trouvée pour qualifier les films qui lui permettaient de nourrir ses chevaux, son autre grand dada... Car, on le voyait bien qu'il avait une stature de cavalier, Jean Rochefort. Dans la série des Angélique, de Bernard Borderie, il joua au chef de la police. Toujours bien droit. Il dût attendre 1978 pour recevoir son premier César pour "Le Crabe Tambour" de Pierre Schoendoerffer. Il avait donc déjà quarante-huit ans...

Un éléphant, ça trompe énormément (1976)

Un acteur-culte

Contrairement à Belmondo, Rochefort attendit longtemps avant de devenir culte. Grâce, notamment aux films de Patrice Leconte, "Tandem", "Le Mari de la Coiffeuse", "Tango" et "Ridicule" qui se succédèrent de 1987 à 1996. Il confiait, récemment, au site A Nous Paris ce que lui inspirait le culte dont il faisait l'objet: "Je suis culte parce que je suis vivant. Il y a des gens qui me demandent des autographes dans la rue et il y a des femmes qui hurlent de terreur croyant que j'étais mort! Donc, c'est moitié agréable et moitié pénible."

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Culte, Rochefort l'était aussi pour les jeunes générations d'acteurs et de non-acteurs. Ses fils spirituels, Guillaume Canet et Edouard Baer se sentent certainement orphelins, aujourd'hui. Avec le premier, il partageait la passion des chevaux. Avec le second, celle d'un humour iconoclaste qui se distinguait lors des cérémonies des Césars aussi bien que dans ce projet (avorté) de réaliser un film sur l'affaire Bettencourt. Rochefort y aurait tenu le rôle de la milliardaire tout en gardant sa moustache...

Cet homme élégant, qui, selon ses dires, aimait l'habit confortable et avait la trouille de la charentaise, est parti discrètement. Sur Twitter, un certain Jean-Moundir a écrit: "Jean Rochefort, c'était le mec qui te faisait penser que vieillir, c'est pas si grave...". Quel bel hommage.

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