C'est la lutte finale

Pierrot (Pierre Richard) et Mimile (Eddy Mitchell) arriveront-ils à empêcher Antoine (Roland Giraud) de se venger d’un ancien rival et "affreux" bourgeois? ©Gaumont Distribution

Adaptée de la bande dessinée culte, voici la comédie française de la rentrée. Casting 5 étoiles, mais manquant de rythme et de poésie.

Pierrot (Pierre Richard) met des allumettes dans les serrures des banques, au petit matin. Pour enrayer le capitalisme. Pendant ce temps, Mimile (Eddy Mitchell), prisonnier de sa maison de retraite, attend que ça passe. Le temps. La vie… Antoine (Roland Giraud), le syndicaliste embourgeoisé, vient de perdre sa femme. Voici donc les trois amis réunis pour l’enterrement, sous les yeux attendris de la petite-fille d’Antoine, Sophie, altermondialiste enceinte jusqu’aux dents. Au fond d’une caisse, Antoine tombe sur une lettre d’amour de feue sa femme, adressée au patron de l’entreprise qu’il a combattu toute sa vie. Antoine sort de sa torpeur, prend son fusil, direction la Toscane, où le vieux riche coule une retraite dorée. Ses amis n’ont plus qu’à lui emboîter le pas, en espérant arriver avant le drame…

LES VIEUX FOURNEAUX Bande Annonce

Fin 2014, une petite bombe à retardement faisait son apparition dans les librairies spécialisées: un album de BD atypique, au dessin tranché, avec trois silhouettes en ombre chinoise sur fond jaune. Les héros de la couverture n’en étaient pas vraiment, car c’étaient… des vieux. Pas n’importe quels vieux. Bedonnants, grisonnants, voûtés, hirsutes, et la clope au bec, ces trois-là ont clairement fait Mai 68. Mais pas du côté des fils de bourgeois qui occupaient les auditoriums: du côté des travailleurs qui "confisquaient l’outil".

"Les vieux fourneaux"

Note: 3/5

De Christophe Duthuron

Avec Pierre Richard, Eddy Mitchell, Roland Giraud, Alice Pol,…

Esprit frondeur, formules qui frappent, dessin où la poésie et la drôlerie s’entremêlent sans cesse: le succès est immédiat et des piles d’albums se retrouvent aux caisses des grandes surfaces. 1,5 million d’unités seront vendues en 4 tomes seulement. Le cinéma s’empare donc aujourd’hui logiquement du phénomène. Mais l’adaptation d’une bande dessinée mène très souvent au désastre (Gaston, Spirou…).

Et la comédie à la française actuelle a tendance à ratisser tellement large qu’elle perd toute substance

Dans ce contexte, faut-il se réjouir d’une demi-réussite? Se forcer à voir le verre à moitié plein, malgré le terreau génial qui aurait pu accoucher d’un moment inoubliable? Alors, certes, les acteurs sont de bons acteurs. Les décors sont jolis. Il y a de bons dialogues. Mais le film ne trouve jamais sa personnalité propre. Est-ce parce que la réalisation est confiée à un débutant (Christophe Duthuron, ex-"Un gars, une fille")? Ou à cause d’un cahier des charges imposé par la production (qui produit aussi "Belle et Sébastien")? Reste que c’est la même rengaine à chaque adaptation de BD made in France: couleurs appuyées pour faire joli, découpage hystérique – où les voitures font des embardées si comiques –, musique surlignante à l’excès, et même quelques grimaces.

Esprit frondeur?

"Vous avez fait disparaître la quasi-totalité des espèces vivantes, vous avez épuisé les ressources! Historiquement, vous êtes la pire génération de l’histoire de l’humanité."
La tirade de Sophie

On retrouve certes avec plaisir quelques incontournables, comme la déjà célèbre "tirade de Sophie" où la jeune marionnettiste enceinte confronte une génération de vieux touristes en arrêt pipi sur une aire d’autoroute. Ces braves seniors nés dans les années 40 ou 50, sous leurs airs de vieux sages, sont responsables de tous nos malheurs. "Vous avez fait disparaître la quasi-totalité des espèces vivantes, vous avez épuisé les ressources! Il y a cinquante milliards de poulets élevés en batterie chaque année dans le monde et les gens crèvent de faim! Historiquement, vous êtes la pire génération de l’histoire de l’humanité."

Un esprit frondeur, limite anar, savoureux, sans concession. Et pratiquement absent de ce film volontairement familial, "tous publics", et qui ne convaincrait sans doute que partiellement, s’ils pouvaient voir l’adaptation faite de leurs aventures, nos amis Pierrot, Mimile et Antoine.

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