portrait

Christopher Nolan, le sculpteur de temps

Avec "Tenet", le réalisateur signe le film le plus attendu de l’année. Mais qui est Nolan? Un philosophe qui s’ignore, ou un grand enfant qui joue à cache-cache avec le réel?

Il est souvent cité parmi les réalisateurs les plus fascinants de notre époque, Christopher Nolan. Comme concepteur d’univers hautement graphiques, bien sûr ("Inception", "Interstellar", sa trilogie "Batman"…) mais aussi comme manipulateur de l’espace-temps. Il nous le prouve une nouvelle fois aujourd’hui avec "Tenet" où un agent secret doit se battre contre un ennemi redoutable: un continuum temporel inversé.

Depuis toujours, le réalisateur, 50 ans désormais, est obnubilé par le fonctionnement de la mémoire, la perception, et donc ce qui différencie la conscience humaine du reste de la création.

CV express

1970:   Naissance à Westminster

1989:   Rencontre de sa femme, Emma Thomas, qui coproduira tous ses films

2002:   « Insomnia », avec Al Pacino et Robin Williams

2008:   « The Dark Knight » dépasse le milliard de recettes mondiales

2018:   8 nominations à l’Oscar pour « Dunkerque »

Après une enfance entre Londres et Chicago (père anglais, mère américaine), il signe un premier film à la construction ambitieuse, «Following» (1998), réalisé dans le cadre de ses études à l’University College de Londres. Soit un étrange opus en noir et blanc, tourné à raison de quelques minutes utiles, chaque samedi d’une année complète. On y suivait un écrivain désœuvré et suiveur anonyme, lui-même suivi par un malfrat, jusqu’à ce que tout se téléscope. Deux ans plus tard, avec «Memento», Nolan conquiert la critique (et le public) avec l’enquête d’un mari amnésique, obligé de se tatouer les indices récoltés, dans l’espoir de retrouver l’assassin de sa femme.

Alors qu’il développe en parallèle une monumentale revisite du mythe de Batman, il creuse le filon psychologico-philosophique avec «Le prestige» (2006), où les débuts de l’électricité se conjuguent à la manipulation, pour créer le tour de magie parfait, en jouant sur la perception. La perception… C’est ce qui fascine réellement Nolan. Le cinéma n’est-il pas avant tout un tour de passe-passe géant? Un média idéal pour le créateur, puisqu’il entend imiter la vie, avec plus ou moins de réussite?

Jamais sans son frère

Son frère cadet Jonathan est son coscénariste attitré. Attiré comme lui par la physique quantique et les spéculations spatio-temporelles, Jonathan Nolan est également à l’origine des séries cultes « Person of Interest » et « Westworld ».

"Le temps m’intéresse énormément, répète souvent Nolan, car c’est là que j’ai toujours vécu jusqu’ici…". Il paraphrase ainsi la citation de Victor Hugo: "Je préfère mon futur à mon passé, car c’est là que j’ai décidé de passer le reste de ma vie." Vaste programme, à la fois évident et plein d’esprit, voire philosophique. C’est la voie qu’il empruntera d’ailleurs pour sa variation sur la bataille de Dunkerque. Pas question pour lui d’illustrer platement un épisode historique: il nous convie à une véritable expérience sensorielle, où le passage du temps est dilaté pour créer suspense et immersion.

"Le temps m’intéresse énormément, car c’est là que j’ai toujours vécu jusqu’ici…"
Christopher Nolan
Réalisateur

Rencontrera-t-il avec "Tenet" le même succès critique et public qu’avec ses films précédents, lui qui dépassa plusieurs fois le mythique milliard de recettes mondiales? Et ce malgré le contexte de crise sanitaire que l’on connaît? La réponse dans quelques semaines…

Un certain... Michael Caine

Rares sont les fidélités aussi fortes au cinéma : pas moins de huit films (sur onze long-métrages réalisés) unissent les deux hommes. Outre les trois « Batman » où il incarne Alfred le majordome citons « Le prestige », « Inception », « Interstellar », « Tenet », et même « Dunkerque » via une voix-off.

Influences multiples

Quand on lui pose la question, Nolan ne cite pas seulement des confrères, morts ou vivants (Stanley Kubrick, Orson Welles, Erich von Stroheim) mais aussi des peintres (Francis Bacon) et de très nombreux auteurs classiques, ou fantastiques (Dante, Dickens, Borges…). Le génie ne connaît pas de frontières…

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