Nicolas Bedos déchaîne les passions

Doria Tillier et Daniel Auteuil dans "La Belle époque", véritable succès populaire lors de son avant-première bruxelloise. ©Pathé

"La Belle époque" fait l’unanimité: histoire poignante, thèmes modernes, acteurs au sommet… sous la houlette d’un réalisateur inspiré, généreux, et qui connaît son sujet.

Scène d’hystérie collective, vendredi dernier à l’UGC Toison d’or. Lady Gaga? Brad Pitt? Non, Nicolas Bedos… venu présenter avec Fanny Ardant son nouveau film, "La belle époque". La salle est comble, les gens sont debout et applaudissent en cadence. Les "bravos" fusent. Mais ils sont moins nombreux que les "mercis". Les responsables de l’UGC le confessent: "on n’a plus vu ça depuis ‘Intouchables’ ". Mais qu’est-ce qui est en train de se passer? La magie du cinéma, pardi. La démonstration souveraine du pouvoir cathartique de l’image animée, et du son qui en dit long. Le tout au profit d’une histoire aussi profondément intime que follement visuelle, du genre qui fait mouche à tous les coups.

Après 40 ans de vie commune, le torchon brûle entre Victor (Daniel Auteuil) et Marianne (Fanny Ardant). Lui est un dessinateur de BD un peu oublié. Elle, psychanalyste en vue, surfe sur la vague virtuelle. Antoine (Guillaume Canet), un ami de leur fils, invite Victor à participer aux "Voyageurs du temps", une expérience d’immersion dans l’époque et le lieu de son choix. Ce sera le café "La Belle époque", en 1974. La date et le lieu de sa rencontre avec Marianne – car de son côté les sentiments sont toujours vivaces. Mais après quelques heures là-bas, Victor croit tomber sous le charme de Margot, qui prête ses traits à la Marianne de 1974… Comment faire comprendre au jeune amoureux (de 65 ans) que pour la jeune femme il ne s’agit "que" de jouer la comédie?

La Belle Epoque

Tout est faux mais aussi terriblement vrai

Nicolas Bedos, face au public: "J’ai été frappé par des confessions d’amis – des amis un peu plus âgés que moi (il a 39 ans) –, des gens pas toujours nostalgiques mais dépassés voire dégoûtés par toute cette technologie, qui ne reconnaissent plus le monde qu’ils ont connus, et qui sont donc assez… moroses. J’ai eu envie de leur faire un petit cadeau." Ce petit cadeau concocté par Bedos a des vertus thérapeutiques. Car le spectateur est embarqué dans un profond processus d’identification avec Victor/Auteuil. Lequel va, via son expérience grandeur nature, retrouver le meilleur de lui-même. Car si tout est faux autour de lui, tout est aussi terriblement vrai, en lui.

"La Belle époque"

De Nicolas Bedos 

Note : 5/5

Avec Daniel Auteuil, Fanny Ardant, Guillaume Canet, Doria Tillier…

Tout y est: les blessures, la jeunesse qui fuit, la manipulation médiatique, mais aussi les espoirs, la création, et la liberté. Ces nombreux thèmes ne sont pas enfilés comme des perles sur un collier, mais intimement tissés ensemble comme dans un conte. Pas à pas, Bedos nous immerge dans la narration, pour vivre une histoire, drôle, enlevée, foisonnante – du genre qui vous raconte qui vous êtes, mais avec la force de "l’air de rien".

Le réalisateur poursuit: "J’essaie d’aboutir à quelque chose que j’aurais envie de voir. J’aime les films qui vous en donnent. Il faut soigner tous les détails, les transitions, la musique, traquer la vérité où qu’elle soit, même dans des bêtises. J’adore les montages parallèles où une séquence en renforce une autre. Fanny Ardant est au restaurant aujourd’hui, et on devine ses gestes, ses phrases, ses plats préférés, bref son intimité, grâce à ce qu’on voit d’elle 40 ans plus tôt, en même temps, dans une autre séquence, alternée. Boum!"

"La Belle époque" fait l’unanimité: histoire poignante, thèmes modernes, acteurs au sommet… sous la houlette d’un réalisateur inspiré, généreux, et qui connaît son sujet.

Oui, boum. On pensait que Bedos resterait toujours prisonnier d’une image, celle d’un chroniqueur télé brillant mais tête-à-claques – sauf pour ceux qui avaient déjà repéré il y a deux ans son excellent premier film "Mr et Mme Adelman". Voilà qu’à présent il nous fait penser à Shakespeare, excusez du peu, celui qui montrait déjà dans "Comme il vous plaira", en 1599, la toute puissance du "on disait que...". "Le monde est une scène, hommes et femmes n’y sont qu’acteurs, avec leurs entrées et leurs sorties, une scène où un homme seul jouera bien des rôles." CQFD.

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