Ces grandes villes qui crèvent l'écran

Cette semaine, Woody Allen a tourné dans le Ve arrondissement de Paris certaines scènes de son prochain film, avec Carla Bruni-Sarkozy.

Aides fiscales à l’appui, des grandes villes comme Paris, Londres ou Barcelone, mais aussi Bruxelles, attirent de plus en plus de cinéastes réputés.

Londres, Barcelone, New York, Paris mais aussi Bruxelles. Les maîtres du 7e art en pincent pour les grandes métropoles. Cet été la capitale française est particulièrement prisée. Une vingtaine de longs métrages doivent s’y tourner, dont ceux de géants comme Woody Allen et Martin Scorcese. Ils seront bientôt suivis par… Madonna qui tournera fin août quelques scènes de son drame historique "WE".

Après New York, présente dans la plupart de ses films, et plus récemment Londres et Barcelone, le prolifique Woody Allen a ainsi envahi la ville lumière pour y tourner pendant sept semaines "Midnight in Paris" une comédie romantique avec, en guest star, Carla Bruni-Sarkozy.

Du côté des pouvoirs publics on se frotte les mains. Avec plus de 100 tournages par an (et un film français sur deux), Paris crève l’écran. A la belle saison, il arrive qu’une dizaine de films s’y tournent en même temps.

Ce nouvel attrait a pour origine un récent incitant fiscal, le "crédit d’impôt international", destiné à encourager producteurs et réalisateurs étrangers à installer leurs caméras en France. Lancé fin 2009, il s’élève à 20&flexSpace;% des dépenses de production réalisées Outre-Quiévrain, jusqu’à un plafond de 4 millions d’euros. A ce jour 22 productions, séries TV comprises, en ont bénéficié, ce qui représente 330 jours de tournage et 100 millions d’euros de dépenses. Selon Thierry de Segonzac qui dirige la Fédération des industries du cinéma, de l’audiovisuel et du multimédia, "le crédit d’impôt générera rapidement plus de 200 millions d’euros de dépenses par an".

Interrogé par l’AFP, Franck Priot, délégué général adjoint de Film France qui assiste les productions étrangères dans l’Hexagone, estime de son côté que "le crédit d’impôt a pleinement atteint son objectif: générer de l’activité économique et permettre aux cinéastes étrangers de filmer la France en France et non plus de la simuler ailleurs" via de coûteuses reconstitutions en studio.

La France rattrape ainsi ses voisins, qui comme la Belgique ont mis en place une série d’incitants, d’aides ou de structures pour amener les producteurs à venir tourner chez nous: Tax Shelter (système d’immunisation fiscale pour les entreprises qui investissent dans les films belges), Wallimage et Bruxellimage (fonds public d’aide pour les producteurs qui tournent en Wallonie et à Bruxelles) et bureaux de tournage: Bruxelles Tournage, Batch (Hainaut), Clap (Liège, Luxembourg) et l’Agence du Film (Brabant wallon).

Ces derniers ont un rôle de facilitateur pour les producteurs. Ils prennent en charge les repérages, les demandes d’autorisation de tournage, cherchent des techniciens, des studios… "Depuis notre création en 2005, nous avons traité 925 dossiers de longs métrages, de séries télévisées, de documentaires ou de spots publicitaires… Et ça ne fait qu’augmenter", se réjouit Annette Katz, directrice de Bruxelles Tournage, structure dépendant de la Cocof et de l’Office du tourisme bruxellois. Aujourd’hui, une quarantaine de longs métrages sont tournés chaque année en Belgique dont une bonne partie à Bruxelles. Récemment, des films comme "Rapt", "JCVD", "Le petit Nicolas" ou "Mr Nobody" ont été en partie filmés sur le territoire de la Région. En 2010, de grosses productions comme "Largo Winch" (avec Sharon Stone), "Rien à déclarer" (de Dany Boon avec Benoît Poelvoorde) ou "Potiche" (de François Ozon avec Catherine Deneuve) ont notamment pour cadre Bruxelles.

Les endroits plébiscités sont le centre de Bruxelles et des communes possédant un riche patrimoine architectural comme Saint-Gilles ou Ixelles. "Le quartier Molière-Brugmann-Lepoutre évoque Paris par certains aspects", glisse Annette Katz.

Avec quelles retombées économiques? "Si l’on se base sur les données de Wallimage et de Bruxellimage le return est de 300&flexSpace;% en Wallonie et de 600&flexSpace;% à Bruxelles." Autrement dit, chaque film soutenu par les fonds dépense en moyenne 3 à 6 fois plus dans l’industrie audiovisuelle locale que ce que les Régions y ont injecté. À cela s’ajoute l’impact fiscal. Sur ces 300 de retombées, 100 retournent à la collectivité sous forme d’impôts. Ces systèmes créent aussi de l’emploi. A Bruxelles, 1.300 entreprises et 2.100 personnes travaillent dans le secteur audiovisuel.

Les tournages génèrent aussi tout une économie assez méconnue: location de lieux privés (maisons, appartements…) ou publics (louer, par exemple, le Musée d’Art ancien coûte 10.000 euros la journée), Horeca, services, etc. L’échevin du tourisme de la ville de Bruxelles, le PS Philippe Close veut en savoir plus. À la rentrée, il publiera les résultats d’une étude de la Solvay Business School qui tente de mesurer l’impact économique concret des tournages à Bruxelles. l

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