Bouli Lanners: "Je n'ai pas d'enfant, je pourrais m'en foutre de l'avenir"

©Frakas Production

Plusieurs jours après l’attentat de Liège, Lanners a fait le tri dans sa collection de médailles et passé une matinée à l’antenne de Radio Nova en compagnie de son ami Edouard Baer. Ce 13 juin, on le découvrira en tête d’affiche de "Troisièmes noces" de David Lambert, dans un rôle inattendu.

On le connaît bien, Bouli. On savait qu’il collectionnait les boîtes de sardines. Et puis, au hasard d’un scrolling, on tombe sur son compte Instagram et on le voit trier une jolie petite collection de médailles. Puis, quelques jours plus tard, chanter à tue-tête "Christ est là" en compagnie d’Edouard Baer. Pour les besoins de la matinale de Radio Nova, cette radio parisienne ultra-branchée où le bon Edouard officie quotidiennement. Ces deux-là sont devenus amis sur le tournage d’"Astérix et Obélix: au service de sa Majesté" en 2012. Edouard y jouait Astérix et Bouli, Grossebaf, un Viking.

©Astérix et Obélix au service de sa majesté

Après l’attentat survenu à Liège, le Français a eu envie de réaliser son direct radio dans la ville de son ami Bouli, en hommage aux victimes. Et cela ne tombait pas si mal puisque Bouli était là, à peine rentré de son paradis secret. En Écosse. C’est de là que nous nous étions parlés quelque temps plus tôt. "Cela fait vingt ans que je viens en Écosse. C’est mon vrai jardin secret. Je viens plusieurs fois par an. Je loue chaque fois une maison. Je suis trop vieux pour en acheter une et puis, c’est trop cher. Si jamais j’achetais quelque chose, ce serait un bateau pour naviguer le long des côtes." Bien sûr, la conversation sur les avantages de la propriété n’a pas été beaucoup plus loin, on vous rassure.

Ne pas tomber dans les clichés

Si Bouli Lanners a accepté le premier rôle de "Troisièmes noces", de David Lambert, c’est d’abord parce qu’il s’agit d’un film sur la tolérance. "C’est un film sur la tolérance, certes, et les mariages blancs. Et puis, surtout, j’y tiens un rôle d’homosexuel, ce que je n’avais pas encore exploré. Et j’aimais bien ce duo du vieil homo avec cette jeune Black, chacun issu de mondes très différents." Son personnage n’est pas que gay, il est veuf aussi et bougon. Et il accueille une jeune femme africaine pour rendre service à un ami.

On sent que le film est très écrit. Il est, en effet, adapté du roman éponyme de Tom Lanoye. "Je préfère toujours lire le bouquin après le tournage pour ne pas être influencé. J’aimais ramener dans ce personnage une sensibilité particulière. Et interpréter un homosexuel, tout en ne l’étant pas, et sans tomber dans les clichés." Il est vrai que son jeu ne rappelle en rien "La cage aux folles". "La plupart de mes potes qui sont homosexuels, cela ne se voit pas qu’ils le sont. Et je n’avais pas envie de trahir mes amis", dit-il en riant.

Outre cet aspect, l’histoire de l’actrice à qui Bouli donne la réplique est, elle aussi, fort intéressante. "Rachel Mwanza est une enfant des rues de Kinshasa. Elle a été adoptée par la productrice canadienne du film. Depuis, elle fait sa vie là-bas." Autre personnage féminin, une inspectrice de la police des étrangers que joue Virginie Hocq. "C’est une super nana et une très bonne comédienne. Et c’est bien qu’elle fasse un peu de cinéma. Quand on fait du stand-up, on est très vite catalogué. C’est un métier où on est vite cloisonné."

Le film décrit les visites domiciliaires et les tracasseries administratives auxquelles sont soumises les personnes suspectées de mariages blancs. "C’est comme quand on prend un réfugié chez soi, on risque des peines de prison. On est arrivé à des lois qui rappellent les années 30. Mais il y a surtout des menaces administratives. Et il ne faut pas que cela effraie."

