Aux courses de homards et de canards d'Anne la folle

©Photo News

Drame | Personne ne s’attendait à ce que le déjanté Yorgos Lanthimos s’attaque à un film d’époque. Avec "La favorite", il élève le genre. Baroque, loufoque, drôle et cruelle, voici l’histoire de la folle reine Anne d’Angleterre.

On sait que le Grec Yorgos Lanthimos affectionne le bizarre-étrange. "The lobster" et "Mise à mort du cerf sacré", ses précédents films – primés à Cannes – en ont fait l’ample démonstration. Avec l’histoire vraie de la reine Anne d’Angleterre, dernière de la dynastie des Stuart qui régna au début du XVIIIe siècle, il trouve une formidable matière première. Monarque moins célèbre qu’Elizabeth I, Anne avait certes moins de panache.

"La favorite"

Note: 4/5

De Yórgos Lánthimos.

Avec Olivia Colman, Emma Stone, Rachel Weisz,…

Aussi, c’est bien la première fois qu’elle est le sujet d’un film. Fragilisée par dix-sept grossesses consécutives et affaiblie par la goutte, sa majesté vivait quasiment recluse dans son palais. Pour l’égayer, sa cour organisait des courses de canards ou de homards. Et ça, le homard, depuis "The lobster", on sait que Lanthimos aime ça… Le film démarre donc avec cette hallucinante réunion de courtisans emperruqués s’enthousiasmant pour le marathon des canards.

Combat de femmes

"La favorite" est, au-delà de cette parfaite description d’une cour royale méconnaissant et dédaignant totalement ce qu’il se passe à l’extérieur, le récit d’un duel entre deux femmes pour le titre de favorite. La favorite en place, Sarah, impeccable Rachel Weisz, facilite la carrière de son époux et favorise le parti des Whigs. Elle compte, en outre, anéantir l’armée française. Ne doutant jamais de son ascendant sur la reine Anne, elle accueille Abigail, une petite-cousine pauvre venue de sa campagne.

Bande-annonce

Interprétée par la surprenante Emma Stone, elle découvrira la véritable nature des liens entre la favorite et la reine. En effet, les deux femmes entretenaient secrètement une relation homosexuelle. Habile, la petite-cousine réussira à gagner les faveurs de cette reine démente. Le talent du réalisateur est de conter cette rivalité entre dames avec subtilité et une certaine drôlerie. Sa mise en scène n’est jamais pesante, ni conventionnelle. Elle est même parfois punk! Un peu comme si l’excentricité de ces nobles Anglais du dix-huitième avait trouvé un écho dans la punkitude de ce cinéaste qui refuse toute catégorisation.

Trash flamboyant

La cour d’Anne d’Angleterre était d’un trash flamboyant. Les rares moments de pure tendresse consistaient pour la reine à prendre dans ses bras l’un des dix-sept lapins qui vivaient dans ses appartements. Dix-sept lapins soit le nombre exact de ses enfants morts. Car aucun de ses enfants n’avait survécu. Olivia Colman confère à cette reine méconnue une dimension aussi tragique que loufoque. Cette actrice anglaise a fait jusqu’ici l’essentiel de sa carrière dans des séries télés. Elle reprendra d’ailleurs le rôle d’Elizabeth II dans la suite de la série "The crown".

Sa prestation dans "La favorite" lui a déjà valu d’être récompensée à la Mostra de Venise et, ce dimanche, aux Golden Globes. La voilà sans doute dans la course aux Oscars!

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