Ce Joker est bien ce monstre que l'on mérite

Joaquin Phoenix incarne un "monstre" qui n’est jamais aussi intéressant que lorsqu’il nous ressemble. ©BELGA

Un film de super-héros, Lion d’or à Venise? Parfaitement, car ce Joker n’est pas un super-héros (ni un super-vilain) comme les autres: c’est le pur produit de notre temps…

Pour boucler les fins de mois, Arthur (surnommé Happy par sa mère) est clown sur les trottoirs, où il joue les hommes-sandwichs. Le soir, il se voit déjà en humoriste adulé. Hélas, après avoir été vicieusement attaqué, il va emprunter le mauvais chemin…

"Joker"

Note : 4/5

De Todd Phillips. Avec Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz,…

 

On l’attendait de pied ferme, ce "Joker". Dans le rôle du producteur (initialement), un certain Martin Scorsese. Dans celui du méchant au sourire balafré: Leonardo DiCaprio. Il y aurait donc au programme une ambiance de fin du monde, où l’on verrait un type normal basculer du côté obscur, un peu comme dans "Taxi Driver"? Finalement, aux commandes on retrouve Todd Philips (les "Very Bad Trip" mais aussi l’excellent "Due Date"), et Joaquin Phoenix, grand habitué des rôles ambigus. Le jeu en valait la chandelle, tant la chandelle dégouline de tout ce qui fait la profondeur du anti héros. Brisures, doutes, traumatismes et… résurrection.

Nous sommes ici bien avant Batman: dans une "histoire d’origines" (origin story) qui nous apprend, étape après étape, comment le futur ennemi de Bruce Wayne a développé une psychologie aussi complexe et perverse. Car le "monstre" n’est jamais aussi intéressant que lorsqu’il nous ressemble. De nouvelles couches viennent s’ajouter à celles déjà développées par Tim Burton via Jack Nicholson (le côté grandiloquent et grinçant) ou par Christopher Nolan via Heath Ledger (oscar posthume), qui lui apportait panache et fêlure. Sans oublier le Jared Leto chef de gang du récent (et moins intéressant) "Suicide Squad".

Joaquin Phoenix ne rajoute pas sa touche personnelle, il réincarne complètement le personnage, qu’il nourrit de sa voix chaude, et de son regard d’une lucidité telle qu’elle confine à la folie. Ici, c’est un Joker plus adulte qui nous est proposé, via la toute puissance de la frustration artistique. Quel réservoir plus riche que celui d’un homme qui se sait supérieur, mais qui n’est pas reconnu par son époque? Une époque crépusculaire où le film nous plonge comme dans un bain d’acide. Car la nausée est bien là, accompagnée par le rire sardonique du plus incroyable méchant de l’histoire du cinéma. Un rire qui nous réveillera? Ou qui achèvera de nous engloutir?

Joker

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