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Cinéma: le caprice de Ryan Gosling

L’Ecossais Iain De Caestecker, 27 ans, est la révélation de "Lost River". ©doc

Le premier film de l’acteur propose un cocktail fascinant de cinéma d’auteur, de polar apocalyptique, et de conte initiatique. "Lost River", n'est pas toujours digeste, mais magnifiquement ambitieux…

Quand une star du calibre de Ryan Gosling se mêle de réaliser un film, la critique l’attend au tournant. Pourquoi? Parce que lorsqu’on a une belle gueule, on est censé ne se servir que de ça. L’acteur canadien a beau avoir montré une grande étendue de talents, au service de réalisateurs souvent passionnants – Nicolas W. Refn avec "Drive", Derek Cianfrance avec "The Place Beyond the Pines", George Clooney avec "The Ides of March" – son passage derrière la caméra est vu comme un caprice d’enfant gâté. Ce grand film onirique, présenté à Cannes l’année dernière dans la sélection "Un Certain Regard", a donc eu bien du mal à trouver le chemin des salles obscures dans certains pays. Voici que sort enfin "Lost River", ce conte initiatique, à tendance apocalyptique, où la priorité est donnée aux ambiances, aux symboles, et à l’imaginaire, mais dans une histoire haletante qui se tient parfaitement.

©doc

Le jeune Bones (la révélation Iain De Caestecker) vit avec sa jolie maman (Christina Hendricks) dans un quartier à l’abandon, aux confins d’une ville américaine. À y regarder de plus près, ce n’est pas le quartier qui est à l’abandon, mais la ville tout entière, et sans doute le continent. Bones sillonne le quartier à vélo, à la recherche de métaux à récupérer, histoire de réparer la voiture qui l’emmènera enfin hors de la ville. Il doit faire gaffe aux bandes de voyous qui eux aussi écument le coin. Et qui eux aussi sont attirés par son envoûtante voisine, Rat (Saoirse Ronan). Sa mère, elle, essaie de renégocier son prêt avec son banquier (Ben Mendelesohn). Mais comme l’argent ne circule plus vraiment comme avant, l’homme lui propose de venir plutôt promener son joli sourire dans un night-club dont il s’occupe… La plantureuse mère de famille a-t-elle le choix?

Poésie trash

On sent immédiatement les influences qui ont guidé Ryan Gosling au moment de l’écriture de ce rêve éveillé. David Lynch, Cronenberg, Tim Burton… Et toute une série de films improbables des années 60 et 70, louchant sur le fantastique sans vraiment y sacrifier. On pourrait croiser ici des personnages issus d’"Alice au Pays des Merveilles", aussi bien que d’un film de Dario Argento, tant le malsain le dispute à l’érotique, et à l’obsessionnel, en d’étonnantes saillies de poésie trash…

"Lost River"

De Ryan Gosling

Avec Iain De Caestecker, Saoirse Ronan, Christina Hendricks, Ben Mendelsohn, Matt Smith, Reda Kateb, Barbara Steele…

Pour créer cet univers parallèle, Gosling s’est enfoncé avec son équipe dans les suburbs de Detroit. Depuis le début des années 90, de nombreux quartiers de la ville ont été abandonnés, du jour au lendemain. Les décors dégotés par le réalisateur ne sont donc pas de simples reconstitutions, mais des lieux réels. Un théâtre rempli de sièges en velours rouges, où on a envie de prendre place… avant de réaliser que le toit s’est effondré dans la salle… Une école entièrement taguée, mais où les ordinateurs de la salle d’informatique sont encore parfaitement en place… Cette ville fantôme fait penser à Pompéi, où tout s’est figé en un instant. Sauf qu’au lieu de donner un instantané de la vie quotidienne au 1er siècle, on nous propose ici une image de notre modernité arrêtée net dans son élan…

Belgian touch

Mais il n’y a pas seulement le foisonnement des endroits chargés qui nous accapare dans "Lost River", il y a aussi la façon de les filmer. Gosling a fait appel pour cela à un chef opérateur belge, Benoît Debie, un des directeurs photo les plus intéressants et les plus demandés. Habitué de Fabrice du Welz, Debie a aussi travaillé avec Harmony Korine ("Spring Breakers"), Gaspar Noé ("Irréversible", "Enter the Void"…), ou tout dernièrement avec Wim Wenders pour son grand retour prévu pour cette année ("Every Thing Will Be Fine", avec James Franco et Charlotte Gainsbourg). Il propose une palette chromatique réellement étonnante, où les couleurs chaudes et froides semblent vouloir cohabiter avec la même énergie. Surtout, il insuffle par le découpage un rapport au film à la fois intime et iconique.

LOST RIVER Bande Annonce

Mais les alliés principaux de Ryan Gosling dans son voyage, ce sont bien sûr les acteurs. Tous semblent avoir pris un plaisir intense à plonger avec lui dans une histoire sans queue ni tête, mais où ils ont fait le pari de trouver une âme. Parmi une kyrielle de talents, on citera Christina Hendricks qui montre, après 7 saisons de "Mad Men", qu’elle est beaucoup plus qu’une plastique. En mère de famille sur le fil, elle révèle une fragilité de surface qui ne demande qu’à se transformer en implacable détermination, à mesure que le récit s’enfonce résolument dans la noirceur.

©AFP

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