CinéCité veut renouer avec les cinémas de quartier bruxellois

Le Pathé Palace aura coûté près de 19 millions d’euros à la Fédération Wallonie- Bruxelles. ©Thomas Ost

L’offre de cinémas à Bruxelles est concentrée dans le centre-ville. Les films d’auteurs manquent d’écrans pour trouver leur public. Trois projets entendent y remédier. Parmi eux, CinéCité qui se veut le premier cinéma de quartier collaboratif.

Le cinéma n’en est pas à un paradoxe près. Alors que le Festival de Cannes a projeté pour la première fois deux films destinés à ne jamais sortir en salles mais uniquement sur la plateforme de VOD Netflix, voilà qu’à Bruxelles, plusieurs projets de (ré)ouverture de salles fleurissent.

À l’automne dernier déjà, le groupe Belga ouvrait huit salles dans le nouveau centre commercial Docks Bruxsel. S’il propose une programmation classique (blockbusters), les trois autres projets sont davantage focalisés sur le cinéma dit "d’auteur". Bruxelles manque en effet d’écrans pour accueillir ce genre de films, qui peinent à trouver leur public, faute du temps nécessaire pour que le bouche à oreille s’installe. Le secteur est en outre vampirisé par les "films pop-corn" qui envahissent les écrans dans le but d’engendrer un maximum de recettes le plus vite possible. Une récente étude du SPF Économie montre par ailleurs que le marché belge est de plus en plus concentré, particulièrement à Bruxelles où deux groupes, Kinepolis et UGC, accaparent l’essentiel des entrées.

Les différents projets en cours entendent répondre à ces défis: celui d’élargir l’offre de salles avec une programmation différente. C’est le cas du Pathé Palace et du Styx qui rouvriront dans les prochains mois (lire l’encadré ci-dessous). C’est aussi celui de CinéCité, un nouveau projet porté par neuf trentenaires, passionnées de 7e art. Ils sont actifs dans le monde du cinéma, de la communication, de la banque, de la consultance, des médias ou de l’avocature. "L’offre de cinémas à Bruxelles est concentrée dans le centre-ville, explique Thibaut Quirynen, responsable marketing chez le distributeur de films O’Brother, à la tête du projet, notre but est de réhabiliter le cinéma de quartier de jadis autour d’un projet collaboratif et inclusif au travers d’une offre cinématographique audacieuse et de qualité."

Pas encore de salle

CinéCité n’en est qu’à ses prémisses. Ainsi, il n’y a pas encore de salle identifiée. Le problème, c’est que quasi tous les anciens cinémas de quartier ont fait place à des commerces. Des communes comme Schaerbeek, Saint-Gilles et Forest sont dans leur viseur. "À Forest, nous avons songé à l’ex Movy Club, mais le prix demandé est trop élevé; il est possible que nous réhabilitions un ancien bâtiment industriel", indique Thibaut Quirynen.

"La programmation sera axée sur les films art et essai."
Thibaut Quirynen
cofondateur de cinécité

En avril, les fondateurs de CinéCité ont publié une brochure détaillant leur projet. Celui-ci est articulé autour de quatre activités: exploitation via deux salles, conférences débats, événements et horeca. "La programmation sera axée sur les films art et essai, sans ghettoïsation pour autant, ainsi que sur le deuxième circuit, ces films qui après être passés dans les grands complexes terminent leur carrière dans des plus petits cinémas, voire aussi sur la projection de films de patrimoine restaurés", indique Thibaut Quirynen.

Le projet épouse l’air du temps. "Le but est de créer le premier cinéma coopératif en incluant les parties prenantes dès le lancement du projet", peut-on lire dans le document. CinéCité entend en effet s’intégrer dans son tissu socio-économique, jouer la carte de la proximité avec une offre horeca privilégiant produits locaux et bio, la mise en avant des jeunes cinéastes bruxellois, la collaboration avec les écoles de cinéma et les festivals, etc.

Pour mener à bien l’entreprise, les neuf fondateurs viennent de créer une société coopérative à responsabilité limitée à finalité sociale. Celle-ci compte se financer via trois sources: un financement participatif, des subsides publics et l’emprunt bancaire. Les recettes viendront à 80% de la billetterie et de l’horeca, le solde des événements et de la location des salles. Reste donc à trouver un lieu. Les fondateurs de CinéCité ne veulent pas trop traîner, ils espèrent démarrer leurs activités durant le 2e semestre 2018.

Pathé Palace, Styx | Saga et renaissance

L’interminable saga du Pathé Palace touche à sa fin. La semaine dernière, Actiris, l’office bruxellois de l’emploi, a publié une annonce pour recruter quelque 22 personnes pour faire revivre ce cinéma construit en 1913 sur le boulevard Anspach par l’architecte Art nouveau Paul Hamesse pour la société française Pathé. C’est la preuve que le projet va bel et bien voir le jour 16 ans (!) après son acquisition pour 5 millions d’euros par la Communauté française. Dans la précipitation, disaient certains à l’époque, car les Flamands lorgnaient les lieux. Pour l’exploiter, une ASBL a été constituée autour de personnalités du cinéma, présidée par Luc Dardenne. Depuis, les travaux de transformation ont traîné (le bâtiment est classé) et la facture s’est alourdie pour tourner autour des 11 millions d’euros auxquels il faut ajouter 2,7 millions récemment libérés par la Communauté française pour terminer le chantier. Cette dernière aura donc injecté au total près de 19 millions d’euros dans ce bâtiment. Un gouffre financier dont elle aimerait bien ne plus devoir assumer seule la charge. D’ici 2035, la Communauté française doit en effet encore rembourser 550.000 euros d’emprunt par an. Elle a bien tenté d’intéresser au projet la Région, la Cocof et la Ville de Bruxelles. Toutes ont refusé de s’y associer. Des contacts ont aussi été entamés avec Beliris. Il est même question de le céder à un opérateur privé.

En attendant une solution, le Pathé Palace devrait donc ouvrir ses portes d’ici la mi-décembre. L’ensemble comprendra 4 salles – condition nécessaire pour assurer la viabilité du projet – une brasserie, un shop et un espace culturel et de rencontres. 140.000 cinéphiles sont attendus par an dont 15.000 étudiants. L’aspect éducatif des lieux est une des clés du concept qui s’inspire entre autres de ce que fait l’ASBL Les Grignoux à Liège et à Namur. Le business plan table sur deux millions d’euros de revenus par an, dont la moitié via l’exploitation cinématographique, laquelle sera axée sur le cinéma dit de qualité "des films d’auteur mais sans ghettoïsation", résume Olivier Rey, un consultant audiovisuel qui pilote le projet depuis 2012.

Le plus petit cinéma de Belgique

D’ici la réouverture du Pathé Palace, un autre haut lieu du 7e art bruxellois s’apprête à revivre: le Styx, à Ixelles, présenté comme le plus petit cinéma de Belgique (deux salles de 35 places chacune). Un privé a récemment racheté le bâtiment fermé depuis 2015. Il en a confié l’exploitation à Luis Cardoso, actif dans la communication. Vers la mi-septembre, celui-ci rouvrira une salle, l’autre devant accueillir un espace de détente (bar…). Il mise sur un projet multiculturel dédié au cinéma alternatif mais aussi au théâtre, à la musique et à d’autres événements. "Nous n’avons aucune velléité commerciale, c’est impossible sur un si petit espace, souligne Luis Cardoso, c’est un projet culturel qui fera appel aux bonnes volontés et à l’entraide, notamment dans l’acquisition du matériel, l’aménagement des lieux."

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