nécrologie

Agnès Varda, active pour l'éternité (1928-2019)

La petite grand-mère hyperactive du cinéma nous a quittés. À l’origine de la Nouvelle Vague, la papesse mondiale du documentaire est partie rejoindre son Jacquot (Jacques Demy, l’amour d’une vie), au paradis des cinéastes.

Visages villages

Agnès Varda, c’est plus de 50 films. Mais, surtout, c’est une présence jamais interrompue auprès de nous, elle qui était encore à tenir tribune au festival de Berlin le mois dernier, à 90 ans passés. Lauréate du prix Kamera pour l’ensemble de son œuvre, elle annonçait qu’elle se "préparait tout doucement" à mettre un terme à son "parcours artistique". La vie en aura voulu autrement, lui coupant l’herbe sous le pied et faisant d’elle une "non retraitée", une "toujours en action", pour l’éternité.

Comme Audrey Hepburn – avec qui elle partageait cette grâce infinie – c’est à Bruxelles qu’est née Agnès Varda, en 1928. La famille fuit la Belgique en 40, s’installe à Sète. Dès 1954, à 25 ans, Agnès signe "La pointe courte", réalisé sans argent mais monté par un certain Alain Resnais. La simplicité, l’authenticité, l’audace, tout est déjà là.

En 1961, elle est l’une des seules réalisatrices active dans le très viril cinéma français, et livre ce qui restera comme un classique: "Cléo de 5 à 7". Féministe et féminin, le film suit, en temps réel, les tribulations d’une jolie jeune femme en attente de résultats médicaux. Varda impose un style unique, fait à la fois de décontraction et d’urgence. Caméra toujours en mouvement, zooms, musique intégrée à l’action et travellings signifiants: le film constitue le socle de la Nouvelle Vague au moins autant que "Les 400 coups" de Truffaut ou "À bout de souffle" de Godard.

Après sa rencontre avec Jacques Demy, elle part avec lui tenter l’aventure américaine et se tourne vers le documentaire. En 1977, elle revient en France et signe ce qui restera comme le film féministe par excellence: "L’une chante, l’autre pas". Engagée, militante, mais jamais revancharde, Agnès Varda prône par l’exemple et fait partie des signataires du célèbre manifeste des 343 rédigé par Simone de Beauvoir.

1985 voit sa consécration internationale: le Lion d’or à Venise pour "Sans toi ni loi", qui offre à la jeune Sandrine Bonnaire un inoubliable rôle de SDF, trouvée morte dans un fossé. À partir de cette date, le documentaire devient prépondérant, et Varda l’un des phares de la discipline, réinventant sans cesse le genre en questionnant les procédés. Dans "Les Glaneurs et la Glaneuse", elle fait tout elle-même grâce à une toute petite caméra digitale qu’elle trimbale partout. Elle réalise une série de portraits de Français en marge, et compare sa démarche de cinéaste avec celle de ses héros qui, pour joindre les deux bouts, font feu de tout bois.

Suivra un César en 2008 pour "Les plages d’Agnès", puis une pluie de récompenses honorifiques pour l’ensemble de son travail. En 2017, "Visages, Villages" triomphait à Cannes avant de faire le tour du monde.

Étudiée dans les écoles de cinéma du monde entier, toujours accessible, bienveillante et sur la brèche, elle était adulée par plusieurs générations de cinéastes qui vont à présent devoir reprendre un flambeau où brûlent conjointement la bonté, l’intelligence, et la liberté de penser.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect