Au ciné cette semaine

Alex Lutz est non seulement un acteur transformiste génial, mais aussi un réalisateur de talent. ©AFP

Pour la comédie, l’humanité de Joe Dassin, la classe d’Hugues Aufray, et la voix d’Alain Barrière: voici Guy Jamet. Du côté des thrillers, "Burning" joue avec nos nerfs avec des séquences d’un réalisme parfait, mais qui prennent le temps d’être dans la vraie vie.

Guy, le sous-Delpech

Comédie

"Guy"

Note: 4/5

D’Alex Lutz. Avec Alex Lutz, Pascale Arbillot, Tom Dingler,…

La vie est étrange. Alors qu’Alex Lutz ("La revue de presse de Catherine et Liliane" sur Canal +) en faisait des tonnes en Fantasio début d’année dans le presque irregardable "Les aventures de Spirou et Fantasio", il préparait néanmoins un petit film d’auteur génial, aujourd’hui sur les écrans: "Guy". Soit l’histoire d’un chanteur septuagénaire ayant connu son heure de gloire au temps des yéyés, puis du disco, puis des années 80. Un sous-Claude François? Un sous-Sardou? Non: un sous-Delpech – ce qui est déjà beaucoup mieux.

Le film est un documentaire, ou plutôt un mix des rushs d’un futur portrait de l’artiste. Derrière la caméra: Gauthier, fils illégitime qui vient de perdre sa mère, laquelle lui a laissé dans une enveloppe le secret de sa naissance. Pathos? Complaisance? Maladresses dans la mise en scène? Rien de tout cela. Alex Lutz prouve qu’il en a sous le pied. Comme metteur en scène d’abord, il nous embarque dans un faux rythme poétique où on partage le quotidien de l’ex-star des sixties, son cabanon en Provence, sa compagne actrice de série, son orchestre, ses fans, ses galas…

Comme acteur, il nous propose une transfiguration physique tellement géniale qu’elle fait bifurquer le film vers d’autres questionnements. Alors qu’on était parti vers la filiation et la vieillesse, nous voici face au plaisir de vivre, à la musique, à la vocation, à la condition d’artiste. La seconde moitié du film – souvent plus faible quand le concept est aussi fort – tient toutes ses promesses. On ressort de la salle avec le désir secret, lors d’une prochaine brocante, de tomber sur un best-of de Guy Jamet. En attendant on se consolera avec son regard, ses silences, ses formules… et son somptueux trio improvisé avec Julien Clerc et Dani. Une étoile est née – et qu’importe si elle est sur le retour.

"Burning, thriller à la coréenne

Thriller

"Burning"

Note: 4/5

De Lee Chang-dong. Avec Steven Yeun, Yo Ah-in, Jeon Jong-seo

Jongsu, coursier, croise Haemi, qui était dans la même classe que lui. Ils vont prendre un verre, les corps s’aimantent… Haemi lui demande de garder son chat (imaginaire) pendant qu’elle part voyager en Afrique. Lorsqu’elle revient, c’est accompagnée de Ben, un bellâtre aisé. Jongsu ne sait plus quelle est sa place. Pour passer le temps, il va au procès de son père, éleveur accusé de violences. Jusqu’au jour où Haemi disparaît. Jongsu doit alors se résoudre à fréquenter Ben, s’il veut la retrouver…

Voici un film qui joue avec nos nerfs. Des séquences d’un réalisme parfait, mais qui prennent le temps d’être dans la vraie vie. Jusqu’à l’hypnose. Mais ce flirt avec l’ennui est lourd de sens: mieux nous immerger dans les affres du héros, ses doutes, ses errances, son apathie. Lorsqu’il s’ébrouera, ce sera pour nous emmener dans les rouages d’un suspense torve, d’autant plus réussi qu’il aura pris le temps de nous prendre par la main…

Huit ans après l’émouvant "Poetry", prix du scénario à Cannes, Lee Chang-dong, romancier, cinéaste et ancien élu politique, livre un thriller métaphysique, servi par une image incroyable, un rythme à part et une mise en scène d’une subtilité rare. Le cinéma coréen reste au sommet.

Dans Burning, le flirt avec l'ennui nous immerge dans les affres de son héros. ©RV DOC

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