interview

Ana Girardot: "Choisir un homme comme un morceau de viande, c'est effrayant!"

Remarquée à Cannes, en 2010, dans "Simon Werner a disparu…", de Fabrice Gobert, la fille d’Hippolyte Girardot et d’Isabel Otero a déjà donné la réplique à Benicio del Toro... Bon sang ne saurait mentir! ©Hadrien Duré

Après Cécile de France et Audrey Tautou, Ana Girardot a rejoint la dream team des actrices de Cédric Klapisch. Dans "Deux moi", elle incarne avec sensibilité une trentenaire qui connaît un burn-out et trouve l’amour sans l’aide de... Tinder.

Il y a du "Chacun cherche son chat" dans "Deux moi", le nouveau Klapisch, depuis hier sur les écrans. On pourrait même l’appeler "Chacun cherche son chat 2.0" tant les applis de rencontres amoureuses y apparaissent comme un personnage en soi. Mais les héros, incarnés par les excellents Ana Girardot et François Civil, relèvent un défi dans cette satire de l’ultramoderne solitude des trentenaires d’aujourd’hui.

Votre personnage dans "Deux moi" de Cédric Klapisch est une chercheuse en labo qui couve une dépression.

Ce n’est pas, selon moi, une vraie dépression parce qu’une dépression, c’est extrêmement lourd et ce serait difficile de faire un film là-dessus. Mélanie, mon personnage, souffre d’une crise de la trentaine. Elle a cherché à satisfaire les autres avant de se satisfaire elle-même. Elle couve un mal-être.

Deux moi | Bande-annonce

N’est-elle pas l’antithèse de vous?

Complètement. Mais je croisais tous les jours des amies qui avaient les mêmes questionnements que Mélanie dans le film. Aujourd’hui, on est dans une société où l’on cherche à la fois à construire une famille et une carrière. Comment lier cela et comment choisir l’homme qui coche toutes les cases? Il y a une surenchère d’exigences et de demandes qui nous empêche de nous reposer. La pression qu’on s’impose est très forte autant pour les femmes que pour les hommes confrontés, eux aussi, au patriarcat et au machisme.

Cinéma

"Deux moi" (sortie le 11/9)

Note: 4/5

De Cédric Klapisch. Avec François Civil, Ana Girardot, Eye Haïdara,…

 

Rémy, le personnage masculin du film peine également à exprimer tout ce qu’il a en lui. Ces deux caractères vont se trouver et comprendre que ce n’est pas un algorithme qui décidera de leur rencontre mais le hasard. Ils ne se contentent pas de ce que la société a décidé pour eux. Ils veulent mieux.

Ce film est un plaidoyer pour le retour des rencontres amoureuses dues au hasard, hors des réseaux sociaux.

Exactement. Les applications comme Tinder où l’on choisit un homme comme un morceau de viande, c’est quand même effrayant! On juge une personne sans la connaître. Et heureusement que nous sommes davantage qu’une valeur marchande.

Faire partie de la famille d’acteurs de Klapisch vous rend-il fière?

Bien sûr. Pour moi, il est l’un des grands réalisateurs français. Il a bercé mes premières émotions de cinéma. Et j’ai mis des années à pouvoir travailler avec lui. Et puis, sont arrivés "Ce qui nous lie" et "Deux moi". Il aime retravailler avec ses acteurs car, il sait que plus il avance avec eux, plus il peut les amener loin. Faire partie de sa famille, c’est extrêmement enrichissant.

Récemment, vous déclariez vouloir collaborer avec les frères Dardenne. Pourquoi?

J’aime les réalisateurs dotés d’une grande expérience et d’une patte personnelle. Ils savent où ils veulent aller et expérimentent à chaque fois. Cela dit, j’aime aussi beaucoup travailler sur des premiers films parce que, tout à coup, on découvre un autre univers. Mais collaborer avec des réalisateurs chevronnés, c’est très rassurant.

Vous est-il arrivé d’avoir affaire à des terreurs de réalisateurs?

Non, mon instinct m’a sauvé. Et puis, j’ai toujours privilégié la vie au cinéma. Et il m’est arrivé de préférer vivre et découvrir des choses plutôt que d’affronter des réalisateurs et réalisatrices pervers qui n’allaient pas forcément faire ressortir le meilleur de moi. Je n’ai pas pour autant de problème avec l’autorité.

"Il m’est arrivé de préférer vivre et découvrir des choses plutôt que d’affronter des réalisateurs et réalisatrices pervers qui n’allaient pas forcément faire ressortir le meilleur de moi."
Ana Girardot Actrice

Klapisch dit de vous que vous avez une beauté atteignable. Qu’en pensez-vous?

Il a raison. Je me suis toujours dit que c’était plus rigolo de faire la pas belle que de jouer la belle. Et de ne pas avoir trop conscience de mon apparence. Quand j’étais petite, j’aimais beaucoup Cameron Diaz. Elle ne craignait pas d’être ridicule tout en restant toujours fraîche et belle.

Vous planchez sur la réalisation de votre premier court-métrage que vous tournerez à Venise. Quel en sera le thème?

Il s’agit d’une demande en mariage qui tourne mal. Il y a une part de comédie dans ce sujet mais je m’y interroge sur le fait que les jeunes femmes d’aujourd’hui ont souvent encore besoin de se sentir validées par le mariage.

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