interview

Bouli Lanners à la recherche de sa féminité

On n’a jamais vu Bouli Lanners comme ça: incroyablement libre. ©Mars Films

On avait découvert Claire Burger à Cannes en 2014, où elle a gagné la Caméra d’Or pour "Party Girl". Elle invite notre Bouli national dans son univers, et revisite avec lui la notion de virilité.

Qu’on se le dise: on n’a jamais vu Bouli Lanners comme ça. Aussi incroyablement différent de tout ce qu’il nous avait montré jusqu’ici. Aussi incroyablement libre dans sa manière d’aborder le rôle: celui d’un mari récemment quitté par sa femme, mais encore amoureux comme au premier jour. Tendre, maladroit, éperdu d’amour pour un fantôme (et pour ses deux filles adolescentes), il nous propose un Mario vraiment différent de tout ce qu’on a l’habitude de voir au cinéma – où l’on ne peut s’empêcher de deviner en transparence la performance d’un acteur en train d’exercer son art. Ici, on croit s’inviter pour de bon dans le quotidien d’un être dont on referait la connaissance, tout en le connaissant déjà intimement. Rencontre.

Vous accompagnez le film un peu partout pour des avant-premières, et les gens sont très émus.

Oui, des hommes viennent me trouver après, et ça c’est rare. Ils viennent se confier. Les débats sont longs: les gens sont interpellés parce que les personnages ne se jugent pas. Elle part et lui reste. Il lui dit: ‘vis ce que tu dois vivre’. Personne n’a tort. Par contre, on éclaire un personnage masculin d’une manière peu commune au cinéma.

"Des hommes viennent me trouver après le film, et ça, c’est rare. Ils viennent se confier."

On montre cette part de féminité qu’il assume. Cela montre aux hommes qu’ils ont le droit de s’ouvrir, d’être nus, de vivre leur féminité, une certaine fragilité aussi, de sortir du stéréotype que la société nous impose. Les hommes ne se dévoilent pas quand ils sont entre hommes. Ils sont maladivement pudiques sur leurs failles. On se pousse du coude, on rigole.

Bande-annonce

"Le Grand Bain", de Gilles Lellouche, explorait aussi la sensibilité masculine, mais plutôt du point de vue des "losers"…

Aujourd’hui, l’homme est mis dans une position dominante, celle du guerrier. Mais à un moment de sa vie, il ne s’y retrouve plus du tout. Il cherche autre chose, sinon la marmite va exploser. Claire (Burger) est allée chercher cela chez moi. Je ne savais pas que je l’avais à ce point-là.

"C’est ça l’amour"

Drame

Note: 4/5

De Claire Burger. Avec Bouli Lanners, Justine Lacroix, Sarah Henochsberg,…

Le travail a été conséquent: son système ne comprend pas d’éclairage, pas de machinerie, donc très peu de temps morts, de repos. On tourne tout le temps: on avait 120 heures de rushes. L’équipe trouve sa place en fonction des acteurs, souvent dans des décors exigus, mais avec une liberté totale. Je n’ai jamais vu une équipe aussi souple. D’où cette spontanéité. Parfois elle ne disait pas "coupez", on enchaînait avec la séquence suivante dans le scénario, mais dans une autre pièce! Tout le monde suivait. C’était épuisant, mais le résultat est là.

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