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"Chers Camarades!" | Samedi sanglant sous Khrouchtchev

"Chers Camarades!", d’Andreï Kontchalovski, a reçu le Prix spécial du jury à la Mostra l’an dernier. ©SASHA GUSOV

Andreï Kontchalovski, vétéran du cinéma russe, signe "Chers Camarades!", un splendide film historique sur l’un des crimes cachés du communisme.

À quatre-vingt-quatre ans passés, Andreï Kontchalovski peut se targuer d’une imposante filmographie. Primé pour pratiquement chacun de ses films, le réalisateur vit aux États-Unis depuis 1980. Pourtant, c’est essentiellement de la Russie, celle d’autrefois et celle d’aujourd’hui dont parlent la plupart de ses œuvres. "Chers Camarades!", avec un point d’exclamation comme une harangue à la foule, retrace un événement tragique qui eut lieu les 1er et 2 juin 1962, sous la présidence de Khrouchtchev.

Alors que le gouvernement venait de prendre la décision d’augmenter le prix de la viande et du beurre et que parallèlement, une augmentation de la productivité dans les usines avait été décidée, les ouvriers de l’usine ferroviaire de Novotcherkassk se mirent en grève. Cette ville dans le nord du Caucase fut autrefois la capitale des Cosaques et participa à la contre-révolution russe. Cet aspect historique aide à comprendre une partie des événements relatés dans "Chers Camarades!".

"Le peuple soviétique mérite d’avoir un film qui rende hommage à sa pureté."
Andreï Kontchalovski
Réalisateur

Écrasée dans le sang, la révolte des ouvriers de Novotcherkassk fit vingt-six morts et des centaines de blessées. Mais elle fut classée "top secret" durant trente ans. Le réalisateur a choisi de restaurer la vérité historique. Dans une note d’intention, il déclare que "le peuple soviétique de l’après-guerre, ceux qui se sont battus durant la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la victoire méritent d’avoir un film qui rende hommage à leur pureté et à la tragique dissonance qui suivit entre leurs idéaux communistes et la réalité". Ce film a d’ailleurs reçu le soutien du ministère de la Culture russe.

Noir et blanc

Pour approcher au plus près l’esthétique des films du début des années 60, Kontchalovski a choisi de filmer en noir et blanc. Il a également opté pour des acteurs amateurs – dont le physique rappelait celui des communistes de l’époque – à l’exception de l’actrice principale, la grande et bouleversante Ioulia Vyssotskaïa. L’histoire du massacre de Novotcherkassk est vue au travers de son personnage: Lyuda est une militante dévouée du Parti communiste régional, stalinienne de cœur (au point que c’en est tragiquement drôle), mère célibataire d’une ado rebelle et fille d’un ancien Cosaque qui revêt son vieil uniforme les soirs de cafard.

C’est au moment où tout bascule que la figure de l’intransigeante camarade prend une dimension passionnante et que la vérité de cette horreur nous happe.

Parce qu’elle fait partie de l’establishment communiste, cette femme au visage dur a accès à l’arrière-boutique du ravitaillement. Et pendant que les autres femmes pleurent de ne rien pouvoir emporter dans leur cabas, Lyuda, elle, prend des sardines, du sarrasin et des cigarettes autant qu’elle veut. Évidemment, elle est contre la grève et interdit à sa fille d’aller manifester. Sauf que la fille pense être en démocratie et que l’armée – à moins que ce ne soit le KGB – tire sur la foule.
Et c’est à ce moment où tout bascule que la figure de l’intransigeante camarade prend une dimension passionnante et que la vérité de cette horreur nous happe. Qu’ont-ils fait des cadavres? Qu’ont-ils fait des traces de sang dans les rues?
"Si l’on ne peut plus croire au communisme, il n’y a plus qu’à tout faire sauter", s’énerve Lyuda. Et c’est ce qu’ont pensé bon nombre de ses compatriotes.

Bande-annonce "Chers Camarades!"

Drame historique

“Chers Camarades!”

Par Andreï Kontchalovski

Avec Ioulia Vyssotskaïa, Vladislav Komarov, Andreï Gusev...

À voir à partir du 22 septembre 2021

Note de L'Echo:

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