"La forteresse des tyrans, c'est l'inertie des peuples"

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Comment concilier un discours rassembleur où l’homme doit disparaître sous les grandes idées, et le principe même d’une élection présidentielle où l’ego doit s’affirmer? Retour sur Mélenchon, l’homme venu de nulle part et qui s’est (presque) invité au second tour…

Pendant sa campagne, Jean-Luc Mélenchon a accepté qu’on le suive, caméra au point. Résultat, beaucoup de confidences prises sur le vif, dans les trains, les corridors, et pendant les pause-repas. Au-delà du discours sur la nécessité d’une révolution pour remettre à plat les inégalités trop criantes créées par un système débilitant, apparaît un citoyen brillant, confronté, tout comme Hamlet, à lui-même.

"L’insoumis"

Note: 3/5

Documentaire de Gilles Perret.

 

Son "tempérament volcanique" ne va-t-il pas lui jouer des tours au moment où l’homme brille dans les débats, rabat le caquet de Marine Le Pen, dénonce un ratissage trop large de Macron, grimpe dans les sondages et devient une personnalité politique de tout premier plan? Le culte de la personnalité est un ingrédient obligatoire en politique, mais comment céder à la mode des hologrammes tout en voulant rester un "tribun du peuple"?

Mélenchon remarque qu’avant on entrait en politique via Trotski, et qu’aujourd’hui les jeunes s’engagent parce qu’ils sont végans.

Le film n’a pas beaucoup de personnalité en tant qu’objet de cinéma, mais il est émaillé de séquences intéressantes, comme celle où Mélenchon remarque qu’avant on entrait en politique via Trotski, et qu’aujourd’hui les jeunes s’engagent parce qu’ils sont végans. Passionnant, le rapport de Mélenchon avec les médias, très critiques voire malveillants en début de campagne, et qui s’adoucissent lorsque le candidat de la France Insoumise titille les 20% d’intentions de vote. Avec le recul, les moments clés de l’élection apparaissent, comme celui où Mélenchon déplore sincèrement que le candidat de la droite (Fillon) ait si subitement "disparu du débat", en devenant un "objet judiciaire ou de rigolade", laissant la place de choix à l’opportunisme d’un Macron…

À travers ce film, on se souviendra d’un autre Mélenchon que celui, pathétique et rongé par la défaite, qui n’arrive pas à exhorter à faire barrage à l’extrême droite en votant Macron au deuxième tour. Mais aussi comme d’un homme à l’analyse efficace, un pédagogue parfois plein d’humour, un orateur qui travaille toujours sans filet. Quitte à manier avec une certaine emphase les citations de Machiavel qu’il reprend à son compte: "La forteresse des tyrans, c’est l’inertie des peuples"

L'INSOUMIS Bande Annonce - Jean-Luc Mélenchon, Documentaire (2018)

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