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"Black Widow" nous sert du pseudo-féminisme à la sauce Marvel

Scarlett Johansson en Black Widow dans le film du même nom qui sort en salles ce mercredi.

"Black Widow", sur les écrans ce mercredi et sur Disney+ dès vendredi, nous offre un mix indigeste entre espionnage, super-héroïnes et néo-féminisme. Aïe.

Deux petites filles dans un jardin, dont une qui a les cheveux bleus pour montrer que, plus tard, elle sera farouche. Elles regardent les lucioles. Arrive la maman (Rachel Weisz mais il y a 15 ans, merci les effets spéciaux) qui leur dit: "Votre souffrance vous rendra plus fortes" (une des filles s’est fait mal, il faut croire). Le papa revient du travail: c’est le grand type déjà vu dans "Stranger Things". Lui, il leur dit: "C’est aujourd’hui le grand jour de l’aventure dont je vous ai parlé, vous vous souvenez?"

Quelques minutes plus tard, la fille aux cheveux bleus doit faire décoller un avion de tourisme parce que Maman s’est pris une balle (ouille) et que Papa est sur l’aile en train de tirer sur les méchants avec un fusil comme à la foire. Vous suivez? Non? Alors accrochez-vous. L’avion atterrit à Cuba, parce que toute la famille est d’origine russe. Maman est emmenée, Papa dit: "Tout ira bien." On pique les filles dans le cou avec des seringues pour qu’elles dorment.

Trop de musiques trop sombres. Trop de batailles trop chorégraphiées. Trop de chassés-croisés trop haletants. Trop, trop, trop.

Générique: sur une reprise doucereuse de Nirvana, les images s’enchaînent pour nous rappeler qui est Black Widow, des fois qu’on aurait oublié. Ça sent bon les fausses identités, les parents espions russes installés en Ohio, la Guerre froide (ou ce qu’il en reste dans les années 90), le capitalisme et son individualisme forcené contre les relents communistes d’une uniformité subie.

Quand on revient à l’action, la fille aux cheveux bleus est devenue Scarlett Johansson (on s’en doutait), mais cette fois avec des cheveux roux. On nous rappelle incidemment que les Avengers sont traqués à travers toute la planète. On voit du pays. Direction une caravane en Norvège où Black Widow regarde un vieux James Bond avec Michael Lonsdale dans le rôle du méchant. On sent que ça va barder bientôt, car l’ambiance est beaucoup trop calme pour ce genre de film. Et donc, ça barde…

Bande-annonce "Black Widow"

Super-navrant

Les vrais super-héros d’aujourd’hui, ce sont les réalisateurs des films Marvel. La preuve: leurs moyens financiers sont (presque) infinis (pour ce film-ci, on atteint les 200 millions de dollars!). Et avec les différents univers tels que Avengers, Thor, Spider-Man ou encore Iron Man, il ne se passe pas un an sans qu’ils n’aient un nouveau joujou à agiter. Hélas. Rien de plus énervant qu’un réalisateur super-héros qui ne fait pas un bon usage de ses super-pouvoirs. Et c’est malheureusement ce qui se passe ici…

Le film veut absolument remplir un cahier des charges boursoufflé et n’arrive pas à choisir entre Jason Bourne et Super Jaimie.

Trop de musiques trop sombres. Trop de batailles trop chorégraphiées. Trop de chassés-croisés trop haletants. Trop, trop, trop. Résultat des courses(-poursuites): le spectateur se met à collectionner mentalement les aberrations. À commencer par l’incursion d’éléments fantastico-héroïques là où prévaut une ambiance d’espionnage. Les boucliers blindés qu’on se jette à la face et les forces surhumaines semblent hors de propos, voire parodiques. Subis comme autant de cheveux sur la soupe, ces éléments nous sortent sans arrêt du film.

Le film veut absolument remplir un cahier des charges boursoufflé et n’arrive pas à choisir entre Jason Bourne et Super Jaimie. Accents russes à couper au couteau, ironie mal dosée des dialogues, décors grandioses mal incrustés comme dans un vieux jeu vidéo: rien ne nous est épargné.

Mais le plus énervant de tout, c’est bien sûr le discours pseudo-féministe qui s’épaissit comme une sauce trop grasse. Simone de Beauvoir doit se retourner dans sa tombe. Et d’ailleurs, on aimerait bien qu’elle surgisse littéralement de son sépulcre, Super-Simone, telle une Wonder Woman mécontente aux dons héroïques assumés. Elle pourrait expliquer aux scénaristes américains qu’on ne peut pas prôner la liberté de la femme après en avoir fait un objet bataillant bêtement pendant deux heures et quart, dans un contexte global d’un fort écœurant machisme assumé.

Fantastique/Action

«Black Widow»

Par Cate Shortland

Avec Scarlett Johansson, Florence Pugh, David Harbour

À voir à partir du 6/07

Note de L'Echo:

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