"Quelques collègues s'étaient transformés…"

©BELGA

Sophie Bruneau signe un pamphlet mi-politique, mi-poétique contre le néolibéralisme. Fascinant.

Nous voici dans l’anonymat de la grande ville. C’est la nuit, les trains presque vides regagnent les gares, les bureaux déserts n’accueillent plus que de fantomatiques équipes de nettoyage. C’est l’heure des confidences, l’heure du récit, l’heure des songes. Chacune à son tour, des voix se confient et racontent un rêve. Un rêve lié au travail.

Rêver sous le capitalisme (Bande annonce)

"Rêver sous le capitalisme"

Note: 5/5

De Sophie Bruneau

Des collègues de bureau transformés en zombies qui se massent dans les ascenseurs; une caisse enregistreuse dont les tit-tits trahissent qu’on ne la manie pas encore assez vite; la fenêtre de son bureau que l’on retrouve murée; une calotte crânienne autour de laquelle de petits personnages viennent se sustenter avec de très longues cuillers… Aux voix s’ajoutent bientôt des visages. Avec un détachement presque hypnotique, chacun livre sa vision, sans pathos et sans effet. Les rêves se mettent à dessiner des angoisses communes, où règne la plus complète aliénation. L’image d’une société basculée.

Nous sommes ici à mi-chemin du célèbre "Livre des rêves" de Jack Kerouac (1960) et de la série britannique "Black Mirror" qui, via un futur décalé, attire notre attention sur les dérives technologiques qui nous privent peu à peu de notre humanité. La mise en place formelle, faite de très longs plans, nous invite à convoquer le rêve par notre propre imaginaire. Nous projetons sur l’image proposée par le film celles qui nous sont racontées; nous convoquons le rêve et le reconstituons pour mieux le partager. Et nous sortons du film comme on sort d’un doux cauchemar: sûrs et désespérés d’avoir vu, comme disait Rimbaud, "ce que l’homme a cru voir".

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content