Avec Wonder Woman, le féminin l'emporte

©Warner Bros

L’actrice israélienne Gal Gadot campe une Amazone venue faire triompher le bien. Film de super-héros ou brûlot féministe? Les deux!

Cinéma

"Wonder Woman"

Note: 3/5
de Patty Jenkins
avec Gal Gadot, Chris Pine, David Thewlis, Robin Wright, Connie Nielsen ... 

Pauvres Batman et Superman. On imagine les deux lascars, la virilité en berne, à taper la carte au fond d’une cave de Gotham City, en attendant que ça passe. Car il n’y en a plus que pour elle: la Femme Merveille, alias Wonder Woman. L’Amazone déferle sur le monde, emportant tout sur son passage, y compris quelques centaines de millions de dollars au box-office mondial – où elle n’a fait qu’une bouchée de Tom Cruise. Diana Prince offre à la planète, en même temps que sa première vraie super-héroïne, l’occasion de célébrer la féminité dans toute sa gloire: intelligence, grâce, force et – oui – sentiment.

©Warner Bros. Ent.

Diana, princesse des Amazones, n’a qu’une mission: garantir la paix et combattre Arès, dieu de la guerre. Mais sa mère la garde à l’abri sur leur île paradisiaque en dehors du temps. Jusqu’au jour où un aviateur déboule en catastrophe. Diana le sauve de ses poursuivants – l’armée allemande sous la forme d’un cuirassé – et comprend qu’une guerre atroce ravage le reste de la planète. Elle s’empare de l’épée "Tueuse de dieux" pour rejoindre une Europe à feu et à sang – car nous sommes en 1918.

Son beau pilote lui fait comprendre qu’Arès n’est qu’une métaphore: si on veut combattre le mal, pourquoi ne pas commencer par les Allemands et leur nouveau gaz de combat? Diana met, momentanément, Arès de côté et apporte son aide. La voici en Belgique, dans les tranchées. Lorsqu’une frêle jeune femme sort son épée et son bouclier pour partir à l’attaque, les poilus font une drôle de tête. Mais il y a un détail qu’ils ignorent: cette bombe a(na)tomique est la fille préférée du roi des dieux, un certain Zeus…

 

La femme est l’avenir de l’homme

On a tous eu un héros à soi. Un exemple à suivre, qu’on imitait d’un pas cadencé sur le chemin de l’école, ou plus tard, du bureau. Celui dont on connaît toutes les forces et tous les tourments. Celui dont on sait chaque inflexion de voix, les parades secrètes, et les moments où il pourrait flancher. Avant de finir par l’emporter. Sauf qu’aujourd’hui ce n’est plus "celui". C’est "celle". Les petites filles – et même les petits garçons, ne soyons pas "sexiste à l’envers" – peuvent enfin rivaliser avec tous les héros machos: il leur suffit de croiser les avant-bras en signe de puissance.

©Warner Bros. Ent.

Il faut l’admettre: en comparaison, les autres font relativement pâle figure. Batman n’est qu’un vulgaire humain, richissime certes, et Superman possède un sacré talon d’Achille sous la forme d’un cristal verdâtre – la kryptonite. Diana Prince, avec son statut de déesse grecque, se pose là. Immortelle, elle choisit néanmoins de vivre parmi les hommes, comme un certain… Jésus de Nazareth. Le film ne se prive d’ailleurs pas de se livrer à une variation sur la figure christique, avec des images d’assomptions que n’auraient pas reniées le Titien ou Tintoret.

Cette féminité de déesse suprême est parfaitement assumée au deuxième acte – le meilleur – où le film emprunte la route, classique au cinéma, du duel homme-femme, avec joutes verbales sur fond de séduction. Diana doit s’habituer au monde moderne, en même temps qu’elle sauve sans arrêt la vie de son compagnon. Les principaux bémols surgissent avec les personnages masculins (Steve, Arès…), schématiques, et les moments où l’action reprend le dessus, pour plaire à un public plus… masculin?

Malgré l’interdiction (temporaire?) du film dans certains pays arabes, sous prétexte que Gal Gadot a fait son service militaire (pourtant obligatoire) dans l’armée israélienne, Wonder Woman fait l’unanimité autour de l’actrice, son physique époustouflant, son charme absolu, et sa surpuissance toute en finesse. Dans l’inconscient mondial, le vocable Amazon(e) est en train de reconquérir sa place: non plus synonyme de livraison en un clic, mais bien celui d’Eternel féminin.

 

Être une femme (de cinéma)

La déferlante Wonder Woman pose la question de la place de la femme au cinéma, devant mais aussi derrière la caméra… Pourquoi le monde a-t-il dû attendre si longtemps une superhéroïne? Il y a bien eu Katniss Everdeen (la franchise "Hunger Games") ou la Triss de "Divergente". Mais il s’agissait bien sûr d’adolescentes, pas de "femme faite", et donc d’un autre archétype. On se souvient aussi de Cat Woman (Halle Berry), mais son film "personnel" avait été un semi-échec. Pour trouver un vrai précédent en termes d’héroïne planétaire il faut remonter au classique Disney "Mulan" (1998), et à l’ironie de sa chanson emblématique: "Comme un homme".

Gal Gadot est Wonder Woman ©Photo News

Quant à la place (beaucoup trop discrète) des actrices, productrices et réalisatrices, les femmes – et les hommes de bonne volonté – semblent vouloir se donner les moyens d’une future parité. On a beaucoup parlé à Cannes de l’initiative "Women in motion", lancée par le groupe de luxe Kering (François-Henri Pinault). Diane Kruger, Isabelle Huppert ou Salma Hayek ont pris la parole, non pour revendiquer, mais pour attirer l’attention, chiffres à l’appui, sur le trop petit nombre des femmes acceptées par le milieu. Même si pour "Wonder Woman", c’est Patty Jenkins qui s’y colle – l’auteure du "Monster" qui avait valu un oscar à Charlize Theron, il s’agit de l’arbre qui cache la forêt.

Chez nous, le Boost Camp lancé par Diana Elbaum pour faire émerger les talents féminins poursuit sa route, avec livraison des premiers films l’année prochaine.

En attendant, les réalisatrices belges réagissaient la semaine dernière au programme des 50 ans du Centre du Cinéma en dénonçant seulement 20% de "films de femmes"… Un chiffre "sans doute à déplorer", a commenté Jeanne Brunfaut, la directrice du Centre, mais qui reflète néanmoins "la réalité de ces 50 dernières années". En attendant mieux?

Wonder Woman (2017) - Bande Annonce VF

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