Au festival PleinOpenAir, la voiture crève (à) l'écran

©Saskia Vanderstichele

Campé sous le viaduc Herrmann-Debroux et dans ces halles où les occasions sont envoyées en Afrique, le festival PleinOpenAir du cinéma Nova joue la provocation et met la voiture à l’index.

Vingt ans après avoir débuté par une projection sauvage sur un mur du boulevard Jacqmain, le Nova poursuit son œuvre politique en interrogeant le vivre-ensemble par le truchement du cinéma. Thème de son festival PleinOpenAir: la voiture. "On vit avec la voiture au quotidien et pourtant on ne veut plus la voir!" Un paradoxe que souligne Claire Scohier, co-organisatrice d’un festival qui s’invite, vendredi 24 et samedi 25 août… sous le viaduc Herrmann-Debroux, côté forêt, là où l’E411 vomit chaque jour son flot de véhicules fumants. L’endroit idéal pour voir "Home", d’Ursula Meier, qui dépeint une famille vivant au bord d’une autoroute abandonnée. Elle sert de terrain de jeu aux enfants et on y organise des barbecues… jusqu’à ce que les travaux de la voirie reprennent et que les moteurs vrombissent.

Death Race 2000 - Top Scenes

On y verra aussi "Death race 2000", une série B de 1975 avec un David Carradine en grande forme pour la "Grande Course Transcontinentale", où on gagne des points en écrasant des piétons et des bonus en percutant femmes, enfants et vieillards…

"On vit avec la voiture au quotidien et pourtant on ne veut plus la voir!"
Claire Scohier
Co-organisatrice

Une programmation "plus grand public" qu’au cinéma Nova, réputé alternatif et pointu, reconnaissent les organisatrices: "Il s’agit d’un moment festif; on cherche ainsi à toucher un public qui n’est pas seulement celui qui fréquente le Nova".

Mais la réflexion n’en est jamais absente, comme en témoigne la projection de "Divine carcasse" (le mercredi 29/8 au théâtre Océan Nord), qui retrace les multiples vies d’une vieille Peugeot, chargée sur un cargo en France, destination Cotonou. La réalisatrice, Dominique Loreau (qui participera à un débat, à l’issue de la projection), a mis en scène des personnages qui jouent presque tous leur propre rôle: l’expat’ français qui cède la voiture à son cuisinier Joseph, lequel en fait un taxi clandestin avant que des garagistes tentent de lui redonner un second souffle et qu’un forgeron-sculpteur s’occupe de lui donner une nouvelle nature.

Et, ce n’est pas un hasard, le second week-end du festival (31/8 et 1/9) se déroule aux halles Libelco, en bordure du Canal (photo). Dans ce vaste hangar défilent les voitures d’occasion qui seront affrétées vers l’Afrique. "Un lieu de recyclage de voitures mais qu’on ne veut pas voir", ironisent les organisatrices. Et une activité économique vitale pour le quartier. Or, d’ici la fin de l’année, les garagistes vont devoir trouver de nouveaux locaux. "La question de l’avenir du quartier va se poser", commente Katia Rossini, cofondatrice du Nova, en écho à l’exposition à voir en marge du film, "Résistances ordinaires d’un quartier populaire".

Les films

Le festival ne se limite pas au cinéma et ajoute animations, débats, concerts, expositions et ateliers aux films ci-dessous.

24 >25.8 Week-end #1 (sous le viaduc Herrmann-Debroux)

24.8 "Home", d’Ursula Meier (2008): "la petite maison dans la prairie"… version autoroute. "Les rats", d’Émilie Dumas (2015), racontée par Jean Rochefort. 25.8 "Death race 2000", de Paul Bartel (1975): la course de la mort avec Carradine et Stallone.

31.8 >1.9 Week-end #2 (halles Libelco, 79 quai de l’Industrie)

31.8 "The Blues Brothers", de John Landis (1980), comédie musicale et courses-poursuites déjantées. 1.9 "Cocorico Monsieur Poulet", de Jean Rouch (1977), avec sa 2 CV fichue.

Mercredis (théâtre Océan Nord)

22.8 "Extérieur rue", d’Anne Closset et Carmen Blanco (2009): chronique de la rue Vandeweyer, à Schaerbeek, suivie des témoignages des riverains de la place Lehon. 29.8 "Divine Carcasse", de Dominique Loreau (1998): toutes les vies d’une vieille Peugeot qui part pour l’Afrique.

Les riverains contre la voiture

Autre quartier menacé par les aléas de l’automobile et de la promotion immobilière: la place Lehon, à Schaerbeek. La société Interparking a projeté d’y réaliser un parking souterrain qui pourrait compromettre la bonne entente qui y règne. Le festival devait d’ailleurs y démarrer, avec la projection de témoignages de riverains qui brocardent "l’absence de réflexion" sur la place de la voiture en ville et les projets "désastreux et incohérents". Las, la commune de Schaerbeek n’a autorisé la présence du festival PleinOpenAir qu’à condition que ce film ne soit pas projeté, arguant qu’il "ne rentrerait pas dans le contenu du programme de prévention d’urbanisme de la commune".

Les organisatrices du festival y voient plutôt une décision politique et le symptôme d’une certaine dérive événementielle de la culture à Bruxelles. "Il y a de plus en plus d’événements à une grande échelle, qui occupent l’espace public, qui produisent des décibels. Nous, on propose quelque chose à une plus petite échelle et on est confronté à ces contraintes", constate Katia, déçue qu’il soit si compliqué de diversifier l’offre culturelle à Bruxelles.

Pour autant, le film litigieux sera bien diffusé, mais au théâtre Océan Nord, voué aux "mercredis" du festival. Il sera précédé d’"Extérieur rue", la chronique de la rue Vandeweyer, juste à côté de la place Lehon, réalisée il y a 10 ans par Anne Closset et Carmen Blanco. Cette fiction documentaire, tournée au fil des saisons, dépeint un petit groupe de voisins, bien décidés à inventer une autre manière de vivre ensemble et à l’opposer au "chacun chez soi". On est engagé ou pas!

Festival PleinOpenAir: jusqu’au samedi 1/9: www.nova-cinema.org

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