Annette Bening et Bill Nighy pour un duel au sommet

©Ascot Elite

Un duo d’acteurs en état de grâce, pour ce duel sans merci. Annette Bening contre Bill Nighy: qui l’emportera au paradis?

La romantique côte anglaise, falaises de craie à l’infini. Un ravissant cottage. Un couple vieillissant, elle adepte de promenades et de poésie, lui professeur d’histoire presque à la retraite. Mais une ombre plane sur ce joli tableau: le couple s’effrite. Elle lui reproche de "wikifier" à longueur de journée. C’est vrai qu’en tant que spécialiste de Napoléon, il aurait tendance à "corriger" la page consacrée à la campagne de Russie à l’infini… Lui se demande avec malice ce qu’elle trouve encore comme plaisir à se rendre à la messe. Lorsque leur fils revient passer quelques jours, la bouilloire domestique est prête à exploser. Edward crache le morceau: il a décidé de partir.

Drame romantique

"Hope Gap" ("Goodbye")

♥ ♥ ♥ ♥

De William Nicholson

Avec Annette Bening, Bill Nighy, Josh O’Connor…

Une situation à la fois parfaitement quotidienne et hautement dramatique. Deux acteurs en pleine possession de leurs moyens. Il n’en faut pas plus pour faire un bon film. Non pas deux mais trois acteurs: Annette Bening ("American Beauty", "The President and Miss Wade") et Bill Nighy (l’inoubliable rockeur sur le retour de "Love Actually"), auxquels il faut ajouter le jeune prodige Josh O’Connor, déjà vu en paysan du Yorkshire ("God’s Own Country"), et surtout en Prince Charles dans la saison 3 de "The Crown".

Alors certes à première vue il ne se passe presque rien. Mais il y a tout dans ce "presque". Les petits poisons que l’on sème avec ce sadisme mou qui vient avec le temps. Les faux espoirs d’une éternelle jeunesse qui revient nous hanter, celle où on se parlait, celle où on se plaisait. L’amour qui pourrait revenir, ravivé par un courant d’air, si l’autre acceptait au moins de se confier. "Est-ce que nous sommes heureux?", demande Grace à Edward. "Qu’est-ce qui nous manque?" Ce manque, le spectateur ne peut s’empêcher de le ramener à sa propre vie. De quelle matière est faite le bonheur? Quelle est son unité de mesure, combien en faut-il? Elle, Grace, irritante avec ses questions, ses procès d’intention, ses discussions infinies qui ne ressusciteront rien. Lui, Edward, qui ne sait quelle route emprunter… si ce n’est celle, tellement masculine, tellement banale, de la fuite…

William Nicholson vient réveiller en nous des frustrations sous-jacentes, appuyant avec légèreté mais insistance là où ça fait mal.

On l’a compris, "Hope Gap" joue sur les creux, les ombres. Il s’agit de l’adaptation d’une pièce de théâtre, par son auteur, William Nicholson, qui n’est pas le premier venu. Le scénariste de "Gladiator" ou "Elisabeth" vient réveiller en nous des frustrations sous-jacentes, appuyant avec légèreté mais insistance là où ça fait mal. Les dialogues, d’une apparente banalité, sont en fait écrits avec une précision infernale. Et les personnages, d’abord emblématiques de pôles masculin-féminin bien connus, se révèlent d’une épaisseur rare.

Vous l’avez compris, si vous aimez l’Angleterre, les grands acteurs, et les dialogues qui font mouche, n’hésitez plus, et plongez à pieds joints dans ce "Hope Gap".

Bande-annonce "Hope Gap"

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