"Babyteeth" | Folle maturité de la jeunesse

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Remarqué à Venise, ce premier film australien célèbre la liberté, et nous encourage à vivre chaque jour comme si c’était le dernier.

Milla, lycéenne de 16 ans, attend le métro quand Moses, un jeune chien fou tatoué hilare, la bouscule et prétend lui avoir sauvé la vie. Sur le quai redevenu désert, il lui demande de l’argent en dépannage: il a été mis à la porte de son foyer. Milla lui donne 50 dollars. Mais pour ce prix-là, elle veut quelque chose en échange: que Moses lui coupe les cheveux. Marché conclu. Commence alors une amitié improbable, où l’amour (du côté de Milla), et les combines (du côté de Moses) vont jouer à cache-cache. Un petit jeu qui n’est pas pour plaire aux parents de la jeune fille. Tour à tour surprotecteurs et totalement permissifs, ils essaient d’offrir à Milla les meilleurs moments possibles. Car une épée de Damoclès pend au-dessus de sa tête, sous forme de vomissements, et de médicaments qui ressemblent un peu trop à une chimiothérapie…

Chaque minute compte, nous dit ce film à la fois rafraîchissant comme un thé glacé, et roboratif comme un menu de fête.

Ô grâce infinie des premiers films… Quelques maladresses parfois, mais pour mieux laisser s’exprimer la liberté. Liberté de ton, de cadre, de rythme. Liberté aussi dans les profils psychologiques, jamais prévisibles mais toujours justes. Comment on se tourne autour. Comment "on n’est pas sérieux quand on a 17 ans". Comment on essaie de vivre au jour le jour avec une fille unique en mauvaise posture médicale, mais qui a droit à une vie comme les autres.

Chaque minute compte, nous dit ce film à la fois rafraîchissant comme un thé glacé, et roboratif comme un menu de fête. Chaque jour peut voir éclore le moment parfait qui donnera du poids, du sens à tout le reste. Pour servir une écriture légère dans la gravité, des acteurs épatants: si Toby Wallace a remporté le prix du meilleur espoir au festival de Venise l’année dernière, c’est bien sûr Eliza Scanlen qui imprime sa marque en nous, elle qu’on avait déjà remarquée en petite sœur d’Amy Adams dans "Sharp Objects", et en Beth dans "Little Women". 

Trois question à Shannon Murphy, réalisatrice de "Babyteeth"

Comment travaille-t-on pour créer ce degré de liberté, cet appétit de vie?

Depuis que je suis sortie de l’école, j’ai souvent donné des cours d’art dramatique à des ados. C’est un âge magnifique, ils ont tellement de choses à dire, ils sont à la fois des éponges et capables de camper infiniment sur leurs positions. Je voulais pouvoir capturer ça dans mon film. Les teenagers sont souvent caricaturés, on formate des produits spécialement pour eux, leur vision du monde n’est pas traitée à sa juste valeur, cette électricité, ce côté fébrile mais visionnaire. Notre société orchestre un combat entre eux qui ne veulent pas écouter, qui veulent tenter des choses, et les adultes qui ont prévu un moule "pour leur bien".

Quelles techniques avez-vous utilisées avec vos acteurs?

J’intègre dans mon travail la théorie du chaos. Comme sur n’import quel film, tout est préparé à l’extrême, mais je choisis des acteurs très libres. Je leur lance des idées, ils me les renvoient, n’hésitent pas à proposer des choses surprenantes à mesure qu’on enchaîne les prises. Eliza est plus cérébrale, donc nous avons eu de nombreuses discussions avant le tournage. Toby, lui, avait besoin que je lui raconte plein de détails sur son personnage, juste avant de tourner. Tout cela doit rester organique.

Tous ceux qui côtoient Milla développent un nouveau rapport à ce qui fait le prix de la vie…

Il existe cette notion de pré-deuil. Les parents qui ont un enfant gravement malade entrent dans cette logique où la peur vous fait à la fois apprécier et redouter tous les moments "qui restent". Paralysie et appétit: peut-être que nous souffrons tous un peu de ce syndrome, face à la vie? Milla voudrait qu’on soit simplement honnête, lucide; elle possède cette force de la jeunesse. Sommes-nous capables de cette lucidité? Est-ce que c’est là une condition pour réellement entrer dans le temps qui nous est imparti, à chacun? Je crois que la jeunesse possède beaucoup de réponses. Des réponses terribles, parce qu’elles sont simples, parce qu’elles sont vraies. Écoutons-les.

Bande-annonce "Babyteeth"

Comédie dramatique

"Babyteeth" ("Milla")

♥ ♥ ♥ ♥

De Shannon Murphy,

avec Eliza Scanlen, Tobby Wallace, Ben Mendelsohn, Essie Davis…

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