"Jeune femme", l'errance sublimée sur grand écran

Capture d'écran de la bande-annonce de "Jeune femme" ©doc

Auréolé de la prestigieuse Caméra d’Or du Festival de Cannes (meilleur premier film, toutes sélections confondues), voici un film troublant, vivifiant, qui s’éloigne des clichés "art et essai" pour toucher à la vérité d’un John Cassavetes.

"Jeune femme" 

Note: 4/5

De Léonor Serraille

Avec Laetitia Dosch, Souleymane Seye Ndiaye, Gregoire Monsaingeon…

Paula ne va pas très bien. De retour du Mexique, elle cherche à entrer dans son appartement. Sauf que ce n’est pas son appartement à proprement parler, puisque c’est celui de Joachim, et qu’ils ne sont plus vraiment ensemble. Mais Paula ne comprend pas le pourquoi de cet état de fait. Alors Paula frappe. Avec la main, avec le poing, avec la tête. Et puis Paula s’endort sur le palier. Un voisin la réveille.

À l’hôpital où on suture sa plaie au front, le médecin de garde aimerait savoir si elle est un danger pour elle-même, ou pour autrui. Alors Paula s’emporte. Non, elle n’est pas un danger. Il ne faut pas confondre souffrance amoureuse et danger pour autrui. Pleine de vie, d’énergie, de franc-parler, de vérité, Paula refuse qu’on la traite de "femme libre", comme si c’était un prix à payer. Larguée dans la nuit parisienne, elle va essayer d’échouer chez des amis. Mais Paula a-t-elle encore de vrais amis?

JEUNE FEMME | Bande Annonce (2017)

C’est un genre en soi: l’errance, surtout nocturne, dans une grande ville. Souvent, l’exercice se double d’un magnifique portrait de femme. Ce fut le cas pour l’inoubliable "Sue perdue dans Manhattan" (1997). Car comme le disait Truffaut: "Suivez un homme 24 heures et vous aurez 24 heures de la vie d’un homme; suivez une femme, et vous aurez un film". C’est ce qu’a fait la réalisatrice. Et quel film!

3 question à Léonor Serraille | Réalisatrice

1/ Votre complicité avec votre actrice est troublante. Vous avez écrit pour elle?

Non, j’ai rencontré Lætitia Dosch classiquement au moment du casting. Mais elle est entrée dans l’histoire facilement. Et puis nous avons beaucoup répété. Il fallait faire entrer tout le tournage dans les cinq semaines prévues. Pour atteindre un objectif de vérité, de pris sur le vif, il n’y a pas que la recette "improvisation et caméra à l’épaule", il y a aussi "suivre le scénario et beaucoup répéter"…

2/ Quelles sont vos références?

On me parle souvent de "Frances Ha" (ce film de Noah Baumbach avec Greta Gerwig en hipster new-yorkaise) mais ce qu’on a essayé de faire avec "Jeune Femme" me semble assez différent – à part le sujet évidemment: le portrait d’une personne qui tranche avec la norme, quelqu’un à fleur de peau. Ma référence ultime serait en fait Gena Rowlands (la muse et l’épouse de Cassavetes)

3/ Un souvenir particulier de Cannes?

J’ai laissé tomber mon prix. Ma Caméra d’Or (une petite caméra en or réalisée par Chopard) est aujourd’hui en réparation, je devrais la retrouver sous peu. Sans doute ai-je voulu montrer, en la laissant tomber par terre, à quel point j’étais proche de mon personnage principal: imprévisible…

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