Cannes 68e, attention moteur!

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Le Festival s’ouvre ce soir sur "La tête haute", un film sans paillettes qui côtoie le bruyant "Mad Max: Fury Road".

Rod Paradot. Retenez bien ce nom. La première révélation de ce Festival de Cannes 2015, ce sera lui. Un adolescent français dont c’est le premier rôle au cinéma. Ceux qui ont vu le film sont unanimes: dans "La tête haute", il est extraordinaire. L’histoire, sur plusieurs années, d’un jeune ingérable, qui fait sans cesse le trajet entre le centre pour mineurs difficiles où il grandit, et le palais de justice où on statue sur son sort.

Il est ballotté des mains du juge de la jeunesse (Catherine Deneuve) à celles d’un éducateur dépassé (Benoît Magimel). Une vie parsemée de moments de retrouvailles, forcément difficiles, avec sa mère (Sara Forestier).

Malgré son âge canonique, la Croisette aime faire le grand écart

Un film social en ouverture de Cannes, vous êtes bien sûrs? Mais oui. La nouvelle a surpris toute la planète cinéma. Sauf les rares qui voyaient venir Emmanuelle Bercot, cette actrice proche de Maïwenn (elle a co écrit "Polisse"). Également actrice, Bercot avait signé il y a deux ans le très sensible "Elle s’en va", avec Deneuve déjà, en patronne de restaurant qui plaque tout. Une nouvelle qui n’a pas surpris non plus ceux qui savent que Thierry Frémaux, le délégué général du festival – et programmateur en chef – a un goût prononcé pour les grands films graves, lyriques, puissants, ces films qui manquent tellement au cinéma français depuis la mort de Maurice Pialat.

Un tel choix voudrait-il dire que s’en est fini du festival tel qu’on l’a toujours connu: stars, champagne et montée des marches? Pas du tout. Malgré son âge canonique, la Croisette aime faire le grand écart, c’est bien connu. Dès demain, jeudi 14, c’est au tour du grand cinéma populaire d’aventures de faire son entrée en lice, avec "Mad Max Fury Road".

Attention, festivaliers! ça risque de faire mal aux yeux… Vous, qui êtes habitués aux fables asiatiques où le climax consiste en un enfant qui part en courant, vous risquez de prendre un coup de soleil mental. Vous, pour qui les films où il ne se passe rien constituent une panacée inégalable de poésie et de non-dit, vous risquez d’attraper une migraine nucléaire tenace. Vous, pour qui les décibels, dans une salle, ne devraient jamais dépasser ceux d’une conversation entre deux acteurs anglais en costume, vous allez vous faire démonter les tympans par les explosions, avant même que ne débutent les premières mesures du générique.

Les fauves australiens sont lâchés…

Voici le soleil post-apocalyptique, celui qui fait fondre dans un même creuset les carrosseries et les cerveaux… Voici la belle Imperator Furiosa (Charlize Theron), dont le crâne rasé cache le plus diabolique des plans de vengeance… Voici ce fou furieux de Max (Tom Hardy), anti héros taiseux, couard et surviveur… Voici surtout que nous revient George Miller. Trente-six années jour pour jour après avoir signé le premier opus, le médecin devenu réalisateur n’a laissé à personne les rênes de son univers impitoyable et dément. Personne d’autre que… lui-même.

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Qu’a-t-il fait, en attendant, l’indomptable Australien? Pas grand-chose, depuis "Les sorcières d’Eastwick" (1987), à part… "Happy Feet", les gentils pingouins qui glissent sur la glace. Mais il n’aura pas rongé son frein pour rien: "Mad Max Fury Road" devrait faire passer "Fast and Furious" pour une course de mamys en déambulateurs, et "Avengers 2" pour un film où on s’embête…

Oui, mais, et Cannes, direz-vous? les paillettes, les jolies actrices? le glamour, le tapis rouge, les photographes, et les films intellos? Il n’y a rien, cette année, à part un film sur un enfant délinquant qui cherche sa voie, et un autre sur comment on continuera de faire du mal à son prochain, même après la fin du monde? Si, ça vient. Un peu de patience, rassurez-vous: Cannes ne fait que commencer. Nous voici en route pour 12 jours de folie, autour de la plus belle baie du monde, en compagnie des plus belles femmes du monde, et pour finir par couronner le meilleur film de l’année…

Enfin, peut-être. Car si on jette un coup d’œil aux derniers palmarès, il y a de quoi s’interroger. En 2014 on a quand même eu droit à un film turc de 3h14 ("Winter Sleep"), alors que "Foxcatcher" et "Mommy" étaient en lice… Et en 2013, c’était la vite oubliée (et controversée) "Vie d’Adèle", alors qu’il y avait en sélection "Inside Llewyn Davis", le meilleur film des frères Coen.

Espérons que l’édition 2015 réconcilie les goûts du public avec ceux des membres du jury cannois, présidé précisément par les Coen Brothers. Nous, on donnerait bien la palme à Mad Max, avant même de voir les autres films. Il la ferait fondre, la palme, et il la monnaierait pour se procurer un peu d’essence, histoire de fuir avec la belle Charlize… Ah non, pas de palme pour cette tête brûlée de Max: le film est présenté Hors Compétition. Dommage.

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