"Troisièmes noces"


Une histoire d’amour écossaise

Depuis sa dernière réalisation, "Les premiers, les derniers", sortie en 2015, Bouli a surtout fait l’acteur. On compte qu’il a tourné sept films, pas moins. Dont certains étaient des tournages conséquents. Mais là, s’il est en Écosse, sur son île de Lewis, c’est pour peaufiner le scénario de son prochain long-métrage. Une histoire d’amour entre une femme et un homme. Mais la femme plus âgée que l’homme. Elle, Écossaise, lui, Français. Et si Bouli a déjà en tête des noms d’interprètes, il ne veut pas encore les dévoiler. Ce qui est certain, c’est que ce film sera tourné en anglais.

Parmi les multiples projets de Bouli l’acteur, il y a eu un tournage à Bruxelles, "Convoi exceptionnel" de Bertrand Blier. "Etre sur un Blier, c’était un de mes fantasmes. Je n’ai joué qu’un seul jour, mais un jour entre Depardieu, Clavier et Blier, c’était parfait. C’était un tournage sans aucun stress. Je crois que quand on devient un vieux réalisateur, il y a une part de stress qui fout le camp. Je n’ai pas encore cette sérénité. La seule chose qui me réjouira quand je vieillirai, c’est d’acquérir ce calme-là."

Bouli n’est plus le seul acteur belge à coiffer régulièrement la casquette de réalisateur. Les frères Renier et François Damiens lui ont récemment emboîté le pas. Sans doute que quelque chose de nouveau se passe dans le cinéma belge. "Depuis que j’ai commencé, le cinéma a toujours changé. Il est en mutation constante. C’est un truc vivant. Et il dépend beaucoup des technologies. Tout influence notre façon de produire. Et il y aura encore des changements dans le futur. On va être amené à tourner pour que cela coûte moins cher. Il y a la concurrence des télés et des séries. Et cela influence la façon dont on tourne. Le cinéma auteuriste aura moins de place."

Vu qu’il n’a pas encore trouvé de série à son goût, Bouli projette d’en tourner une en 2020. Juste après son prochain film. Et d’ici là, il s’apprête à tourner trois films à la rentrée. Dont un où il retrouvera Vanessa Paradis. "Je l’avais rencontrée il y a des années sur le tournage de 'Atomic Circus', au Portugal. Elle était encore avec Johnny Depp. Le tournage était assez long et très chouette. C’est une femme super. Très drôle."

Le débat antinucléaire

En dehors du cinéma, Bouli est, on le sait, fort engagé dans le domaine de la lutte antinucléaire. "J’ai parrainé la chaîne humaine qui a réuni 50.000 personnes. On a relié Liège à Aix-la-Chapelle. Cela a permis de relancer le débat sur le nucléaire. J’ai créé mon propre réseau basé sur la communication. Et comme je parle l’allemand et l’anglais, je sers d’interface dans les réunions avec les Allemands et les Néerlandais. Il y a une plateforme trinationale qui coordonne toutes les actions de l’année. Suite à l’une de mes interpellations citoyennes, Liège a demandé la fermeture de Tihange 2 et de Doel 3. D’autres villes l’ont suivie. On était censés sortir du nucléaire en 2015. Donc, c’est normal que tout le monde se soit endormi. Mais depuis nos actions et nos informations, il y a de plus en plus de militants et la presse suit."

Pour les générations à venir, la question du nucléaire doit être réglée. "Moi, je n’ai pas d’enfant, je pourrais m’en foutre. Mais je ne peux pas me dire que je vais dormir là-dessus. Ça ne va pas. On est dans une société où on a peur de l’avenir et du coup, on en parle encore moins."

"Troisièmes noces", de David Lambert, sort le 13 juin.

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