Les "bof" de l'été au cinéma

©Disney

L’été bat son plein, et les cinémas ne savent plus quoi faire. Entre comédies poussives, films d’action de seconde zone et mièvrerie à deux sous, que reste-t-il de nos amours (du 7e art)?

"Jean-Christophe et Winnie"

Quel est le but de Disney en ressuscitant Winnie l’Ourson cet été? Faire exister la magie de l’enfance en nous rappelant qu’il ne faut jamais oublier ses rêves de gosse? Non. Le but de Disney est de capter votre argent. Il ne faut pas se leurrer: le marketing fait loi. Et certains films sont tellement dénués d’ambiance, d’ambition, de contenu, de rythme, que "le roi (Disney) est nu": il s’agit là non pas de prétextes à raconter une belle histoire, mais de vecteurs destinés à fonctionner sur le marché international. Il importe peu que la sauce prenne: seuls les ingrédients comptent (des personnages identifiés, une pincée de merveilleux, une esthétique rassurante) pour garantir la venue du public dans les salles, et le remboursement du budget. Voire un juteux retour sur investissement.

JEAN-CHRISTOPHE & WINNIE L'OURSON

Traumatisé par la guerre, Jean-Christophe, aujourd’hui 47 ans, file un bien mauvais coton. Il fait partie de ces milliers de Londoniens désenchantés, robotisés, gris, tristes, qui agissent sans réflexion et vivent sans plaisir. Incapable de communiquer avec sa femme et sa fille (qui ne s’attendent même plus à le voir les accompagner en week-end), il retombe sur le compagnon de son enfance: Winnie. Celui-ci, également un peu usé par la vie, semble déboussolé: ses amis du Pays des Rêves bleus ont tous disparu. Jean-Christophe arrivera-t-il à mobiliser assez d’appétit de vie pour aider Winnie dans sa quête de Tigrou, Maître Hibou et autre Bourriquet?

À court d’idées…

Jean-Christophe est peut-être l’un des personnages les plus "oubliables" de tout l’univers Disney. Il sert clairement surtout à favoriser l’identification des plus petits, heureux d’entrer dans la clairière de Winnie l’ourson par le biais d’un enfant. Pourquoi alors l’introniser personnage central d’un film? Parce qu’on est à court d’idées, pardi. Pour muscler un peu les choses, et si on en faisait un écorché, victime des horreurs de la guerre? Fausse bonne idée: ce traumatisme rompt le charme et nous éloigne du merveilleux, du magique. Winnie est destiné à un (très) jeune public. Pourquoi vouloir à tout prix élargir le cercle à une audience plus large? Une fois encore, la réponse tombe: pour augmenter les entrées.

… Malgré quelques trouvailles

Qu’on est loin, ici, des aventures d’un autre "teddy-bear" londonien: Paddington. Dans la suite récente ("Paddington 2", 2017) tout était réuni pour plaire à la fois aux uns et aux autres: aventure, gags, second degré, esthétique… Ici, l’animation peine à convaincre (on est sur un film de "moyen budget" à l’échelle du géant Disney), mais la déception vient surtout d’un scénario qui n’arrive pas à choisir entre deux énergies contradictoires, une piste psychologique (JC va-t-il retrouver sa part d’enfance?) et une piste plus active, plus artificielle: va-t-il pouvoir aider Winnie à retrouver ses amis? Reste quelques belles trouvailles notamment lors des voyages entre le monde réel et la Forêt des Rêves bleus, et quelques seconds rôles attachants tenus par des acteurs anglais toujours agréables à regarder, à commencer par la fille de JC, Madeline. Et puis Porcinet reste Porcinet, avec les inquiétudes qui font tout son charme, même lorsque Disney entend lui faire faire des pirouettes indignes de lui.

"Neuilly sa mère, sa mère!"

NEUILLY SA MÈRE 2

La France, elle aussi, cherche un second souffle comique. Et comme c’est dans les vieilles casseroles qu’on fait les soupes les plus… rentables, on se souvient de la réussite (économique) d’un petit film qui avait surpris son monde il y a huit ans avec ses 2,5 millions d’entrées. On prend donc les mêmes et on recommence… à l’envers. Cette fois-ci ce n’est plus le "petit beur" qui rejoint Neuilly contraint et forcé, mais la famille BCBG qui se réfugie à Nanterre dans une barre d’immeuble, suite à la révélation des comptes offshore du père.

Pas toujours dans la finesse

Les allusions politiques pleuvent, et pas toujours dans la finesse: ceux qui regrettent Sarkozy, ceux qui se mettent en marche et qui suivent Macron, ceux qui ont tellement souffert sous Hollande… Mais c’est au niveau social que veut se placer le film, en dénonçant les préjugés et les clichés. Hélas, même si le déraciné Sami du premier opus est aujourd’hui un garçon travailleur, bien sous tous rapports, et qu’il est en train de terminer Sciences Po, ça ne suffit pas à éviter les sous-intrigues compliquées, ni la caricature.

"L'espion qui m'a larguée"

Mila Kunis, c’est celle qui jouait la méchante rivale de Natalie Portman dans "Black Swan". On espérait la voir accéder aux premiers rôles, mais Hollywood est une jungle, et la voici qui joue les utilités dans "Bad Moms", ou dans cette comédie – qui aurait pu se révéler très drôle, si elle avait su se renouveler après la première demi-heure. L’idée: deux copines très middle class, qui rêvent de grande vie, de beaux hôtels, et d’aventure(s), et qui, sur un malentendu, vont se retrouver à jouer les espionnes internationales, avec tous les quiproquos imaginables, et la survie en point de mire.

Là encore, le bât blesse lorsqu’on devine que les commanditaires aux manettes du film ont voulu "élargir" la cible, en concoctant un "vrai" film d’espionnage à la Mission Impossible/Jason Bourne/James Bond, qui viendrait se superposer à la parodie. Avec ses poursuites, ses scènes d’action extra-musclées, ses morts à gogo… Il eût fallu choisir. Les Anglais (toujours eux) proposent sur le même thème "Johnny English" avec l’inénarrable Rowan Atkinson (Mr Bean), dont le 3e opus est prévu pour la rentrée. Mais ils ne perdent pas de vue qu’on ne peut jamais lâcher le fil de la comédie au profit d’une action débridée style jeu vidéo, au risque de tout perdre.

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