Benoît Poelvoorde: "Si j'étais un supporter de foot, je serais un sacré connard"

©Quentin Dupieux

Benoît est à son poste à l’Hôtel Costes à Paris. Et aussi dans le nouveau film de Quentin Dupieux, "Au poste", qui sort ce 11 juillet. Une belle occasion de lui faire passer un interrogatoire serré.

Benoît Poelvoorde a décidé tout récemment de ne plus boire durant la promo de ses films. Donc, devant lui, il y a juste un verre d’eau. Mais cela ne signifie pas que l’interview ne sera pas pétillante. On vous rassure. Pour commencer, "Au poste", de Quentin Dupieux – qui, quand il fait de la musique, s’appelle Mr Oizo – est un polar où tout part en sucette. Cela tient même du délire. "Ce que j’aime bien dans ce film, c’est qu’il est un petit bijou de rire. Il est décalé. L’absurde fait peur aux gens mais là, pas du tout. Le mec est super doué. En plus, le tournage a été super rapide. On n’a fait que travailler. Dans la plupart des films, on s’emmerde dans sa loge. T’attends, t’attends, t’attends. Là, c’est le nouveau cinéma. Ça va aller très vite." Ce film est un petit budget, ceci explique cela. "Du coup, on doit moins se stresser au moment de la sortie."

Au poste (Bande-annonce)


C’est qui, ce rappeur?

Une chose que Benoît ne fait plus jamais, ce sont des capsules télé hilarantes comme le mythique "Mr Manatane" que diffusait naguère Canal + dans ses années glorieuses. "Sur quelle chaîne pourrait-on diffuser cela aujourd’hui, se demande-t-il. On est dans une époque du politiquement correct où la moindre blague passe pour être déplacée. Le contrôle de la pensée est inquiétant."

Monsieur Manatane éleveur de champion

On comprend encore mieux que l’acteur a choisi de donner de sa personne dans "Au poste". Son personnage y est on ne peut plus disjoncté. Commissaire de police, il tape à la machine à deux doigts et passe ses communications privées durant l’interrogatoire d’un suspect. "C’est un flic qui a tout son temps. Il est terre à terre. Et plus le mec en face de lui parle, plus il lui paraît suspect. Après, ce flic n’est pas une boule d’énergie, j’en conviens." On remarque au passage que son personnage est très maniaque. "Moi, je suis très, très maniaque aussi", reconnaît-il.

Dans "Au poste", le fils du flic de service est interprété par Orelsan. Benoît ignorait complètement de qui il s’agissait vu qu’il "n’écoute plus que de la musique de vieux". "Quand on m’a dit que j’allais jouer avec une star du rap, je m’attendais à voir un type avec de l’or dans la bouche et une montre en or autour du cou." Orelsan n’est pas du tout comme ça. Benoît l’a trouvé très poli et très gentil.

Orelsan - La pluie (feat. Stromae)

Une âme de hooligan

Si le rap n’est pas sa tasse de thé, le football ne l’est pas davantage. "Mais j’adore les gens qui aiment le football. J’adore faire la fête avec ceux qui regardent le foot, parce que c’est un moment où tout le monde communie. J’ai regardé le match de la Belgique contre la Tunisie chez des potes et je me suis rendu compte que si j’étais un supporter de foot, je serais un sacré connard. Devant l’écran, j’étais méchant, méchant. Comme quand je suis en bagnole. Je voyais des fautes partout alors que je n’y connais rien. J’ai pris ça très à cœur. J’ai une fois assisté à un match Standard-Bruges et je faisais des doigts d’honneur aux Brugeois. Je pense que j’ai une âme de hooligan."

Benoît se souvient s’être fait une fois casser la gueule. Mais ce n’était pas dans un stade. "C’était à un barbecue. Il y avait un mec qui embêtait les filles. Je me suis levé, je l’ai tapé avec une canne. Et après, je me suis fait massacrer comme dans les films. Mais enfin, c’était pour une noble cause."

Passera-t-il, un jour, à la réalisation à l’instar de François Damiens et des frères Renier? "Non. J’ai eu longtemps cette idée quand j’étais jeune (il aura 55 ans fin septembre, NDLR), mais là, je n’ai rien à dire. Pourquoi irais-je embêter les gens avec mon avis sur quelque chose? Je n’ai pas d’avis." On remarque aussi qu’on n’entend jamais Poelvoorde s’exprimer sur les grandes questions du moment: les migrants, la montée de l’extrême droite en Europe,… "Quand j’étais petit, ma mère disait: 'Il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Le problème de notre époque, c’est que tout le monde donne son avis sur tout. Je ne suis pas sur les réseaux sociaux. Je trouve qu’il y a des gens plus malins et plus compétents que moi sur ces questions. Et ce n’est pas mon boulot."

Biographie d’acteur

Dans une récente interview au Monde, Benoît a déclaré qu’il aimerait ouvrir un café/bistrot. Mais voilà, il ne se souvient plus l’avoir dit. "Si j’étais patron de bistrot, je boirais tous mes bénéfices. Je peux dire des âneries. Si je n’étais pas acteur, j’aimerais m’occuper des listes de mariages dans un grand magasin. Parce qu’on ne rencontre que des gens heureux. Je préférerais faire ça qu’un boulot où on en prend plein la gueule toute la journée. Sinon, les musiciens, ils sont heureux. Et les acteurs de théâtre aussi." Poelvoorde n’est plus remonté sur une scène de théâtre – pour son excellent one-man-show "Modèle déposé" – depuis 1996. "Je suis trop paresseux pour faire du théâtre. Et puis, j’avais tout le temps peur. Je ne suis pas assez discipliné pour ça."

Le grand bain (Bande-annonce)


Pour quelqu’un de paresseux, on peut dire qu’il bosse beaucoup. Genre six films en deux ans. Prochainement, on le verra dans "Le grand bain" de Gilles Lellouche et aussi dans "Blanche-Neige" d’Anne Fontaine. Dans ce dernier film, il retrouve Isabelle Huppert avec laquelle il avait joué "Mon pire cauchemar" en 2011. "Isabelle Huppert, égale à elle-même. Mon petit robot roux. Il n’y en a qu’une. C’est un phénomène. Le cinéma, c’est toute sa vie. C’est difficile à expliquer à moins d’en faire un livre." Cela dit, Benoît ne lit pas les biographies d’acteurs.

Sa mère, par contre, oui. "Elle trouve ces biographies chez Emmaüs et me casse les oreilles avec ça. Elle me dit: 'Eh bien, tu vois, il a fait une dépression, eh bien, tu vois, il s’est suicidé'… Moi, je lui dis de ne pas croire toutes ces âneries." Même si sa mère s’en fait toujours pour lui, elle se porte plutôt bien. "Elle a 76 ans. Elle est maigre mais elle mange comme quatre."

S’il pouvait mener un interrogatoire comme dans "Au poste", Benoît aimerait poser des questions au Roi. "Le Roi Philippe ou le Roi Albert. J’aimerais savoir comment ça se passe au Palais. Comment il se lève le matin. Moi, j’aime bien la monarchie." Qu’on lui donne vite un rôle de monarque au cinéma!

"Au Poste" de Quentin Dupieux sort ce 11 juillet.

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