Adam et Scarlett pour le meilleur et pour le pire

Scarlett Johansson et Adam Driver, habitués aux blockbusters, s’offrent une échappée belle en (ex-)couple. ©rv

Avant de sortir sur Netflix, un petit film indépendant s’offre la grande salle. À juste titre: "Marriage Story" est un grand film sur le couple, servi par un duo au sommet.

Décidément, Netflix frappe où on ne l’attend pas. Aux séries phares ("The Crown", "Mindhunter", "La méthode Kominski") s’ajoutent les documentaires de prestige ("The Great Hack, l’affaire Cambridge Analytica"), et même les vrais films de cinéma qui sortent en salle. Après "Roma" l’année dernière (trois oscars), et "The Irishman" il y a quelques semaines, et en attendant "Les deux papes" avec Anthony Hopkins, voici qu’un "petit" film a droit à une vraie sortie cinéma, avant d’être proposé sur la plateforme dès le 6 décembre. Mais pas n’importe quel petit film, puisqu’il affiche des stars (Scarlett Johansson, Adam Driver, Laura Dern) et qu’il est signé par Noah Baumbach en personne.

"Marriage Story"

Drame | De Noah Baumbach, avec Scarlett Johansson, Adam Driver, Laura Dern, Ray Liotta…

Note: 4/5

 

Si vous levez un sourcil interrogatif au nom de Noah Baumbach, c’est que vous n’êtes pas encore un afficionado déclaré de la nouvelle génération américaine d’auteurs qui surfent sur la vague hipstéro-bobo-new yorkaise, et qui reprend le flambeau, entre autres, de Woody Allen. Son film emblématique reste "While We’re Young" (avec Ben Stiller, 2014), mais il est aussi entré dans les annales pour avoir réalisé l’un des deux seuls films Netflix présenté en compétition officielle à Cannes ("The Meyerowitz Stories", avec Adam Sandler, Dustin Hoffman et Emma Thompson). Il poursuit dans la même voie avec une nouvelle chronique familiale, aussi épurée que touchante, aussi drôle qu’édifiante.

Charlie et Nicole s’aiment encore, mais moins. Alors ils ont décidé de se séparer. Lui, metteur en scène new-yorkais en vogue, elle, actrice de télé travaillant surtout à Los Angeles. Ils ont un fils, Henry, 7 ans. Alors qu’on avait juré de ne pas tomber dans le piège du divorce interminable et coûteux avec avocats, les choses s’enveniment doucement, à cause d’un siège auto mal attaché, d’une petite coucherie d’un soir, et d’un pas de travers en descendant l’escalier…

MARRIAGE STORY - Bande Annonce

Inspiré du divorce de Baumbach

Le cinéma, c’est l’art de faire semblant. Et quand ça marche, ça fait un bien fou. Ici, on a vraiment l’impression d’assister à l’action sans filtre: format presque carré, pas d’image léchée, très longs plans-séquences "comme dans la vraie vie", et acteurs en état de grâce, dont le génie est de rendre tout à la fois épique et quotidien. Les situations sonnent toujours très justes, et pour cause: elles sont directement inspirées du divorce de Baumbach avec l’actrice Jennifer Jason Lee. Les tracasseries peuvent se révéler hilarantes (qui remettra à Charlie l’enveloppe contenant la citation, en prononçant la formule légale?). Et les étapes obligatoires peuvent virer au cauchemar: l’assistante sociale qui vient assister à un repas familial presque sans prononcer une parole, ou l’avocat qui facture 950 dollars de l’heure (plus les frais). Au milieu des cris, et des coups bas des avocats qui instrumentalisent chaque phrase innocemment prononcée autrefois, des moments suspendus où l’on répare un portail en panne, où l’on coupe en silence les cheveux de l’être (autrefois) aimé…

Hilarant, beau, tendre, et truffé de moments très forts, "Marriage Story" nous raconte bien sûr nos propres vies.

Les grands films sur le couple sont rares. Si on exclut Richard Linklater ("Boyhood") il faut remonter à Ingmar Bergman et ses "Scènes de la vie conjugale" ou à John Cassavetes ("Husbands"). On pense également bien sûr à "Kramer contre Kramer", dont le jeune héros reprend ici la coupe au bol et les silences qui en disent long.

Hilarant, beau, tendre, et truffé de moments très forts, "Marriage Story" nous raconte bien sûr nos propres vies. Ces moments où on déshabille l’autre du regard pour sonder son âme, ses intentions conscientes et inconscientes. Ces gestes tendres qui pourront aussi être retenus contre vous dans "l’autre monde" du procès en cours. Et les formes nouvelles que prendra l’amour pour son enfant, une fois que la violence se sera invitée dans l’équation, pour le pire – les cris, les larmes – ou pour le meilleur: une nouvelle vie, où cette prédation qu’on appelle l’amour aura pris d’autres formes.

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